Patrick Cohen : A la Une ce matin, tenue correcte exigée... Bruno Duvic : On a beaucoup épilogué sur la veste Mao portée par François Fillon l'été dernier ou sur la coupe de cheveux de Jean-Louis Borloo. Eh bien, nos deux ministres ou ex-ministres ne pourraient pas travailler chez UBS. Ils ont une tenue beaucoup trop beatnik pour être tolérée dans une grande banque suisse. UBS, naguère soupçonnée de protéger des clients fraudeurs devant le fisc... UBS veut faire la clarté, mais sur la tenue vestimentaire de ses salariés au contact de la clientèle. Après le journal suisse, "Le temps", la presse française (Le Figaro, Le Monde, "rue89", L'Humanité) détaillent le dress-code que la banque vient de distribuer à ses employés. Il fait 44 pages. Et comme l'écrit "rue89" : "En France, il aurait provoqué un tollé !". Il faut dire qu'il va très loin dans la précision et l'intimité des salariés. Même la couleur des sous-vêtements est codifiée... Pour les femmes, ils doivent être de couleur chair sous les chemisiers blancs. Pour les hommes, ils doivent être fabriqués à partir de tissu de qualité supérieure et doivent rester en bon état après plusieurs lavages. La jupe, au milieu du genou, à la rigueur 5cm en-dessous, mais pas autrement. Les chaussures, pour les hommes comme pour les femmes, il est recommandé d'en changer une fois par jour. Avec des chaussures fraîches, on se sent mieux et on améliore ses performances au travail. Changer régulièrement de parfum également, car le nez finit par ne plus sentir leur puissance. Encore quelques conseils... Pour les femmes, les tatouages, piercings et chaînes de cheville sont jugés démodés et peu professionnels. Les lunettes trop tendances ou voyantes sont interdites. Pour les hommes, cravate obligatoire, l'épingle est facultative. C'est mieux de porter une montre, on est en Suisse bon sang de bon soir ! Enfin, l'homme UBS est tenu de protéger sa peau avec de la crème hydratante. Dans L'Humanité, cette histoire est racontée à la rubrique "C'est un scandale !". L'Huma dénonce la surveillance sociale des corps. Le Monde précise qu'en Suisse, un tel document est parfaitement légal. Sur le site "rue89", un avocat avance que ce document atteint un tel degré de précision que la tenue pourrait être assimilée à un outil de travail auquel cas, il faudrait payer les salariés. La banque dit leur avoir versé un forfait, mais elle perd soudain son goût pour la transparence et ne donne pas le montant du forfait. Patrick Cohen : Et dans une crèche ou dans une voiture, comment faut-il s'habiller ? Bruno Duvic : On en vient aux décisions de justice concernant le voile. Comme le titre Midi-Libre, le voile à la crèche est donc banni, mais le niqab au volant est permis. Voilà qui met Francis Brochet de fort mauvaise humeur dans Le Progrès de Lyon : "Comment voulez-vous qu'on s'y retrouve de bonne foi ! D'autant qu'en cette affaire, ajoute-t-il, les protagonistes semblent faire assaut de mauvaise foi !". Alors, y a-t-il contradiction ? Pas forcément pour Rémi Godeau dans L'Est-Républicain. Simplement, sans verser dans la fébrilité politique, la justice passe. Dans la voiture, le juge a estimé que la dangerosité n'était pas avérée. A la crèche, le règlement interdisant le port de signes religieux a été jugé licite. En somme, conclut Godeau, la laïcité juridique s'est imposée. Mais il ajoute : "Nous savons tous que cette sérénité républicaine est un leurre". Oui, car le débat n'est sans doute pas clos, dans un cas comme dans l'autre. Une reporter de France-Soir a enfilé un niqab avant de se mettre au volant. Et très vite, écrit-elle, une difficulté apparaît : "Je n'arrive pas à bouger correctement mes bras. Je m'agite sur mon siège, je tente de tirer le voile d'une main tandis que je tiens le volant de l'autre". "Dans l'histoire de la crèche, selon les