(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : guerre sans nom et drôle de guerre

(Bruno Duvic) On s'habitue vite à l'horreur. Une cinquantaine de corps de femmes et d'enfants carbonisés, égorgés ou poignardés ont été découverts à Homs en Syrie et cela interrompt à peine le flot de l'actualité dans la presse.

Assez peu d'informations sur le sujet. Il faut prendre le Financial Times pour voir la photo d'une petite fille en larmes, la main en sang. Une autre main apparaît sur l’image, c'est celle d'un médecin qui montre une balle qu'il vient de retirer du corps de l'enfant.

« Arrêtons un an de massacre ». Dans Le Figaro ce matin, vous lirez un nouvel appel à une intervention humanitaire en Syrie. On en parlait dans le journal de 8h. Parmi les signataires, des prix Nobels de la paix et d'anciens dirigeants ou ministres du monde entier ou encore le philosophe Jurgen Habermas.

Guerre sans nom en Syrie, drôle de guerre en France

La campagne électorale, le mot emprunte au vocabulaire militaire. Mais que se passe-t-il vraiment ? "Etrange campagne que celle-là, écrit Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain . Oblique, brutale, en dents de scie. Une campagne cherchant ses thèmes, sautant de l'un à l'autre, les mâchonnant tour à tour avant de les recracher pour passer au suivant qui finira pas connaître un sort identique"

L'événement du jour est à la Une de la deuxième édition du Figaro . "Sarkozy passe devant Hollande". C’est un sondage de l'institut Ifop : 28.5 % des intentions de vote au premier tour pour le président-candidat, 27 pour le socialiste. Il y aurait donc un effet Villepinte. Sarkozy, la guerre de mouvement, titre Le Parisien-Aujourd’hui-en France . Dans la presse, c'est net, le président-candidat a imposé le thème de la semaine : l'Europe.

Marre de l'Europe passoire, il veut une réforme des accords de Schengen faute de quoi la France se mettra en retrait.

Peut-on sortir de Schengen, cet accord qui nous permet d'aller en Italie, en Allemagne en Espagne sans croiser de douanier ? Non, répond Ouest France . Ces accords sont négociés dans le Traité d'Amsterdam, celui qui a suivi Maastricht. C'est donc lui qu'il faudrait réformer, sacré gageüre.

Par ailleurs, rappellent Les Echos , une réforme de Schengen est déjà sur la table pour rétablir les frontières entre deux pays en cas d'urgence. D'ailleurs, souligne Libération , lors de la dernière réunion sur le sujet le ministre français Claude Guéant était absent.

On l'aura compris, les partenaires européens sont plus que circonspects après ce discours de Villepinte.

« Avec quelle France les pays européens devront-ils compter le 7 mai, se demande Laurent Marchand dans Ouest France ? Avec celle qui veut renégocier le traité fiscal à peine signé ou celle qui menace de quitter Schengen, part symbolique de l'Union ? »

Dans une interview à l’hebdomadaire allemand DerSpiegel , François Hollande fait savoir aux dirigeants européens qu'ils vont devoir l'écouter si les Français lui font confiance.

Plus à gauche, puisque Nicolas Sarkozy met l'Europe au centre du débat, L'Humanité lui demande d'aller jusqu'au bout et de soumettre le traité fiscal et de discipline budgétaire à referendum.

Drôle de campagne, d'autres échos ?

Avoir 20 ans sous Sarkozy, c'est le sujet de Une de Libération . Les jeunes sont abandonnés en rase campagne, titre le quotidien. "La jeunesse démunie n'a pas de porte voix", dit encore le sociologue Olivier Galland.

Constat similaire dans le trimestriel Alternatives internationales , qui s'offre une nouvelle formule pour ses dix ans. A la Une, « Avoir 20 ans en temps de crise - Le désespoir ou l'indignation ». En Grèce, une majorité de jeunes diplômés songent à quitter leur pays. En Irlande, ils filent à Londres, et en France ? Là encore, parole de sociologue, Camille Peugny "Etre jeune en Europe, c'est appartenir à des sociétés vieillissantes et la domination des seniors est particulièrement patente en France dans la vie politique. Au sein de l'assemblée nationale de 1981, il y avait autant de députés de moins de 40 ans que de plus de 60. Dans l'actuelle assemblée, 7 fois plus de sexagénaires et au delà.

