Dans la presse ce matin : couleurs d'automne

Que dire de plus à propos de cette Syrie, en guerre depuis tellement longtemps que l'attention des médias se relâche ? Le Monde a choisi de porter la plume dans la plaie. Jean-Philippe Rémy et le photographe Laurent Van der Stockt étaient à Alep. Pas de filtre pour raconter ce qu'ils ont vu.

"Les bombardements sont tellement intenses, qu'on ramasse pêle-mêle dans les rues des cadavres, des gens choqués et des oiseaux morts.

A quel moment a-t-on eu l'impression que toutes les règles avaient volé en éclat ? Est-ce devant un hôpital où arrivaient des enfants en charpie ? Face à un immeuble de 5 étages annihilé par une seule explosion ? Ou en regardant médusés depuis un bout de trottoir des avions larguer leurs bombes, là-bas, au bout de la rue. Voici donc le stade ultime de répression conçue par le pouvoir syrien.

(…) Il faut un certain calme d'esprit, beaucoup de logistique et de détermination pour détruire bombe après bombe la moitié d'une ville de plus de deux millions d'habitants."

« Dans quel autre pays une armée se livre-t-elle au bombardement méthodique de son propre peuple ?3 », demande l'éditorial du Monde .

« Il n'y aura pas de réponse autre que militaire au défi militaire posé par le régime de Damas. Le scénario du pire est en train de s'écrire : la constitution du Liban à l'Irak d'une zone crise en proie aux convulsions multiples. »

Le monde arabe en automne... Direction la Libye.

« Qui a tué l'ambassadeur américain ?» demande Ouest France à la Une. L'ambassadeur et trois autres diplomates tués mardi dans l'attaque contre le consulat de Benghazi. Le même jour, la représentation américaine au Caire était attaquée. Pour mémoire Mardi, nous étions le 11 septembre.

Qui derrière ces attaques officiellement en réplique à un film d'un réalisateur israélo-américain insultant pour le prophète ? Film que la presse juge en substance consternant de bêtise.

Après le printemps arabe, est-ce la menace d’un hiver djihadiste ? Analyse de Delphine Minoui dans Le Figaro .

« A première vue, ces attaques s'inscrivent dans un cycle de violences perpétrés par certains groupes salafistes qui prêchent un Islam radical, en Tunisie, en Libye, en Egypte. »

Pourtant la journaliste refuse d'enterrer le rêve démocratique des populations arabes :

En Egypte par exemple, "les réactions virulentes au nom de l'Islam ne doivent pas masquer les efforts de la société civile pour bâtir les bases d'une vraie démocratie. »

« Les mouvements islamistes radicaux se renforcent » dit le chercheur Dominique Moïsi dans La Dépêche du midi .

Et parmi ceux qui profitent de cette attaque, le gouvernement syrien, - on y revient. « Il peut dire : voyez, vous n'avez vraiment pas intérêt à intervenir dans mes affaires. Vous êtes intervenus en Libye, votre ambassadeur a été tué"

Quelques éclaircies tout de même en Europe.

Ou en tout cas interprétées comme telles... Une du Figaro : « L'Allemagne redonne espoir à l'Europe ». La cour constitutionnelle allemande valide le mécanisme de sauvetage de l'Euro.

L'Europe se réveille dans un autre domaine à la Une des Echos : la fusion géante d'EADS, la maison mère d'Airbus avec le groupe de défense britannique BAE Systems. Le mariage se dessine pour l'instant. Il donnerait naissance au leader mondial de l'aéronautique, de la défense et de l'espace.

Ce mariage serait un tournant historique pour Eric Le Boucher sur slate.fr .

« Il marquerait le retour de la Grande Bretagne en Europe. (…) Enfin ! l'Europe réunirait ses forces dans un seul groupe.»

L'Europe et la France toujours à la recherche d'économies budgétaires.

Et la presse fournit au gouvernement deux jolies mines d'économies. Les médicaments et les collectivités locales.