Prud'hommes, écrit Le Figaro, on peut donc bannir les signes religieux dans un simple règlement intérieur. La jurisprudence pourrait faire date car de nombreuses entreprises ne savent pas comment gérer les employées voilées. Mais la plaignante peut faire appel et le dossier pourrait remonter jusqu'en cassation. Derrière ce morceau de tissu, c'est bien la solidité du tissu social qui est testé. Alors, sérénité ? Bof ! semble dire Yves Harté dans Sud-Ouest : "On peut s'interroger sur l'état d'une société qui doit en passer par les tribunaux pour affirmer ce que nous pensions acquis depuis plus d'un siècle". D'autres se souviennent que l'affaire du niqab au volant avait conduit le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, à quelques dérapages. Il voulait déchoir le concubin de la conductrice de sa nationalité alors que la loi ne le permettait pas. Ce matin, "la bavure d'Hortefeux" est à la Une de Libération, mais c'est pour une autre intervention : la défense de gardiens de la paix condamnés pour avoir falsifié des procès verbaux. Selon Laurent Joffrin, le ministre porte atteinte à l'ordre républicain alors qu'il est chargé de le défendre. Retour à la question de la laïcité... Le groupe socialiste à l'Assemblée nationale organise cet après-midi, une rencontre sur le thème de la laïcité. Pour essayer de sortir des anathèmes, dans La Croix, le socialiste Jean Glavany, propose la notion d'accommodements raisonnables ou déraisonnables. C'est raisonnable d'ouvrir un carré musulman dans un cimetière. Ce serait déraisonnable de céder sur la mixité dans les cours de gym, comme le demandent certains fondamentalistes. Accommodements, dialogue, bonne volonté... C'est avec ces mots que les habitants de la deuxième ville judéo-musulmane du monde parviennent à vivre ensemble. La première, c'est Jérusalem. Et la ville en question, c'est en fait un quartier de New-York, Brooklyn. Dans Le Monde, vous trouverez un reportage sur la coexistence entre juifs et musulmans à Brooklyn. Coexistence loin d'être parfaite ! Mais comme l'écrit Sylvain Cypel, l'état d'esprit général, c'est le volontarisme pour éviter tout dérapage. A Brooklyn, si vous passez chez le barbier pour être impeccable, avant d'aller travailler chez UBS, vous pouvez trouver un écriteau comme celui-ci : "Ici, on parle Hindi, Yiddish, et Penjabi". Patrick Cohen : Et pour finir, une bulle d'air... Bruno Duvic : Oui, pour respirer et rêver : bulles d'air, bulles d'eau et bulles de champagne... C'est Le Parisien qui raconte : "Cet après-midi à Reims, on goûtera un champagne Veuve Clicquot datant du milieu du 19ème siècle ! C'est une histoire digne de Rackham le Rouge. Tout commence en juillet dernier, dans les îles Aland, entre Suède et Finlande, un groupe de plongeurs explorent un galion au fond des eaux. A côté du bateau reposent des dizaines de bouteilles. Revenu à l'air libre, l'un des plongeurs en débouche une. Miracle ! Le liquide est bon et sucré. Evidemment, dès qu'il s'agit d'alcool, c'est à des experts français qu'on fait appelle pour en savoir plus. Alors un homme et une femme de chez "Veuve Clicquot" s'intéressent de très près aux bouteilles. Et il s'avère que sur les 168 flacons, 47 sont estampillés de la grande maison de champagne. On le sait grâce au miroir du bouchon, c'est-à-dire sa partie inférieure où est inscrite la carte d'identité du champagne. Au passage, dans cet article signé Charles de Saint-Sauveur, on apprend que la Baltique est parfaite pour conserver le vin : l'eau est froide, certes, mais à température constante comme au frigo. Le nectar est protégé de la lumière et les fonds sablonneux lui font un nid douillet. Alors, cet après-midi, on goûte... Pas besoin de code vestimentaire pour profiter des dessous chics de la Baltique !

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.