(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin, plaies béantes

(Bruno Duvic) Ils sont président de chambre de commerce, employé du port, routiers, policiers... Ils passent ou travaillent à Calais. Ils témoignent ce matin dans Le Parisien Aujourd'hui en France . Depuis le début de l'année 100.000 migrants ont traversé la méditerranée, ils seraient au moins 2.000 à Calais. Pour passer de l'autre côté de la Manche, comme le titre le journal à la Une, « Ils sont prêts à tout ». Extraits, donc, de ces témoignages.

« La semaine dernière, nous avons trouvé caché dans un camion un enfant de 4 ans avec ses parents. » « Certains de ces migrants, les Somaliens par exemple, ont vu tellement d'horreur dans leur pays qu'ils n'ont peur de rien. » Objectif, les files de poids lourds à l'entrée du port.

« Les guetteurs sont sur la crête des dunes. Au signal c'est l'attaque de la diligence. »

« Une fois, ils étaient une centaine, ils ont forcé l'entrée du terminal maritime, tout le monde s'est barricadé dans les bureaux, les bateaux ont relevé les rampes d'accès. »

Un migrant trouvé dans le moteur d'un bus, d'autres qui en attendant de passer se lavent dans le canal d'une usine rempli de métaux lourds.

Voilà pour Calais. Autre point de fixation, Menton, à la frontière entre Italie et France. Le Figaro donne la parole à un fonctionnaire de la police aux frontières, qui vient de rédiger à l'insu de sa hiérarchie, dit-il, une note de 25 pages décrivant la situation.

100 à 150 interpellations par jour.

Enfer humanitaire, policier, administratif : la loi oblige en principe à présenter au gardé à vue ses droits dans sa langue d'origine, document écrit à l'appui. Les policiers n'ont pas ces documents.

Ils interpellent, mais pour quel résultat ? Impossible d'expulser une personne qui vient d'un pays en guerre.

La plupart des migrants viennent d'Italie. Les autorités italiennes ne répondent même plus aux fax qu'elles reçoivent de leurs collègues français.

A Calais, le syndicat Unité SGP police appelle à manifester aujourd'hui pour obtenir plus de moyens pour faire face à l'afflux de migrants. En méditerranée, 70.000 personnes ont été secourues en 10 mois. 3.000 se sont noyées.

Autre frontière, autre plaie béante, la frontière entre Turquie et Syrie

Et toujours ces reportages, à quelques encablures de Kobané. Et ces kurdes rassemblés, les yeux tournés vers la ville, panorama fumant sous le feu des armes lourdes de l'Etat islamique. Hier c'était d'un silo à blé que s'échappait une colonne de suie. "Combien seront-ils aujourd'hui ?" se demande Jean-Louis le Touzet dans Libération . Ils changent de point de vue au gré des interdictions de l'armée turque. Cette armée dont ils dénoncent un peu plus fort chaque jour l'attitude. « Les ambulances transportant les blessés mettent un temps fou à arriver, comme s'il y avait une volonté délibérée de les laisser mourir sur place », dit un militant kurde.

Dans L'Humanité , Stéphane Aubouard donne la parole lui aussi à ces kurdes qui ont tout abandonné pour combattre ou soutenir leurs frères d'armes. Ils ont plus ou moins réussi à franchir la frontière avant de revenir côté turc. Cette étudiante qui a remisé dans un tiroir ses polycopiés de médecine. « C’était la première fois que je prenais les armes, mais j'ai tué beaucoup de terroristes (…) Nous nous battons pour l'humanité entière, la démocratie, la fraternité des peuples et les avancées sociales. »

Kobané est-elle une nouvelle Srebrenica, cette enclave bosniaque où les serbes avaient massacré 8.000 civils en 1995 ? C'est le risque reconnait l'émissaire spécial des Nations unies pour la Syrie. Dans les colonnes de Libé , Bernard-Henri Levy lance un "dernier appel pour Kobané"

Syrie plaie béante. Au nord, la coalition bombarde l'Etat islamique et les kurdes luttent au sol face à ces djihadistes qui leur volent parfois leurs vêtements et leurs drapeaux pour tromper les pilotes américains, comme le raconte Delphine Minoui dans Le Figaro .

