Bonjour ! Evidemment, ce matin, vos journaux titrent sur les grèves dans les transports (ce n'est plus qu'une question d'heures). Je vais en parler longuement mais pas tout de suite. Avant de vous emmener au pays des grèves, c'est un voyage au "pays des greffes" que je vous propose, reprenant en cela la double page du quotidien LE MONDE avec accroche en "Une" et double titre : "Moi, Laurent S., chirurgien de l'hôpital public"... et "La déprime du bistouri". Ce "Laurent S.", dont LE MONDE publie le témoignage, c'est Laurent SEDEL. Il est chirurgien à l'hôpital Lariboisière de Paris et dirige le laboratoire de recherche orthopédique du CNRS. Son récit commence par ces mots : "Je suis en train de disséquer laborieusement les branches d'origine du nerf sciatique ; l'intervention a commencé il y a plus de deux heures. L'opéré est un homme de 70 ans présentant une récidive d'une tumeur maligne du sacrum"... La longue lettre du docteur SEDEL s'achève ainsi : "Le chirurgien est finalement un médecin comme les autres; il doit assurer le même travail d'écoute, de décision, de suivi. Il doit être compétent et consciencieux ; il doit surtout arrêter de subir ; il doit reprendre la main sur l'activité chirurgicale, redevenir le chef d'orchestre de son équipe. C'est comme cela qu'il restera disponible, efficace dans le système de santé français, l'un des meilleurs du monde". Entre le début et la fin de ce récit, ce chirurgien, que nous raconte-t-il donc ?... Voici ce qu'il nous dit : "L'anesthésiste est en RTT, un patient intente un procès, l'administration refuse l'achat d'un implant"... C'est l'inventaire des absurdités qui gangrènent aujourd'hui notre système hospitalier. Et que dire de la politique des marchés dont les effets minent le travail des personnels de l'hôpital et affectent parfois directement les patients ?... Laurent SEDEL témoigne encore sur ce point, je le cite : "Aujourd'hui, nous avons de nouveaux bistouris, de nouveaux champs opératoires : le mieux-disant a obtenu le marché. Il a gagné. Le chirurgien ou le malade, pas toujours. Les nouvelles lames cassent plus facilement ou ne coupent plus après un passage. On en change donc deux fois plus souvent. Il en est de même des champs stériles qui ne résistent pas et sont troués... Tout le monde aura compris que cela n'entraîne pas de réelles économies". Le docteur SEDEL pose cette question : "On parle tous du trou de la Sécurité Sociale. Sait-on la quantité d'argent perdu par une mauvaise organisation ?". C'est à lire dans "Le Monde". Après ça, prenez donc "Le Parisien-Aujourd'hui en France". On y apprend qu'un bug informatique est en train de coûter 10 millions d'euros à la Sécu, au profit de cliniques privées. Un logiciel déficient se serait mis à patauger, conduisant les caisses à rembourser deux, voire trois fois de suite, des factures de soins que leur adressaient depuis plusieurs années les cliniques. "Ce sont les assurés qui seront perdants", déclare Bernard Teper ; il préside l'Union des familles laïques, qui a déposé ce dossier devant la Cour des Comptes. A la Une du "Parisien", ce titre laconique, sobre et efficace : "Ce soir, 20 heures, la grève". "Un jour ou plus ?", demande "La Voix du Nord"... "Dès ce soir à 20 heures et jusqu'à quand ?", renchérit "Le Dauphiné". "Voici donc le temps des grèves", constate Jean Levallois dans "La Presse de la Manche". "Pour le mouvement syndical, le risque est considérable, et, qu'on le veuille ou non, dépasse le seul enjeu des régimes spéciaux de retraite", écrit Patrick Berthomeau dans "Sud-Ouest". Dans "La Voix du Nord", Hervé Favre précise : "Reste à savoir ce que le gouvernement peut ajouter sur la table des discussions pour convaincre la CGT qu'elle peut gagner plus en négociant plus !"