Et dans les archives du Monde, une lettre bouleversante, en juillet 1957, de l'épouse du mathématicien enlevé et tué par des soldats français. Dans Télérama, une ode au patrimoine populaire et aux tours de béton de notre mémoire... Rachid Taha, si beau rocker dans le Temps, suisse, et dans Libération.

On parle de Maurice Audin ce matin...

Maurice Audin, ce mathématicien enlevé, torturé et tué par des soldats français pendant la guerre d'Algérie, et dont Emmanuel Macron, au nom de la République, vient de reconnaitre le supplice dans un communiqué, "le crime d'Etat est enfin reconnu", dit l'Humanité quand le Monde évoque une "décision historique" d'Emmanuel Macron, et le Monde et l'humanité comparent cette décision au discours du Vel d'hiv de Jacques Chirac, qui avait reconnu la responsabilité de la France dans la déportation des juifs... 

C'est sur internet que vous lisez le Monde et l'Humanité, une grève empêche la parution des quotidiens nationaux, mais internet qui a de la mémoire, est le bon media pour appréhender ce moment ... Pour rendre justice au travail de l'Humanité dont Audin, fut une cause depuis 6 décennies, vous relirez ce témoignage paru mardi d'un vieux monsieur béarnais qui avait été un jeune soldat terrifié par les exactions et les viols commis par des militaires en Algérie. Dans les archives du Monde, vous retrouvez un article du  8 juillet 1957 qui donne aujourd'hui le vertige, intitulé "à propos de deux disparitions à Alger"

"Mme Maurice Audin, adjointe d'enseignement au lycée Gautier à Alger, nous informe de la disparition de son mari, M. Maurice Audin, assistant à la faculté des sciences de l'université d'Alger". On y entend l'inquiétude de la jeune femme à laquelle l'armée assurait que son époux, arrêté le 11 juin, s'était évadé. "Or il m'est impossible de croire que mon mari se soit évadé. Mon mari n'est pas un sportif, je suis intimement persuadée qu'après avoir passé dix jours entre les mains des parachutistes il était dans un état physique lui rendant impossible une évasion (...) je suis extrêmement inquiète et je me demande si mon mari est actuellement en vie."

Il était décédé et Josette Audin, aujourd'hui si vieille dame, recevra tout à l'heure la visite d'un Président de la République, 61 ans, 3 mois et 2 jours après que Maurice a été arrêté. 

La Croix revient sur la pédophilie dans l'Eglise...

Et le grand quotidien catholique n'en finit pas d'explorer la honte, ce n'est pas facile de se regarder en face, que l'on soit un pays ou une institution. L'Eglise blessée réagit en bureaucratie, dans un grand sommet consacré aux abus sexuels en février prochain, c'est la Une du journal qui parle d'un "état d'urgence". L'urgence ou une forteresse assiégée. Et dans les page courriers, Mgr Joseph de Metz-Noblat, évêque de Langres, défend l'institution du célibat, qui n'est pas responsable des déviances de prêtres... 

On saisit en lisant la Croix la tragédie de la dichotomie du catholicisme organisé, assiégé de scandale et qui ne peut s'y reconnaitre...Le cinéaste Wim Wenders a réalisé un documentaire sur le Pape, que le monde exécute comme une oeuvre de propagande. Mais Wenders aime le pape, et dans les Echos il l'affirme, si l'Eglise n'est pas capable de transparence sur la pédophilie, c'est parce que les conservateurs l'en empêchent: "cela me fait de plus en plus penser à Barack Obama entravé par la majorité républicaine au Congrès."

La foi assiégée sauve-elle, le valeurs consolent-elles de la tache? La Croix s'attarde avec "un géant des lettres portugaises" Gonçalo Tavares, qui dans un roman, "une jeune fille perdue dans le siècle a la recherche de son père", s'illumine d'une jeune trisomique... La vie raconte un médecin français qui part au Vietnam soigner les accidentés de la route, et l'hebdomadaire titre sur la grande pauvreté, en ce jour de plan gouvernemental... Etre aimable, et se faire pardonner? 

Et on nous parle de patrimoine enfin... 

Avec les journées du même nom qui arrivent, on peut sauver toute les églises de France nous dit dans la Vie Stéphane Bern...

Mais il  n'y a pas que les églises médiévales ou les beaux châteaux, et il FAUT lire dans Télérama les paroles revigorantes de Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques, donc le gardien de notre mémoire; il nous explique que le patrimoine, c'est tout ce qui témoigne de la vie des hommes et que la modernité les politiques ou les promoteurs menacent d'effacer.

Gatier entonne un requiem "à l'insolence magnifique des cités HLM des trente glorieuses" implosées en direct au journal de 20 heures, il nous chante la splendeur sauvée des 58 mètres de béton la tour Lénine à Ivry sur Seine, et il entonne une action de grâce parce qu'on a sauvé à Reims les halles du Boulingrin, "superbes paraboles en béton" des années 20... et sauvée aussi à Montrouge, au bout de la ligne 4 du métro parisien, l'église Saint Jacques, "un parallélépipède inachevé de béton austère", où l'on trouve, à l'arrière plan d'une scène de transfiguration du christ, une fresque raconte le retour des déportés dans un décor de HLM et de lignes à haute tension... Le béton abrite notre mémoire...

On comprend alors que le patrimoine n'est pas simplement de l'ordre du musée, et pas seulement de la pierre ou des tissus, mais ce que nous retenons du temps qui file, Télérama nous parle aussi de Jacques Brel qui ne nous quitte pas, et qui faisait venir du foie gras et du champagne dans sa retraite des iles marquises, le patrimoine n'est pas la légende... On nous parle ailleurs, d'un autre chanteur, Rachid Taha disparu hier avant ses 60 ans, "Il était la plupart du temps attifé comme une descente de lit, il paraissait n’avoir pas dormi depuis deux semaines et c’était souvent vrai, dans ses cuirs tannés de rockeur des sables, ses boucles oranaises, sa dégaine de boxeur dont le dernier match était sans cesse repoussé", c'est si beau, dans le journal suisse le Temps... Taha fut par "Douce France" un moment de fraternité en France mais il était surtout, dit le Parisien, le plus grand de nos rockers, et c'est cette vérité qui ressort aussi dans un texte magnifique de Libération, intitulé « le feu feulé », ou l'on parle de punk et de la vie...

L'Est républicain se souvient que Taha fut un espiègle enfant des Vosges. Je t'ai gardé dans mon coeur. 

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