Et à Damas, la guerre civile, celle qui a éclaté en 2011, continue. Car Oui, Damas, est une ville en guerre, dans ses faubourgs, ceux de Jobar, entre le régime de Bachar el Assad et les rebelles. On se bat à moins de 10 kilomètres de la mosquée des Ommeyades, écrit Christophe Ayad dans Le Monde , de ce week-end, toujours en kiosque. Le Monde et son site Internet qui publient les images et le récit d'une photographe russe qui a passé deux semaines à Damas, Olga Kravets.

« La première chose qui frappe à Damas, dit-elle, c'est le bruit ». Le grondement incessant des avions, qui sortent tous les jours, parfois plusieurs fois par jour. La nuit, l'artillerie lourde prend le relais. Colonnes de fumée au-dessus des toits. La guerre sur le trottoir d'en face : un obus ou une roquette égarés. L'armée omniprésente. La vie quotidienne avec le risque. Les fêtes de mariage prennent fin à 22 heures. Les toits terrasses sont désertés, on se réunit dans les arrières cours ou les salles fermées. Et on compose avec la pénurie, comme cette agence de voyage reconvertie en boutique de lingerie, sans même changer d'enseigne.

Le chômage, plaie béante de l'économie française

Et la gauche qui n'en finit plus de tourner autour de ses totems et tabous. Faut-il réformer le système d'assurance chômage, revoir la durée et le montant des allocations ? On croyait le débat ouvert par Manuel Valls provisoirement clos après la mise au point de François Hollande, sur le thème « il n'y a pas de sujet ». Débat relancé par Emmanuel Macron, le ministre de l'Economie ce week-end dans Le Journal du dimanche .

Ballon d'essai, signal envoyé à Bruxelles de la volonté réformatrice du gouvernement ? Un peu de tout cela sans doute. Mais tout de même demeure « un grand brouillard », comme le titre Le Parisien , d'autant que l'entretien accordé par le ministre au JDD a été relu à l'Elysée. Alors que pense vraiment François Hollande de ce sujet ? « Comme d'habitude avec Hollande, dit un conseiller ministériel dans Le Parisien, on ne sait pas ce qu'il pense ». Autre diagnostic d'un cadre du PS : « Les proches de Hollande sont dépassés pas l'offensive libérale de Valls et ses acolytes ». Revient l'idée de divisions au sommet, dans la manchette de L'Opinion par exemple : « Comment Valls et Macron bousculent Hollande ».

Quoi d'autre dans la presse ?

La curiosité du jour. Jean-Luc Mélenchon dessinateur de presse. Rue89 a retrouvé des caricatures réalisées par l'ex candidat à la présidentielle dans les années 70. Caricatures notamment pour un hebdo catholique du Jura, La Croix Jurassienne .

L'incroyable violence de la société mexicaine. Quarante-trois étudiants disparus le 2 octobre, les corps toujours pas retrouvés. Depuis janvier 2006, écrit Diane Jeantet, les autorités ont reconnu près de 30.000 disparitions. La justice a ouvert une enquête dans moins de 1% des cas. Guerre ouverte et collusion dans certains cas avec les cartels de la drogue. Affaire de drogue ou pas, la violence ne semble avoir aucune limite parfois. Dans Libération , histoire d'un animateur de radio assassiné en direct pendant son émission.

Et puis dans La Croix , une tribune de l'évêque d'Angoulême, Mgr Dagens. C'est intitulé "Une rencontre éprouvante et révélatrice. Il y a deux mois, Mgr Dagens a donné des conférences dans le Nord de la France. Après la dernière de ces conférences, il a été violemment pris à partie par un couple de fidèles. Ils ont refusé de me prendre la main, commencé à m'injurier d'une manière violente. "Vous êtes possédés par Satan, vous devez vous faire exorciser". C'était au milieu de l'église, raconte l'évêque, sous un grand crucifix que j'ai regardé avec insistance. « C'était des personnes respectables qui participent habituellement à la messe dans cette église. » Dans sa conférence, l'évêque avait évoqué « des personnes homosexuelles qui ne doutent pas d'être elles aussi des enfants de Dieu ». « J'ai des raisons de penser que cette parole réfléchie avait pu provoquer la réaction de cet homme et de cette femme fidèles à une certaine tradition puritaine plus que chrétienne.

A demain !

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