... "Chacun est face à ses responsabilités, conclut Hervé Chabaud dans "L'Union", mais tout le monde ne semble pas convaincu qu'il y ait plus à gagner par la négociation que par le conflit". Dans "Les Echos", ce titre : "Derrière une mobilisation quasi unanime, les stratégies syndicales sont très différentes". Pour L'Humanité : "Les syndicats évitent le piège de la division". Divisés, vos quotidiens le sont de toute évidence sur ce thème... Pour "Le Figaro", "faute d'unité syndicale, le conflit pourrait être moins long que prévu : 3 syndicats de la SNCF seraient déjà en négociation avec la direction". Il s'agirait de la CFTC, de la CFDT et de la CFE-CGC. "Fermeté" : le mot revient souvent dans les éditoriaux pour qualifier la stratégie du chef de l'Etat, ce à quoi, dans "Libération", Fabrice Rousselot répond : "A vouloir jouer l'épreuve de force en imposant des efforts à certains après avoir accordé des cadeaux fiscaux aux plus riches, Sarkozy, salaire triplé en poche, risque gros. Le risque d'une paralysie sociale qui pourrait se transformer en contestation générale de la méthode Sarko. Et, à ce moment-là, plan B ou pas, il faudra bien négocier pour trouver une issue". Dans "Le Monde", le dessinateur Pancho campe un Sarkozy et un Fillon, les bras croisés, l'air hostile... Le Premier ministre marmonne : "Il n'y a pas de plan B !"... Le chef de l'Etat lui fait écho à un "y" près : "Il n'a pas de plan B !". Alors que Bernard Revel, dans "L'Indépendant du Midi", évoque l'éventualité d'un "Grenelle social" sur le pouvoir d'achat et les salaires, Philippe Reinhard, pour "L'Eclair des Pyrénées", rappelle ceci à ceux qui pourraient l'oublier : "Les réformes entreprises par Nicolas Sarkozy ne sont pas sorties du chapeau présidentiel. Elles étaient clairement inscrites dans son programme, longuement énoncées au cours de la campagne électorale. Sarkozy ne prend personne en traître. Il fait ce qu'il a dit. Et ce qu'il a dit a été très largement approuvé par le peuple français". Et les universités ?... Où en sont-elles ? Ca bloque... Ca bloque, mais pas partout. Ca ne bloque pas à Rennes 2, nous dit "Ouest-France" en première page, en illustrant l'information d'une photo qui montre des étudiants en train de voter, à bulletins secrets, en faveur du déblocage. "Facs : trois nouvelles têtes émergent du mouvement", nous dit "Le Figaro", qui brosse le portrait de ces leaders étudiants. Il y a Jean-Baptiste Prévost, 23 ans, Sciences-Po, vice-président de l'UNEF... Kamel Tafer, 24 ans, ancienne figure du mouvement anti-CPE, rallié à SUD, en première année de thèse de sociologie du travail à Paris-Tolbiac... et puis la petite nouvelle, on ne connaît que son prénom, "Marine", 20 ans, à Tolbiac elle aussi, dans un double diplôme de géographie et d'économie (Marine, pour une semaine, est porte-parole de la coordination nationale étudiante contre la loi Pécresse sur l'autonomie des universités). Dans "La République du Centre", Jacques Camus décrit "l'appétit avec lequel l'extrême-gauche étudiante tente d'embraser les amphis dans des votes à poings levés". Même Bruno Julliard, écrit-il, (Bruno Julliard, le président de l'UNEF) "qui n'aura jamais tous ses trimestres pour prendre sa retraite à 60 ans, a pris ses distances avec les radicaux". Dans un texte que publient les pages "Rebonds" de "Libération", l'intéressé semble donner raison à l'éditorialiste du quotidien régional. Dans cette tribune, le patron de l'Union nationale des étudiants de France désigne comme seul responsable du blocage actuel un gouvernement qui veut appliquer l'autonomie des universités dans un contexte de pénurie budgétaire... "Les étudiants et l'UNEF, souligne Bruno Julliard, n'ont dès lors pas d'autre choix que de se mobiliser pour faire revenir le gouvernement à la table des négociations". C'est clair. L'UNEF veut négocier. Quel sera donc l'avenir de ces étudiants en colère ?... Le travail certainement, le chômage peut-être. Plusieurs de vos journaux se penchent aujourd'hui sur le nouveau mode de calcul des chiffres du chômage par l'INSEE (l'Institut national