Il y a aussi des notes plus positives dans ce dossier d'Alternatives internationales...

Drôle de campagne et la menace sous jacente des affaires... L'information publiée hier par Mediapart est toujours à la Une.

« Kadhafi aurait financé Sarkozy » selon le site. Il s’agit de la campagne de 2007.

« Le marchand d’armes Ziad Takieddine, écrit Mediapart , aurait mis en place les ‘modalités de financement’ de la campagne (...) par le régime de Kadhafi, en lien avec Brice Hortefeux. Les informations de Mediapart reposent sur un document qui reprend les confessions de l'ancien médecin personnel de Takieddine, qui l’a accompagné à plusieurs reprises en Libye.

Accusations « grotesques » a répondu Nicolas Sarkozy hier sur TF1.

Drôle de campagne et les regrets de Nicolas Hulot dans Nice Matin . Hulot battu dans la course à l'investiture chez les Verts. Je ne ressens ni aigreur, ni amertume, seulement une profonde tristesse pour les enjeux écologiques laissés en jachère

Quoi d'autre dans la presse ?

A la Une de La Charente Libre , deux communes du département se battent contre les fermetures de classe. « 23 classes menacés, la colère monte », titre le quotidien.

Dans La Provence , ce titre : "Savez vous ce qu'est la soif ?" Un homme venu du Nord du Mali a témoigné au forum mondial de l'eau hier à Marseille. "Je ne vous parle pas de la bouche un peu sèche après un repas de fête, mais du feu qui vous brûle la gorge"

L'hommage du mensuel CB News à Christian Blachas, l'homme qui a donné ses lettres de noblesse à la publicité. Il est à la Une du magazine avec ce titre en forme de slogan : "You'll never walk alone". La chanson de Liverpool pour ce fan de football.

Drôle de campagne et drôle de magazines... En voici 3, en kiosques ou en librairie en ce moment.

Dans Le Tigre ce mensuel un peu alter, un peu foutraque, un peu surréaliste : la guerre en rose. Série de photos prises au Kivu avec une pellicule Kodak qu'on ne trouve plus sur le marché. Elle fait ressortir des couleurs invisibles à l'œil humain. La guerre en rose, l'impression de fin du monde est encore plus forte.

Voici une nouvelle revue, elle s'appelle Charles , elle est dirigée par Arnaud Viviant l'un des critiques du Masque et la plume et veut mettre l'imagination au pouvoir. Charles forme le gouvernement des écrivains. Bégaudeau à l'Education, Beigbeder à la Culture, Martin Winckler à la santé et Flore Vasseur à Bercy. Elle s'attaquerait au big business, mais aussi à notre hypocrisie à nous tous. "Entre le trader qui spécule sur le blé et le père de famille de Montluçon qui veut que son assurance vie crache du fric, il n'y a aucune différence, selon elle"

Et puis voici un hebdomadaire éphémère. Il parait le temps de la campagne, mais prétend ne pas parler des candidats. Le titre est en forme de compte à rebours. L'édition en kiosque demain s'appelle 7 semaines avant l'élection . Mélange de caricatures, d'articles de fond - cette semaine la Françafrique - et de chroniques. Comme celle-ci, signée Arnaud Le Guern et qui définit bien le climat de la campagne. C'est intitulé "En attendant l'heure d'été".

« Les mots étaient en rade, noyés dans le mauvais vin.

Les "plans de sauvegarde de l'emploi", cette délicate invention commençaient à peser sur les corps. (…)

Il y avait une jeune fille brune, dont les doigts érotiques tournaient les pages d'un livre

Elle était assise sur un banc Parc Montsouris (…)

La jeune fille brune nous donnait envie d'attendre avec elle, ombre calme et mateuse, l'heure d'été. »

A demain.

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.