A la Une du Parisien et du Nouvel Observateur, le livre des professeurs de médecine Philippe Even et Bernard Debré. Ils ont passé en revue 4000 médicaments. Diagnostic : la moitié est inutile voire dangereuse. Les dérembourser permettrait d'économiser 10 milliards d'Euros par an.

Le Nouvel observateur montre comment sous la pression conjuguée des laboratoires pharmaceutiques et de certains médecins, psychiatres par exemple, on a inventé des maladies et donc des médicaments pour les soigner. Les essais ont plus ou moins marché...

« Vous souffrez du trouble de l'anxiété sociale ? Autrement dit vous êtes timide ? Pillule.

Le syndrome de Sissi : dissimuler aux autres un passage à vide par une bonne humeur apparente ? Cachet. 3 millions d'homme et de femmes ont été pris dans ce filet-diagnostic » écrit Anne Crignon.

On a même tenté de promouvoir pour le pater-familias un peu grincheux - pardon Dysthymique - un syndrome du « Tigre en cage ». On pourrait aussi l'appeler le syndrome "laisse Papa lire son journal"

L'autre source d'économie, elle est à la Une de plusieurs journaux cette semaine, notamment Le Point : les dépenses des collectivités locales. Selon un think tank qui s'appelle l’Ifrap et qui a épluché les comptes des collectivités, en diminuant d'un 1% par an les effectifs des seules régions, on pourrait économiser 6 milliards d'Euros en 5 ans.

Dans la presse également, les deux promesses non tenues de François Hollande

Il avait promis de ne pas s'occuper des affaires du parti socialiste. Pour tous les journaux, il a joué un rôle clé dans la désignation d'Harlem Désir à la tête du PS. Libération raconte : « Il est intervenu à la Hollande, laissant faire quand les négociations au PS allaient dans son sens mais décrochant son téléphone quand il le fallait. »

2ème promesse non tenue : l'Elysée ne commandera plus de sondages d'opinion. Rupture avec l'époque Sarkozy. Perdu. Il y en aura bien selon Le Parisien , mais en toute transparence, assure l'Elysée.

Dans la série la presse ne passe rien au couple présidentiel, cet entrefilet dans Le Nouvel Observateur . Valérie Trierweiler poursuivra en justice pour atteinte à l'image et à la vie privée tous les magazines qui ont publié des photos des baignades avec François Hollande à Brégançon. Tous sauf Paris-Match , selon l'Obs . Match dans lequel la première dame publie une nouvelle chronique cette semaine.

Et pour finir... un livre ?

Oui un livre mais il y a bien un rapport avec la presse. Il est tiré de l'opération très réussie du Monde , pendant la campagne électorale. « Une année en France », le journal avait installé des reporters dans sept coins de France, de la métropole à la banlieue en passant par la campagne. Ils ont vécu tout au long de ces mois avec la population.

Cela donne un webdoc en ligne sur lemonde.fr dans la journée et un livre aux éditions des Arènes. C’est une galerie de portraits. Par exemple, puisqu'on a beaucoup parlé de riches cette semaine, dans la région d'Avallon, sous la plume de Pascale Robert-Diard, un aristo désargenté. Le comte de Chastellux.

Son château de Chastellux, est à Chastellux, route de Chastellux, dans la forêt de Chastellux.

Le compte a eu des soucis avec sa connexion Internet récemment, pour une facture impayée de 26 Euros. Il soupire : « vous voyez où j'en suis ».

Il reçoit en jean délavé et espadrilles usées dans la salle à manger du château. De l'autre côté, dans l'un des salons, un billard et un clavecin.

Cette bâtisse, c'est 28 générations qui lui sont tombées sur la tête. « Je dois payer 58% de droits de succession. »

Dans sa vie, le comte a d'abord été cancre notoire, puis bruiteur sur le film Le Grand Blond avec une chaussure noire... Il a monté sa boite de production, il a bu le bouillon. Aujourd'hui, il gère l'héritage, tant bien que mal. Il relit le soir les récits de voyage de ses ancêtres, vit en manteau et chapeau l'hiver à l'intérieur de sa forteresse. Et deux fois par jour il va boire un petit kir au bistrot.

Le troquet qui l'accueille s'appelle… Le Chastellux.

A demain

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