Evidemment, l'information n'est pas dans vos journaux : depuis 5 h moins 10 ce matin, la sélection olympique française aux jeux de Pékin peut épingler une deuxième médaille d'or à son palmarès... Alain Bernard s'est imposé en finale du 100m Nage libre. Les JO 2008, j'y reviendrai en fin de revue de presse. Car en lisant les journaux, ce matin, on le voit bien : il y a beaucoup plus important. Pour L'EST REPUBLICAIN, Michel Vagner en fait le constat, si navrant : "Pendant les jeux, l'oppression continue. Seuls les naïfs imaginaient le contraire. Il y a belle lurette que le respect de la 'trève olympique', cet idéal antique ravivé à chaque olympiade et approuvé par tous les Etats membres de l'Onu (Chine, Géorgie et Russie compris) n'est qu'une vaine prière". Michel Vagner reprend alors les propos, tenus à huis clos au Sénat par le dalaï-lama : "Jeux ou pas, les violences, les tortures, les exécutions et les arrestations se poursuivent" au Tibet. Ces paroles, à Paris on ne souhaitait pas les entendre... C'est ce qu'avance Pierre Fréhel, dans LE REPUBLICAIN LORRAIN. Selon lui, "elles viennent contredire l'interprétation donnée par Nicolas Sarkozy de sa présence à la cérémonie d'ouverture des JO, à savoir que la reprise des pourparlers entre Pékin et les responsables tibétains blanchissaient cette participation". Dans LIBERATION, François Sergent a des mots très durs à l'encontre du président du Sénat ; il écrit : "On ne s'attardera pas sur la goujaterie et la veulerie du troisième personnage de l'Etat qui ne sait plus comment s'aplatir devant les autocrates chinois. Cet ami des promoteurs préfère les bourreaux de Tien An Men à un Prix Nobel de la Paix". Pour l'éditorialiste de Libé, ce qu'il appelle la "diplomatie Potemkime" (...) "ne rend service ni aux entreprises françaises, ni aux athlètes français, ni aux représentants de la France en Chine. Comme le chante la 'présidente', on ne peut pas faire 'comme si de rien n'était' ". Même tonalité dans la REPUBLIQUE DES PYRENEES où Jean-Michel Helvig constate que "si l'Elysée souhaitait cantonner le séjour en France du dalaï-lama au registre strictement religieux pour ne pas froisser Pékin, c'est raté". Helvig reprend à son compte la crainte du leader tibétain de voir son peuple "menacé de 'dilution' sur ses terres ancestrales par la décision de Pékin, dès la flamme olympique éteinte, d'organiser une nouvelle vague de colonisation par l'ethnie chinoise des Hans". Dans OUEST FRANCE, Laurent Marchand se veut précis : la Chine pourrait envoyer au Tibet, après les jeux, "un million de Chinois" de plus... Façon de jouer avec "l'arme démographique" qui fonctionne si bien ; "les Tibétains sont d'ores et déjà minoritaires sur leurs terres (...) 5.800.000 contre 7.500.000 Chinois". En Une du BIEN PUBLIC de Dijon, ce titre : "Tibet... le dalaï-lama demande du soutien". La première page de LIBERATION affiche quant à elle sur toute sa largeur, un "Pas de podium pour le dalaï-lama". Sous le crayon de Plantu pourtant, à la Une du MONDE, le dignitaire tibétain nous dépasse tous d'une tête... souriant comme à son habitude, vêtu de pourpre et or, il s'élève dans les airs, les sandales à 15 cm du sol... Plantu écrit : "Il lévite". Pendant ce temps, un Nicolas Sarkozy en chaussettes, souliers à la main, semble se défiler à l'anglaise... et là, le dessinateur du MONDE joue sur les mots en indiquant : "il l'évite". A ses pieds, la petite souris sourit de ses deux yeux bridés. "La diplomatie des droits de l'Homme promise par Sarkozy s'avère à géométrie variable" : c'est ce que vous lirez dans LIBERATION, considération que reprend, dans le NOUVEL OBSERVATEUR, Hervé Algalarrondo, quand il tente de nous rafraîchir la mémoire par ces mots : "Le candidat Sarkozy avait mis en cause le comportement trop arrangeant de Jacques Chirac avec la Russie et la Chine. Et les droits de l'homme ? demandait-il. Le président Sarkozy apparaît moins sourcilleux, vis à vis de Moscou et de Pékin". Mon confrère de l'Obs conclut : "sur la question des droits de l'Homme, la 'rupture' n'est pas au rendez-vous". Dans un autre hebdomadaire, dans LE POINT, vous apprendrez peut-être que les autorités chinoises "n'ont qu'à se féliciter de l'attitude de Jean-Pierre Raffarin à leur égard". Elles ont invité l'ancien premier ministre et candidat à la présidence du Sénat à se rendre "début 2009" au Tibet avec une délégation parlementaire française. Commentaire de l'intéressé : "Il faut du temps pour établir une relation avec les Chinois, et la France est encore un pays aux volets clos"... ... Cette "raffarinade" ressemble à s'y méprendre à du Confucius ou à du Lao-Tseu... Les mauvaises langues diront sans doute qu'il ne s'agit là que d'une contrefaçon "made in china". Dans vos journaux, tout au moins en page