(Nicolas Demorand : "Portrait de la France, ce matin, dans la presse")... Portrait social de la France : c'est le rapport annuel de l'INSEE. On vous en parlait dans le journal de 8 heures... une batterie de chiffres et une série d'enseignements passionnants. Et les journaux ont la bonne idée, ce matin, d'apporter un éclairage différent sur la question... Quelques chiffres d'abord, à la fois anecdotiques et intéressants, dans Le Figaro... Nous passons chaque jour une heure en moyenne dans les transports. Le salaire mensuel net dans le privé est en moyenne de 2000 €. Et puis un dernier chiffre : le bas de laine. Le taux d'épargne moyen des ménages est de 15%. Premier enseignement dans La Tribune : les inégalités se creusent. Si l'on compare les 10% des Français les plus et les moins favorisés, en intégrant tout : salaire, prestations patrimoine, l'écart augmente. La crise est passée par là : le salaire réel a baissé au début de l'année. Plus de personnes se trouvent régulièrement à découvert. Et la seconde conclusion de La Tribune, intéressante en cette année où l'on parle beaucoup du montant des impôts : eh bien l'impôt ne joue plus son rôle. Il est moins efficace pour réduire les inégalités que les différentes prestations familiales, aides au logement ou minimas sociaux. Dans ces conditions, La Croix insiste sur la grande peur des Français : c'est celle du déclassement. On en avait déjà parlé ici lorsque le livre de l'économiste Eric Maurin sur ce sujet était sorti. Alors "comment relancer l'ascenseur social ?", se demande La Croix. La clé, elle est dans l'accès à un emploi correctement payé et durable... sauf que l'emploi à vie tend à disparaître. Alors, selon La Croix, il devient urgent de construire la fameuse sécurisation des parcours professionnels, ce filet social entre deux emplois. Trois pistes : On ressort le fameux modèle danois, où un chômeur est indemnisé dès le premier jour et où l'Etat s'engage à lui retrouver du travail. En contrepartie, le chômeur doit lui aussi chercher activement un job, sous peine de perdre son allocation. Deuxième piste : la formation. Seulement 20% des demandeurs d'emploi en bénéficient. Il faudrait plus et mieux, c'est-à-dire que ces formations ne profitent pas majoritairement, comme c'est le cas, aux cadres, qui sont déjà les mieux formés. Dernier point : reconnaître enfin l'importance de l'expérience. Le directeur de l'Observatoire des inégalités relève une folie : les entreprises continuent à se préoccuper du diplôme, même pour un salarié de 40 ans. Evidemment, avant tout cela, l'école a un rôle à jouer. Or, quand on regarde les études internationales, relève La Croix, c'est en France que le milieu social joue le plus grand rôle dans la réussite scolaire. Le rapport de l'INSEE met au jour un phénomène à la fois mental et social, auquel tous vos journaux consacrent des encadrés : ceux qu'on appelle les "bacheliers de première génération", c'est-à-dire dont les parents n'ont pas eu le Bac. Eh bien, ceux-là sont moins ambitieux que les autres. A résultat scolaire équivalent à leurs camarades des classes plus favorisées, ils choisiront une filière courte plutôt qu'une grande école. (ND : "Et puis les journaux déclinent ce portrait par génération")... Regard sur les jeunes, dans Libération... Là, on sort du rapport de l'INSEE pour plonger dans un essai intitulé "Sauvons les garçons". Le directeur de l'IUFM de Créteil a épluché toutes les statistiques de l'Education Nationale. Conclusion : l'échec scolaire frappe majoritairement les garçons. Une classe de soutien dans un collège est composée aux deux-tiers de jeunes gens. Dans une génération, on compte en moyenne 57% de bacheliers et 71% de bachelières. C'est le résultat du développement de la scolarisation, depuis plusieurs générations. Bravo les filles ! Mais pour booster un peu les garçons, Jean-Louis Auduc, l'auteur de ce livre, suggère de créer des groupes de travail séparés pour certains cours, par exemple lors de travaux d'orientation. (ND : "Les jeunes dans Libé... Les vieux dans Le Parisien-Aujourd'hui et Le Nouvel Economiste")... Dossier sur "un scandale méconnu" dans Le Parisien : la discrimination des vieux... C'est un phénomène qui surprend jusqu'aux juristes de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations, la HALDE. Aujourd'hui, 6% des plaintes qu'ils reçoivent concernent cette génération. Et la pratique risque de s'aggraver avec le vieillissement de la population. On parle de "gérontophobie" ou de "syndrome anti-seniors". Il y a même un "Observatoire de l'âgisme" qui a été fondé l'an dernier. Alors exemples... Vous avez plus de 70 ans : vous aurez du mal à trouver un appartement : on a peur de ne pas pouvoir vous virer si vous êtes mauvais payeur ; vous aurez du mal à louer une voiture : on redoute que vous conduisiez avec une béquille ; * et on ne parle même pas de l'accès au crédit... Dans Le Parisien, témoignage d'un retraité de 76 ans... Il n'a pas de soucis de fin de mois, mais chez Confo ou chez But, juste en regardant sa carte d'identité, on lui a refusé une formule "trois fois sans frais" pour acheter un frigo. Et quand on approche ou dépasse les 80 ans, est-ce qu'on est un vieux sage ou un vieux singe ? Ca, c'est le dossier du Nouvel Economiste, cette semaine. Cette génération-là a vécu trois siècles, comme le dit l'un de ses représentants, le journaliste Jean Boissonnat. Elle a