Patrick COHEN : A la Une de la presse, aujourd'hui, on tourne en rond... Bruno DUVIC : La photo est saisissante, en première page de l'International Herald Tribune... En toile de fond, le ciel bleu et les collines ocres d'Afghanistan. Au premier plan, caché derrière des fils barbelés, un soldat américain casqué tire au lance-roquette. De la poussière soulevée derrière lui, émergent des fusils mitrailleurs. Des douilles volent dans le ciel... On distingue même de petits éclats de feu. Il a l'air bien seul, ce soldat. Et l'Afghanistan est un pays toujours plus dangereux. L'article qui accompagne cette photo est sans appel. A sa lecture, on a du mal à croire que la nouvelle stratégie d'Obama sera couronnée de succès. Car, malgré l'envoi de nouveaux soldats, les talibans gagnent chaque jour un peu plus de terrain. Les forces de l'OTAN mènent bataille dans le sud, les barbus se renforcent dans le nord. En août 2009, on avait compté 630 attaques d'insurgés. Plus du double cet été. Il y a quatre ans, ils n'étaient actifs que dans une petite partie du pays. Aujourd'hui, c'est sur presque tout le territoire. "Le pays est plus dangereux qu'avant même le début de la guerre en 2001" dit un responsable d'organisation humanitaire. Mais, au fait, d'où vient l'argent des talibans, cet argent qui leur permet de tenir tête aux forces internationales depuis 9 ans ? Généralement, on répond : "C'est l'opium". Et pourtant, la drogue et le crime ne représentent que 10 à 15% des revenus des talibans. Alors d'où vient l'argent ?. La réponse est dans un reportage de Louis Imbert, publié ce mois-ci dans Le Monde Diplomatique. On comprend tout avec une histoire : celle de Hajji Mohammad Shah... L'an dernier, cet homme a commencé à construire une route aux environs de Kunduz, dans le nord. Coût du projet : un peu plus de 60.000 €, fournis par la Banque asiatique de développement. Jusqu'ici, tout va bien. Sauf que, dès le début des travaux, un taliban est venu demander un impôt : 14.000 €. Les anciens du district ont payé. Mais un deuxième émissaire est arrivé. Ils ont à nouveau payé. Quand le troisième a demandé de l'argent, ils ont expliqué qu'ils n'avaient plus rien. Au mois de mars, alors que M. Shah revenait de déjeuner en ville, il a trouvé ses ouvriers pris en otage. Des hommes armés ont brûlé 10 de ses engins. Si vous avez le numéro de téléphone d'un assureur prêt à couvrir ce risque, M. Shah est preneur... D'où vient l'argent des talibans ? La réponse est donc très simple : en bonne partie de l'aide internationale destinée à lutter contre eux est détournée par eux. Plus on reconstruit l'Afghanistan, plus ils s'enrichissent : conclusion de l'article de Louis Imbert. On tourne en rond, dites-vous ? Patrick COHEN : 8 h xx... Suite de la revue de presse, Bruno Duvic... Bruno DUVIC : On tourne en rond dans sa voiture, à la recherche d'une place de stationnement. Situation très banale. Les nouvelles technologies vont peut-être faciliter la vie des conducteurs. A Toulouse, un nouveau système est présenté aujourd'hui. C'est dans Le Parisien-Aujourd'hui en France. Une rue va être équipée de sondes, systèmes de géolocalisation pour repérer en temps réel les places disponibles. Et on vous informe par SMS. Cela permet aussi à la mairie de repérer les personnes mal garées. Le journal Le Monde a-t-il été écouté par les services de renseignements, dans l'affaire Bettencourt ? Question ce matin sur le site NouvelObs.com... En juillet, un article citait plusieurs extraits de procès-verbaux de la garde à vue de Patrice de Maistre. Comment le journal se les est-il procurés ? Depuis la publication de cet article, un conseiller de Michèle Alliot-Marie a été changé d'affectation. Officiellement, aucun lien avec l'article du Monde. Mais, selon L'Obs, les services de renseignements se sont bien penchés sur le sujet. Sont-ils allés jusqu'à placer la rédaction du Monde sur écoutes ? C'est une piste évoquée, mais pas affirmée. Patrick COHEN : Après ces quelques brèves, les gros titres de la presse, ce matin, concernent évidemment Claude Chabrol... Bruno DUVIC : Evidemment, Claude Chabrol, les tournages, il les a multipliés. La rondeur, c'était l'un de ses attributs. Chabrol inspire les journaux, ce matin. Pour lui rendre hommage : des photos, des bons mots et des gros mots... Dans Libération, page 3, planche-contact d'une prise de vues que le réalisateur avait accordée au photographe Philippe Quaisse. "J'aimerais vous voir vous curer le nez", avait dit le photographe. "Mais mon garçon, je fais cela régulièrement". Alors, sur 16 photos en noir et blanc, on le voit un chapeau dans la main gauche et la main droite farfouillant ses orifices. Le pif de bon vivant de Chabrol... son oeil goguenard derrière une grosse loupe, à la Une du Parisien... son écharpe de bourgeois, en première page du Figaro... et sa pipe de vieil oncle matois, en première page de Libération... "Quand la bête meurt" : c'est le titre de Une de Libé... - Dans la série "titre bien trouvé", il y a aussi celui de La Charente Libre : "Claude Chabrol casse sa pipe". - L'Est Républicain : il "rembobine". - La Dépêche du Midi : "La dernière vague". - Ou encore Le Progrès de Lyon : "Mort d'un bon vivant"… Au fil des hommages, c'est à des écrivains qu'il est le plus souvent comparé... écrivains du XIXème notamment : Balzac, Maupassant, Flaubert... mais aussi, plus près de nous, Simenon. Pour les gros mots, il y a "con" : c'était son préféré. Il y a "cul" : c'est l'endroit où il s'était mis une plume, un soir d'émission télévisée. Chabrol, ou le fils de pharmaciens qui adorait choquer le bourgeois et révéler sa part de noirceur. Il lui arrivait d'entrer dans les églises pour raconter des horreurs au confessionnal... Et Libération et Le Figaro se posent la même question : ses films étaient-ils le miroir de notre pays ? "Si Chabrol, c'est sans doute la France, écrit Olivier Séguret dans Libé, il n'y a pas de quoi se vanter. Tout l'intérêt de la francité de Chabrol se trouve dans l'envers de la carte postale : l'envers de cette image de cinéaste label rouge (comme les poulets), débonnaire, élevé au bon grain. Il est celui qui a le mieux rendu compte de la France des Trente Glorieuses, puis de la France des Trente Piteuses". Oui, "l'écran est un miroir", poursuit Pierre Marcabru dans Le Figaro. "Qui veut se faire une idée de la France de Pompidou n'a qu'à suivre Claude Chabrol. Mais ce bourgeois qui regarde des bourgeois ne donne pas de leçons : il voit d'abord la cocasserie, les imbéciles le fascinent. Il nous raconte en douce, à la fin d'un bon repas, des histoires de famille". Certains rêvent ce matin du film qu'il aurait pu faire de l'affaire Bettencourt. Mais, dans Libération, Didier Péron relève que peu de jeunes cinéastes revendiquent son influence. Le flambeau de la satire sociale semble s'éteindre avec lui. Satire goguenarde sans moralisme… Illustration avec ses propos de 2007 sur le Président de la République : "Sarkozy n'est pas Hitler", disait Chabrol. "Il est davantage Michel Drucker. On a été légèrement imprudent en l'élisant. Mais, pour l'instant, il distrait les soirées d'hiver"...

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