Dur de faire campagne sur les marchés, le programme et les costards de Fillon...Molière qui fait peur...

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

Campagne présidentielle, nous sommes à 42 jours du premier tour

Et la campagne a vraiment commencé sur les marchés. Elle n’est pas toujours simple pour les militants qui s’y collent. Coup d’œil, à Arras ce week-end, c’est à lire dans la Voix du Nord : « Petit polo bleu siglé Fillon, Benoit 24 ans scande : « Les Républicains… » en distribuant ses tracts. Les passants reçoivent la page avec un vague sourire ou refusent poliment. On entendra une petite dizaine de fois écrit le journaliste : « Non, merci, j’ai déjà du papier hygiénique. » Une réponse qui n’atteint pas le jeune militant : « C’est le jeu, il n’y a rien d’agressif » Odile, 72 ans, confirme : « Franchement, avec l’affaire Penelope Fillon, on s’attendait à pire. Ca s’est déjà calmé. » Samedi, le Parti de gauche était lui le seul qui tractait dans un quartier populaire de Lens, ville-fief du PS : « Ici, les gens ne votent pas ou très peu et le Front national bat des records. On a donc notre utilité. » D’ailleurs, ceux qui acceptent les feuillets y jettent à peine un œil, beaucoup regardent ailleurs : « Je ne sais même pas qui c’est Mélenchon, qu’est-ce qu’il va changer pour nous ? », s’insurge une jeune femme. Un jeune encourage : » Je suis abonné à sa chaîne YouTube, je le kiffe». Un autre: « Moi je suis plutôt Hamon ou Mélenchon mais je ne vote pas, je laisse les autres faire. Je ne voterai que si le FN est au second tour ». Les petites mains des candidats, certainement celles qui entendent le mieux le terrain.

La campagne présidentielle, les candidats la font eux aussi évidemment dans la presse

Avec ce matin, 2 entretiens de 2 candidats, François Fillon dans les Echos pour son projet économique et social Bis, et Emmanuel Macron dans la Croix pour préciser son projet de moralisation de la vie publique. Le candidat d’En Marche en profite surtout pour afficher sa volonté de transparence et s’expliquer sur son propre patrimoine : la régularisation de son paiement d’isf, ce n’était pas un redressement » précise t il mais une régularisation, son petit patrimoine financier au regard de son ancienne activité chez Rotschild ? Il a payé plein pot cotisations sociales patronales et salariales et impôt sur le revenu, tout en diminuant sa rémunération par 15 en arrivant à l’Elysée, explique t il, Bref, il ne gagnait plus assez pour payer ses impôts. Mais il dit ça dans un « Sourire » écrivent les journalistes qui l’ont interviewé « Tout cela est connu de la haute autorité de la vie publique qui aurait transmis au parquet depuis longtemps si elle avait relevé un problème » précise t il. Une précision pas tout à fait innocente eu égard au « contexte » comme on dit…contexte de taillage de costards, on va y revenir.

Emmanuel Macron dont on apprend dans l’Opinion qu’il a été rejoint par…Chirac ! bon, ok , il s’agit du petit fils de Jacques Chirac, Martin Rey-Chirac, 21 ans, le fils de Claude et du judoka Thierry Rey. Le jeune homme est adhérent d’en Marche depuis un peu moins d’un an nous révèle Nathalie Segaunes.

Et vous le disiez Hélène, François Fillon précise ce matin son projet économique dans le quotidien Les Echos.

Avec une communication qui change un peu, même si le Figaro ce matin vante un « Fillon qui campe sur son projet sans l’édulcorer ». En réalité, si François Fillon promet toujours un « choc puissant » pour revenir au plein emploi, il met un peu d’eau dans son vin dans sa façon de le présenter, affirmant que « tout cela nécessite un effort qui n’est pas si considérable ». « Il consiste à revenir à la situation d’avant les délires socialistes, dit il, donc notamment à supprimer les 35H et à passer l’âge de la retraite à 65 ans ». « Pas si considérable », chacun jugera, toujours est-il que le candidat a ajouté un petit coup de pouce supplémentaire au pouvoir d’achat de plus de 10 milliards d’euros…Pas prévu dans le programme A, mais corrigé dans le programme B donc de François Fillon