connu le drame des années 30 et 40, puis les Trente Glorieuses, puis les années de crise. Et Le Nouvel Economiste part d'un constat : une certaine élite, dans cette génération, est de plus en plus écoutée dans les médias. Il est question de vous, Robert Badinter, mais aussi d'Edgar Morin, de Simone Veil, Jean d'Ormesson ou encore Michel Rocard. Qu'ont-ils à nous dire, ces gens-là ? D'abord, que la vieillesse n'est pas un naufrage : ils en sont la preuve. Et puis Le Nouvel Economiste avance une thèse qui nous ramène à la crise : les personnes de la génération intermédiaire, que l'on croyait experte, n'ont rien vu venir. On recherche donc d'autres façons de voir. Et l'expérience constitue une longue vue très appréciée. Ils ont un regard distancié pour sortir de la dictature du court-terme. Et l'hebdomadaire fait un rêve : que ces grands-parents qui ont connu les années sombres bâtissent des passerelles avec les jeunes de 2009 qui se heurtent au mur de la crise. (ND : "Et il y a un octogénaire qui s'est exprimé hier : c'est Charles Pasqua")... Vieux sage ou vieux singe en hiver ? L'ancien ministre de l'Intérieur, 82 ans, avait promis des révélations fracassantes hier, lors d'une conférence de presse. Alors de nombreux journalistes avaient acheté leur ticket et pris un cornet de pop-corn, salivant d'un bon film un peu Audiard, un peu Melville, un peu Pagnol... Raté : c'était une série B, comme "bis repetita". Oui, Pasqua a mouillé Chirac et Villepin dans l'affaire des ventes d'armes à l'Angola, mais rien de nouveau. "On attendait Gérard Philippe dans 'Ruy Blas' : on a eu Fernandel dans 'Don Camillo', écrit Jacques Guyon dans La Charente Libre. Du coup, les journaux s'en donnent à coeur-joie... "Pasqua, balance ascendant esbrouffe", titre Libération, qui relève qu'il a bien pris soin d'épargner l'actuel Président, Nicolas Sarkozy. C'est "le mauvais pastis de Pasqua", écrit Bruno Dive dans Sud-Ouest. Plus méfiant, Michel Vagner, dans L'Est Républicain, le juge "moitié matou matois, moitié Fouquet-Tinville". Jacques Guyon a encore un peu la trouille tout de même, dans La Charente Libre : "Hier, Pasqua a juste levé une partie de ses cartes. Il doit avoir tant de fiches sur les secrets de la République qu'en comparaison, les fameux carnets du général Rondot font figure de post-it". (ND : "Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?") On n'a plus beaucoup de temps : je vais vite... L'Obamania est bel et bien terminée. Dans Le Monde, vous trouverez un éditorial très sévère, qui fait du Président américain le principal responsable de la régression du processus de paix au Proche-Orient. Dans Le Figaro, vous verrez comment Silvio Berlusconi essaie de faire adopter une nouvelle loi pour échapper à la justice. Dans Le Monde à nouveau, vous lirez l'embarras des juristes face à l'interdiction de la burqa. Elle se heurte à des arguments de droit difficilement contournables. (ND : "Et puis on n'échappe pas au foot, ce matin")... Veille de grand match pour l'équipe de France. Même les journaux sérieux jouent à la baballe... Dans l'hebdomadaire Politis, dossier sur les supporters... Qu'ils soient agressifs ou simplement passionnés, ils seraient les représentants du dernier combat collectif, à l'époque de la désacralisation de la politique et de la religion. Dans Le Nouvel Observateur, le chercheur et fan de foot Pascal Boniface redoute le "nervous breakdown" en France si les Bleus ne se qualifiaient pas pour le Mondial. Ce serait pour lui une atteinte au prestige de la France dans le monde. Il n'y a pas qu'en France que la pression monte... Dans Le Parisien, visage en sang d'un joueur de l'équipe d'Algérie. Le bus des Algériens a été attaqué hier au Caire, à la veille d'un match décisif face à l'Egypte. Tensions entre les deux pays. L'ambassadeur d'Egypte en Algérie a été convoqué au ministère des Affaires étrangères. L'ancienne star de l'équipe d'Algérie Rabah Madjer dit l'importance de ce match dans son pays. "Vous ne pouvez pas imaginer à quel point mon peuple a besoin de victoires". Pour un sociologue cité dans L'Express, "le ballon rond est le seul élément de patriotisme aujourd'hui en Algérie". Mais puisqu'on s'est longuement attardé sur le portrait social de la France, je voudrais terminer avec le très bel article de Robert Solé, dans Le Monde. Il s'intéresse à un livre de deux universitaires qui ont épluché le Carnet du Monde... Eh bien, dans la manière d'annoncer les unions aussi, la société a changé. Trois exemples : En 1996, on pouvait lire cette annonce : "Mlle Hélène G. et Monsieur Charles R. ont la très grande joie d'annoncer la célébration, dans la plus stricte intimité familiale, de leurs fiançailles, témoin du profond amour qu'ils se vouent pour l'éternité". Dix ans plus tard, en 2006, c'est devenu beaucoup plus direct : "David aime Zineb, Zineb aime David, et ils se marient". * "C'est parfois le monde à l'envers", écrit Robert Solé, en citant un troisième exemple : "Vous connaissez la nouvelle ? Papa épouse Maman". Et c'est signé Camille, Benjamin et Mathilde. Enfin, rien à voir, mais pour le plaisir, le chroniqueur du Monde cite l'annonce de décès d'un retraité des Postes algériennes, publiée en 2007 dans L'Oranais : "Le défunt ne tolérait aucun retard dans l'acheminement du courrier. Il est passé, comme une lettre à la Poste"... Bon week-end...

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