Est-ce que vous savez, Nicolas, comment on dit "Jean Sarkozy" en chinois ? Non ? Eh bien, réponse tout de suite. Attention : ça va vite... (Extrait télévision chinoise) "Djan Sarkozy"... Même la télévision d'Etat chinoise en parle. La vidéo est sur le site Rue89. Et ce n'est pas tout : Jean Sarkozy est candidat à l'Académie française, il est aussi choisi pour le buste de la nouvelle Marianne, et il paraît même que Barack Obama va quitter sa femme pour lui... Ca, ce sont des blagues potaches relevées par Libération sur Twitter et le site Jeansarkozypartout.com, lancé hier et qui fait un carton. Sur Internet encore, relève Libé : la pétition d'un conseiller municipal de Puteaux, qui s'attaque au coeur de la polémique et demande au fils du Président de renoncer à briguer la tête de l'EPAD, l'Etablissement public qui gère le quartier de La Défense. L'élu du MoDem Christophe Grébert revendique 40000 signatures. "Moi, mon papa, il est Président"... Ce matin, "Junior", comme l'appelle Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées, en prend plein la figure dans la nuée d'éditos qui lui sont consacrés. "Qui est ce jeune premier ?", demande François Martin dans Le Midi Libre, sous le titre "Fiston à piston". "C'est un étudiant besogneux en droit de 23 ans, conseiller général fraîchement élu, mais surtout fils de qui vous savez. L'hyper-Président refilerait ainsi son super-fiston". Et François Martin conclut, ironique : "Jean est prêt à relever le défi. Il possède les vertus cardinales que son père vante devant le bon peuple : le mérite, le travail, et surtout l'exemplarité". La Sarkozie bafoue ses propres valeurs, en tout cas celles qu'elle affiche. C'est cela qui choque le plus ce matin. Patrick Fluckiger par exemple, dans L'Alsace : "Nicolas Sarkozy avait fait campagne en 2007 pour un Etat impartial. Les faits démentent les promesses". Ou encore Xavier Panon, dans La Montagne : "Tous ceux qui ont réussi à l'effort et aux diplômes ne manqueront pas de s'offusquer d'une variante si étrange de la méritocratie républicaine". C'est le 4 décembre, lors d'un conseil d'administration, que Jean Sarkozy devrait être élu à la tête de l'EPAD. Le quartier de La Défense abrite 2500 entreprises, dont plusieurs firmes du CAC 40. Et le rôle de l'EPAD est de viabiliser les terrains et de vendre des droits à construire aux promoteurs. Sur le site MédiaPart, témoignage d'un cadre supérieur de l'Etablissement... "Cette histoire de Jean Sarkozy est une catastrophe", mais avant tout symbolique, apparemment. Car le président de l'EPAD n'a aucun pouvoir. Il ne signe aucun contrat. Le vrai patron, c'est le contrôleur général des finances, qui dit s'il est possible ou pas d'engager des dépenses. Raison de plus pour mesurer l'étendue des dégâts, commente MédiaPart. Dans Libération, Laurent Joffrin estime qu'il n'y a qu'une issue à ce vaudevillesque faux pas : "renoncer à une candidature qui n'aurait jamais dû être, pour s'assurer à tout hasard que nous sommes toujours en République". Dans Le Parisien-Aujourd'hui et Métro, le principal intéressé se défend. "Je veux être jugé sur mes actes. Faire croire à une nomination est un mensonge : c'est une élection". Et il retourne même la polémique : "Le fait de m'appeler Sarkozy rend les choses plus difficiles, comme le prouvent les violentes attaques personnelles dont je fais l'objet". Enfin, à l'Elysée, on est "outré", selon Le Figaro, de ces procès en népotisme ou en berlusconisation. "Le Président ne donne aucun coup de téléphone au Conseil Général", jure un de ses fidèles... Charles Jaigu relève tout de même que Matignon avait autorisé Patrick Devedjian, l'actuel président, à prolonger sa présence à la tête de l'EPAD. Mais l'Elysée a opposé une fin de non-recevoir. Le Figaro relève encore que, de la taxe carbone à l'affaire Mitterrand en passant par la polémique sur La Poste, "l'Elysée est face aux turbulences" en ce moment. "C'est vrai qu'il y a un petit coup de vague à l'âme", reconnaît un proche du chef de l'Etat. Allez, quand les temps sont durs, il y a toujours une citation de Jacques Chirac pour rigoler un peu : "Les emmerdes, dit l'ancien Président, ça vole toujours en escadrilles"... En bref, Bruno, une information du Washington Post... Oui. C'est tombé cette nuit sur le site du quotidien américain : Barack Obama a décidé d'envoyer 13000 soldats supplémentaires en Afghanistan. Cela ferait 34000 hommes en plus depuis son élection. Mais il ne veut pas communiquer sur le sujet pour l'instant. Les 13000 hommes en question sont essentiellement des hommes de soutien : des mécanos, des médecins, des spécialistes du renseignement ou des agents de la police militaire. Le Post rappelle que Bush non plus n'avait pas communiqué sur ce type de renforts. Par ailleurs, le chiffre de 13000 est très loin de ce que demande le commandant des troupes