Une, la crise russo-géorgienne est souvent reléguée ce matin au second rang, parfois même au-dessous de la pliure. "De guerre lasse", peut-on dire. Après l'initiative de paix de Nicolas Sarkozy, après son voyage express à Moscou puis à Tbilissi, les titres de vos quotidiens traduisent la plupart du temps le scepticisme et l'attente. "Cessez-le-feu déjà menacé"... "Fragile cessez-le-feu"... "Un cessez-le-feu et trop d'incertitudes" : voilà pour LA MONTAGNE, OUEST FRANCE et LIBERATION. LE PARISIEN AUJOURD'HUI EN FRANCE opte pour "Un plan de paix déjà contesté" ; "Incertain" pour FRANCE SOIR, "menacé" selon LA CROIX, pendant que L'ALSACE voit, dans cette crise, "l'Europe divisée". Dessin de Pancho en page 2 du MONDE : Vladimir Poutine, avec l'air joyeux qu'on lui connait (regard de glace, lèvres pincées) prend la parole derrière une tribune équipée de deux micros... Voici ce qu'il dit sans rire : "Notre seul but aura été d'établir des relations beaucoup plus amicales avec la Géorgie". Dans L'HUMANITE, Maurice Ulrich nous questionne et nous interpelle : "L'Ossétie du Sud, l'Abkhazie, et alors ? (...) Voilà des années, pour ne pas dire des décennies, que le statut de ces deux territoires est un sujet de tension. Quelqu'un a une baguette magique ?"... L'éditorialiste de L'ALSACE nous prévient : "C'est bien un bras-de-fer entre Moscou et Washington qui vient de commencer. Et ce bras-de-fer divise l'Europe. Patrick Fluckiger poursuit : "La politique d'équilibre menée mardi par Nicolas Sarkozy est la seule possible pour éviter l'escalade. Il faut avoir le courage de le dire aux derniers entrants dans l'Union Européenne. Ils ont souffert de la guerre froide dans le giron russe. Le giron américain ne les mets pas à l'abri de nouvelles épreuves douloureuses". L'analyse est complétée par Daniel Ruiz, du quotidien LA MONTAGNE : "Même 'désoviétisé', l'ex-camarade Poutine reste un expert de la propagande stratégique. Face à une Europe dont il sait que, partagée entre rancoeurs et besoin énergétique, elle ne trouvera pas de consensus, le 'patron' de la Russie n'a commis aucune erreur. Sa reconstruction d'un pré-carré anti-Otan est en marche. Les contorsions rhétoriques sont désormais le seul moyen pour les Européens de sauver la face". Sur ce sujet, je vous invite à lire aussi les contributions des philosophes André Glucksmann et Bernard-Henri Lévy dans LIBERATION (comme dans le même journal, le commentaire éclairant de notre ami Bernard Guetta pour qui "il est temps pour l'Europe de repenser sa politique russe"). A lire également le point de vue, de l'académicienne Hélène Carrère d'Encausse, dans les pages "Opinions" du FIGARO. Un mot encore en provenance cette fois des agences de presse... Elles nous annonçaient il y a quelques minutes que les soldats russes quittaient la ville stratégique de Gori, proche d'Ossétie du Sud... Gori que réinvestit en ce moment l'armée géorgienne. C'est une bonne nouvelle. Comme promis, retour aux jeux. Après la victoire française hier du lutteur Steeve Guénot, et celle du nageur Alain Bernard ce matin, la France totalise actuellement deux médailles d'or, 7 d'argent, 5 de bronze. Deux médailles d'or, c'est beaucoup moins que ce que l'homme-poisson américain, Michaël Phelps rapportera chez lui. A propos de natation, allez donc jeter un oeil dans le supplément du quotidien LE MONDE, "Pékin 2008" dont je vous disais le plus grand bien hier. Sous le titre "En natation, gonfler n'est pas jouer", l'un des envoyés spéciaux à Pékin du journal revient sur une antique pratique de la sélection ouest-allemande (c'était avant la chute du mur de Berlin)... Stéphane Mandard explique : "Avant une course, les entraîneurs ouest-allemands avaient pris pour étrange habitude d'envoyer de l'air à leurs nageurs par insufflation rectale : près de deux litres d'air avec un tuyau planté entre les fesses". La technique a dû être rapidement abandonnée. Elle présentait quelques inconvénients, notamment une flottabilité excessive... Le spécialiste de la brasse, Walter Kusch, par exemple : "ses pieds battaient hors de l'eau". ... Après ça que dit-on ?... VIVE LE SPORT !!!... VIVE LES JEUX. Au fait, les champions olympiques affichent-ils une prédisposition génétique pour la victoire ?... Je ne saurai le dire.... En revanche, (vous le lirez dans LE POINT) : les biologistes et économistes de l'université Erasmus de Rotterdam aux Pays Bas, ont travaillé pour tenter de découvrir si l'on pouvait lire les qualités d'entrepreneur contenues dans l'Adn des individus. Les résultats de ces chercheurs sont, paraît-il "spectaculaires". Bref, les entreprises pourront bientôt vous demander un échantillon d'Adn avec votre curriculum vitae. Nous vivons une époque formidable.

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