de la statistique et des études économiques). A peu de choses près, tous s'accordent pour dire qu'à 8,1% au deuxième trimestre 2007, la baisse est réelle mais plus faible que ce que revendiquait le gouvernement (UMP déjà) de Dominique de Villepin. Dans "Libération", le statisticien Thomas Courtrot, du collectif ACDC ("Les autres chiffres du chômage"), dénonce un simple escamotage... Plus indulgent vis-à-vis de l'INSEE, l'éditorialiste de "Nice Matin" Jean-Louis Gombeaud constate que le système n'était pas au point, l'INSEE a "avoué, il a revu sa méthode et voilà le résultat : le chômage baisse" même s'il reste "encore massif". En progrès mais peut mieux faire. Même constat chez Pascal Aubert, du quotidien économique "La Tribune". Un bémol, en revanche, dans "L'Alsace", où Patrick Fluckiger souligne que "si le taux de chômage est retombé au niveau de 2002, la précarité a progressé. Les contrats à durée déterminée, les petits boulots et les temps partiels ne cessent d'augmenter au détriment des CDI et des temps pleins. De quoi atténuer fortement les expoirs placés dans le slogan 'travailler plus pour gagner plus'". Dans un entretien qu'il accorde à "La Tribune", le président de la Commission pour la libération de la croissance Jacques Attali suggère de donner un "statut" à celui qu'il appelle "le chercheur d'emploi". Il veut aussi donner plus de poids à la négociation collective, avec des syndicats plus représentatifs, ce qui suppose, dit-il, "d'en réformer le mode de désignation et de financement". La Commission qu'il préside travaille sur la piste d'un financement public, à l'instar des partis politiques. Jacques Attali envisage aussi "de donner aux employeurs une plus grande flexibilité en rendant plus facile la rupture du contrat de travail, sous la forme d'une séparation d'un commun accord". Il imagine "une indemnisation spécifique en cas de délocalisation, de l'ordre de six mois de salaire". Tout s'achète et tout se vend... Tout s'achète et tout se vend trop cher, sans doute. Et j'en arrive à la conclusion de l'étude annuelle réalisée mi-octobre auprès de 2.000 personnes vivant en France par le cabinet de conseil Deloitte, étude qui porte sur les intentions d'achat en fin d'année. Les conclusions de ce document inspirent au "Parisien-Aujourd'hui en France" ce titre explicite : "A Noël, faites plaisir : offrez de l'argent !". Selon le cabinet Deloitte, les Français consacreront, en moyenne, 556 euros pour fêter Noël. Ils comptent réduire de 9% les sommes consacrées aux cadeaux pour augmenter de 7% leur budget alimentaire. Plus d'une personne interrogée sur trois (35% des sondés) rêve de recevoir d'abord de l'argent, du blé, de la maille, de l'artiche... ...Il va falloir revoir les paroles de la chanson : "Petit Papa Noël, Pas besoin de descendre du ciel... ...Fais-moi juste un virement bancaire, Un peu d'oseille : ça fera l'affaire !" Tout s'achète et tout se vend... Tout s'achète et tout se vend trop cher, sans doute. Et j'en arrive à la conclusion de l'étude annuelle réalisée mi-octobre auprès de 2.000 personnes vivant en France par le cabinet de conseil Deloitte, étude qui porte sur les intentions d'achat en fin d'année. Les conclusions de ce document inspirent au "Parisien-Aujourd'hui en France" ce titre explicite : "A Noël, faites plaisir : offrez de l'argent !". Selon le cabinet Deloitte, les Français consacreront, en moyenne, 556 euros pour fêter Noël. Ils comptent réduire de 9% les sommes consacrées aux cadeaux pour augmenter de 7% leur budget alimentaire. Plus d'une personne interrogée sur trois (35% des sondés) rêve de recevoir d'abord de l'argent, du blé, de la maille, de l'artiche... ...Il va falloir revoir les paroles de la chanson : "Petit Papa Noël, Pas besoin de descendre du ciel... ...Fais-moi juste un virement bancaire, Un peu d'oseille : ça fera l'affaire !"

Alain LE GOUGUEC

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