Mais ce matin c’est un autre chiffre qui fait causer: 48 000. 48 500 euros précisément, c’est le montant total de la facture des costumes de chez Arnie’s que se serait fait offrir François Fillon depuis 2012, par un « ami généreux » selon les révélations du Journal du Dimanche. Dans le Midi Libre, Paul Caraci feint d’abord de s’en amuser : « Vous souvenez-vous des chaussures de Roland Dumas ? Vous allez adorer les costumes de François Fillon. Décidément, poursuit il, on se perd dans les limbes d'un univers d'élites où la distance entre le sommet de l'État et la base de son électorat se creuse inexorablement. Dans son édito du Courrier Picard, François WOJTALIK s’interroge « Que peut on bien faire de nos jours avec 48 000 euros ? Cette somme représente par exemple 5 ans de subsistance pour un couple de chômeurs sans enfant, qui touche le RSA. L’affaire Pénélope écrit il, a sans doute permis d’ouvrir la boite de Pandore et de révéler les rapports du prétendu ascète de la politique avec l’argent »

Réaction de l’ascète à retrouver dans les Echos « Un ami m’a payé des costumes, et alors ? » lâche François Fillon désinvolte.

Et alors ? Et bien c’est là qu’on en revient à l’affichage de transparence brandie par Macron, car il se trouve qu’une décision du bureau de l’assemblée nationale remontant à 2011 rend obligatoire la déclaration de tout don ou avantage d’une valeur supérieure à 150 euros », précise un article à retrouver sur le site du Huffington post, article qui relaie l’interrogation d’un député socialiste « Que pense le déontologue de l’assemblée nationale de tout ça ? »

Alors on n’a pas la réponse du déontologue de l’assemblée, très mutique depuis le déclenchement des affaires Fillon en dehors d’une lettre envoyée aux élus écologistes confirmant que l’activité de conseil de François Fillon était conforme » au code électoral et la question d’un éventuel conflit d’intérêts, mais Yann de Saint Sernin dans le quotidien Sud Ouest, nous raconte que ce pauvre déontologue est lui-même en butte à quelques contorsions autour de sa rémunération. Ferdinand Mélin Soucramanien, éminent professeur de droit bordelais qui occupe la fonction de déontologue depuis 2014, est rémunéré conjointement par la fac de Bordeaux qui lui a conservé l’intégralité de son salaire, 70 000 euros brut par an, et par l’assemblée nationale à hauteur de près de 55 000 euros par an. Avec quelques patouillages d’explications des uns et des autres pour justifier un tel cumul…Le bricolage autour du statut de déontologue illustre dit le journaliste, le long chemin qui reste à parcourir

Suite et fin Hélène…

Premier test électoral pour l’extrême droite cette année. Ce sera mercredi aux Pays Bas, Etienne Lefevbre dans les Echos souligne que le score de Geert Wilders, qui a fait de l’islamophobie et de la sortie de l’europe sa marque de fabrique, ne sera pas sans incidence chez nous. « Une grosse performance de sa part donnerait de nouveaux arguments au FN dit il, à l’inverse si sa percée était limitée, cela montrera que l’effet domino n’est pas inéluctable. Les candidats à la présidentielle française qui semblent malheureusement s’être résignés à la présence de Marine le Pen au 2ème tour pourraient en tirer des leçons », veut- il croire

Et puis enfin, Bruxelles s’inquiète de la multiplication des clauses Molière dans les appels d’offres, cette mesure qui permet aux collectivités locales d’imposer la langue française sur les chantiers, adoptée jeudi par l’Ile de France après d’autres régions, toutes dirigées par la droite. Un papier intéressant à lire dans le Monde cet après-midi pour comprendre les arguments de ceux qui en font une arme contre les travailleurs détachés, et ceux qui estiment qu’il s’agit d’une mesure raciste, discriminatoire et qui plus est, contraire aux intérêts de la France qui se bat justement pour que la directive sur ces travailleurs soit révisée. Ce Molière brandi pourrait bien ressembler à une provocation de plus et fermer la porte à tout accord avec les pays de l’est. Molière ou le premier pas vers une préférence nationale qui ne dirait pas son nom. Pauvre Molière, qui heureusement laisse mieux que cette « clause » à la postérité

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