américaines sur le terrain : le général McChrystal plaide pour l'envoi de 40 à 50000 GIs supplémentaires. Echos de la crise, encore et toujours, dans la presse... Le paradoxe habituel, d'abord. A la Une de La Tribune : pour les marchés boursiers, "la fête continue". Le CAC 40 est au plus haut depuis octobre 2008. A la Une des Echos : "Les Français et la crise : le plus dur est à venir". C'est un sondage BVA pour le quotidien économique, mais aussi nos confrères de France Info et la société Absoluce. Près des deux-tiers des personnes interrogées ne s'attendent pas à une prochaine sortie de crise. Les salariés du privé ne ressentent aucune amélioration dans leur vie de tous les jours. Le chômage continue de grimper. Le nombre de défaillances d'entreprises atteint des niveaux record. Conséquence : la politique économique du gouvernement est jugée mauvaise par 63% des personnes interrogées. Dans ce contexte, les mairies et collectivités locales ont du mal à se financer elles aussi. Toujours selon Les Echos, la ville de Lille "croule sous les emprunts toxiques". 36% de sa dette est constituée de produits hautement spéculatifs. Martine Aubry envisage d'aller en justice contre Dexia et deux autres établissements qui l'ont entraînée dans cette galère. Pour trouver des sous, la région des Pays-de-la-Loire a fait comme l'Etat : un emprunt public. Et ça marche bien, selon Le Figaro Eco. 5500 particuliers résidant presque tous dans la région ont mis la main au pot. L'argent doit servir à construire des lycées notamment. Pour aider les entreprises à lutter contre la crise, Nicolas Sarkozy a créé le "Fonds stratégique d'investissement". Scandale à la Une de L'Humanité, nouvelle formule aujourd'hui : cet argent public est "livré aux patrons". La société française Nexans aurait touché 60 millions d'euros, au titre du Fonds stratégique, en juillet dernier. Mais elle s'apprête à fermer l'usine de cuivre de Chauny, dans l'Aisne. 387 postes seraient supprimés en tout en France. Ce serait un grand vide pour une région qui vit au rythme des usines de câble depuis des générations. Dans ce climat, les syndicats britanniques se sont lancés dans un combat pour le moins surprenant : bannir les talons hauts au travail. C'était au coeur de leur dernier congrès, rappelle Virginie Malingre dans Le Monde. Le Trade Union Congress y voit un combat féministe, une affaire de santé publique, et même de dépenses publiques. Des millions de journées de travail seraient perdues chaque année à cause des talons, qui abîment les pieds et les membres inférieurs. Entre les genoux tordus, la corne aux pieds et les oignons aux orteils, les arguments ne sont pas très glamour. Une députée les balaie d'un coup d'escarpin : "La Chambre des Communes est dominée par les hommes. Ces hommes sont des tueurs. Je mesure 5 feet et 3 inches, et j'ai besoin de chaque centimètre de mes chaussures Louboutin pour regarder les hommes droit dans les yeux". L'Afrique des horreurs et des miracles, pour terminer... Le Monde enquête aujourd'hui sur le massacre du 28 septembre à Conakry, en Guinée, quand la garde présidentielle a ouvert le feu sur une manifestation de l'opposition, dans un stade. Le bilan officiel est de 57 morts, mais personne n'y croit. Le 28 septembre, alors que la tribune et les pelouses étaient bondées, les camions militaires sont entrés en écrasant les gens au passage et en tirant au hasard à la Kalachnikov. Le Monde montre une jeune femme vêtue d'un voile blanc, Fatou, à la recherche de son mari, de morgue en hôpital et de caserne en commissariat. Devant l'ampleur du massacre, les langues se délieront forcément un jour, même dans l'armée. L'Afrique des miracles, elle est dans La Croix... Avec un peu de décalage, Pierre-Yves Le Priol raconte sa soirée télé de dimanche. Il a regardé "Les 20 ans du zapping". Et il a retenu une séquence bouleversante. Ca se passe en 1990, dans un dispensaire de brousse au fin fond du Zaïre : images de la naissance d'un bébé et de la course contre la montre qui s'ensuit. Car l'enfant ne respire pas. Il garde les yeux désespérément clos. Une religieuse est là. D'un geste calme mais sûr, elle écarte le jeune médecin blanc qui essaie de sauver le bébé. Seringue. Elle pique l'enfant. Elle le frappe à la plante des pieds. Elle lui fait du bouche à bouche. Elle plie et déplie ses petits bras. Elle l'asperge d'eau chaude puis d'eau froide. Au moment où l'on n'y croit plus, le nouveau-né ouvre la bouche, puis les yeux. Un jeune homme de 19 ans habite aujourd'hui quelque part au Zaïre, sans même savoir peut-être qu'il est un ancien miraculé. La religieuse aux grosses lunettes et au petit crucifix, dont on ne sait ni le nom ni celui de sa congrégation, doit être bien vieille désormais... Il y a si peu, vraiment, de la mort à la vie...

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