Une liste de 32293 personnes, des migrants qui voulaient venir en Europe, et qui y ont perdu la vie…

C’est le journal allemand Tagesspiegel qui les a rassemblé, des années 90, un jeune zairois suicidé dans un centre de rétention britannique…   jusqu’au 29 mai dernier :  deux enfants piétinés et noyés dans un naufrage au large de la Libye… Le monde.fr donne le lien avec le journal allemand et précise…

« L’immense majorité de ces 33.293 personnes s’appelle « N.N. », pour « nomen nescio » (nom inconnu)…. »  Mais le tagesspiegel voulait rappeler « que derrière chaque ligne il y a une histoire, et que cette liste continue de s’allonger jour après jour »

32293 personnes, hécatombe en cours…  qui semble à la fois si proche et lointaine, en ce jour où ce sont d’autres morts innocents, les nôtres, qui nous écorchent l’âme… J’ai lu cette expression dans l’éditorial de la Dépêche à propos du 13 novembre 2015…

Et on parle des survivants du 13 novembre dans les journaux… 

C’est le signe que le temps a passé… Ce ne sont plus les morts que l’on raconte… Ils ne percent le brouillard qu’au détour d’un récit de survivant…

Ainsi par exemple. « Au millimètre près, la balle qui a percuté moi visage était fatale, je suis une vraie miraculée. Mon ami n’a pas eu cette chance. » Parole de Maelle, 36 ans, dans Libération au visage brisé et au bras comme un champ de bataille…

Maelle raconte très doucement ce que l’on raconte peu. Le voyage d’un corps en miette ; les 17 opérations sans compter la chirurgie esthétique, la « puissance magique » de ce moment où son petit garçon lui a embrassé le front dans un geste qu’elle ne pouvait pas lui rendre… le visage dissimulé par un masque ….

Il reste des corps et il reste ce que le 13 novembre nous a fait à tous…

Dans La Croix, dans Midi Libre, dans Ouest France, on parle d‘une entreprise scientifique gigantesque… Des centaines d’entretiens coordonnés par l’historien Denis Peschanski et le Francis Eustache pour construire la mémoire et l’histoire du 13 novembre… Sont interrogés aussi bien des témoins des attentats que des français éloignés du drame, à Caen, à Metz et à Montpellier…  

«Ma mère s’était battue pour la pilule, nos grands-parents ont fait la guerre... Moi, à part quelques manifestations contre le nucléaire quand j’avais 20 ans, j’appartiens à une génération très privilégiée à laquelle rien ne pouvait arriver. Alors, on n’a pas lutté, on n’a pas fait gaffe. On n’a plus pensé à réfléchir... Le principal impact de ces attentats a été de me faire penser différemment. » 

C’est ainsi que l’on parle, quand on vit en un temps de l’histoire bascule. 

Et dans le Figaro, on parle d‘une menace qui persiste…

Avec l’interview du patron du renseignement intérieur. Laurent Nunez… Et cette phrase, au détour de l’interview, la plus inquiétante… Nunez parle des attentats réalisés avec des moyens rudimentaires… 

« Nous assistons à une certaine forme de professionnalisation. Désormais, les engins découverts sont assez sophistiqués… Nous pouvons enfin craindre l'envoi de tutoriels très aboutis permettant à des «novices» de suivre une formation accélérée à la fabrication et l'usage d'explosif. »

En contrepoint, l’avertissement de l’Opinion. « N’oubliez pas la liberté », demande le journal à ceux qui gouvernent et nous bardent de lois… « Le libre arbitre et la responsabilité sont nés attaqués et rognés par une puissance publique »… 

On trouve les mêmes inquiétudes dans l’Humanité : singulière convergence entre un journal communiste et un quotidien absolument libéral… Mais ce débat nous prouve vivant…

On parle de l’école dans le Parisien…

Et cela nous prouve vivant aussi…Le Parisien ne commémore pas mais invite Jean-Michel Blanquer à parler de nos enfants… C’est rassurant, comme ce ministre qui peaufine son personnage de référent idéologique d’une école où l’autorité serait rétablie, les enfants éloignés des écrans jusqu’à l’âge de 7 ans, et on ne bachotera plus pour avoir le bac… 

La vie est dans les écoles, la vie est à Clichy sous Bois, dans Libération et Le Parisien encore.. Emmanuel Macron y va pour prononcer son grand discours sur la ville, mais Clichy n’est pas qu’un écrin piur grandes paroles mais une ville, raconte Libération, qui espère son métro … 

C’est de la vie encore, de la vie quotidienne… Soucis de Patrick Drahi patron du groupe de media altice dont l’action dévisse… dans l’Opinion et les Echos… Ou les soucis du paris St Germain qui doit trouver 75 millions d’euros pour rééquilibrer son budget et échapper aux sanctions européennes dans l’Equipe, qui parle de Di Maria, Pastore ou Lucas, comme de simples valeurs financières… 

Soucis de riches, ou soucis de pauvres ? 

Dans le Parisien, ceci. Des voitures électriques en libre service sont devenues le refuge des SDF, des migrants ou de drogués… C’est le service Autolib à Paris, dont le parisien décrit les voitures forcées, « et à l’intérieur, paquets de cigarettes vides jetés sur le sol ; emballages alimentaires abandonnés, épluchures de fruit, et sur la banquette arrière des hommes recroquevillés endormis seuls ou même à deux malgré l’exigüité des habitacles »…  On raconte le désarroi des équipe de nettoyage, et on reste sur cette intrusion de la misère et du sordide dans des voitures électriques en libre-service, qui prouvaient la modernité et la fluidité d’une capitale heureuse…

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