(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : géo-localisation

(Bruno Duvic) Il est 18 heures et vous allez faire vos courses avec une envie de yoghourt à la vanille... Pourquoi pas ? Vous prenez un chariot, vous n'avez pas de téléphone portable sur vous et pourtant vous êtes repéré, géo-localisé. Vous ne l'avez peut-être pas mais à votre chariot est intégré un ordinateur. Il sait tout de vous : dans quel rayon vous passez, ce que vous achetez et dans quel ordre, à quelle vitesse vous le faites. Il connait votre faiblesse pour les yoghourts à la vanille...

"Bientôt un GPS intégré à votre caddie de supermarché ?" L'article est à lir sur slate.fr . On en est au stade du prototype, mais les chariots informatisés, intelligents, personnalisés font l'objet de recherches actives. Personnalisation jusqu'aux scanners faciaux dans les supermarchés. Le géant de la distribution Kraft y travaille avec Intel. L'idée est de repérer quel est à peu près votre âge ou votre genre pour vous suggérer l'achat de tel produit.

Et dîtes moi, votre yoghourt, il est made in France au moins ?

Le "made in France", voilà le grand débat du matin dans la presse

C'est le nouvel enjeu électoral, titre Le Monde à la Une.

Tout le monde y va de sa proposition et de sa formule pour encourager la production et la consommation bien de chez nous :

  • label origine France (Nicolas Sarkozy),

  • produire en France (François Bayrou)

  • patriotisme industriel (François Hollande)

  • protectionnisme européen (Jean-Luc Mélenchon)

  • protectionnisme national (Marine Le Pen)

Et la plupart de déplorer la désindustrialisation de l'hexagone

Pourquoi cet intérêt : La Croix donne la réponse : 500.000 emplois industriels perdus ces dix dernières années. "Le made in France solution à la crise ?" Le mensuel Terra Eco ouvre le débat.

D'emblée, un économiste de l'université de Poitiers refroidit les ardeurs : "Produire des ordinateurs en France nous coûterait 10 fois plus cher que les acheter à des pays plus efficaces et spécialisés." Au bout du compte, c'est le consommateur qui passerait à la caisse.

Taxer les produits importés, alors ? Il n'y croit pas vraiment non plus car les entreprises qui produisent en France importent elles-mêmes une partie de leurs composants. Exemple : dans l'aviation, les sites d'assemblage de l'A380 sont bien en Europe mais la production s'ouvre aussi à des fabricants américains, japonais ou chinois.

D'ailleurs, l'administration et les entreprises publiques ne montrent pas l'exemple.

Même les uniformes de l'armée sont fabriqués en partie au Sri Lanka. C'est Le Parisien-Aujourd'hui en France qui le rappelle ce matin.

L'année dernière, un député UMP avait interpellé le ministre de la Défense de l'époque, Hervé Morin sur le sujet. Et voici ce qu'il avait répondu : "Les achats du ministère de la Défense se conforment au code des marchés publics qui interdit tout principe de préférence nationale." Dès lors qu'il respecte le cahier des charges, on ne peut pas écarter un fournisseur étranger, ce ne serait pas légal.

Autres exemples, cités par Le Parisien : la production de la carte Vitale va être délocalisée en Inde et la Poste achète les scooters de ses facteurs à un taïwanais.

Alors fin du débat ?

Non ! Retour au mensuel Terra Eco qui donne la parole à un autre économiste, professeur à Dauphine celui-ci. Son premier constat est pessimiste : "Aujourd'hui on compte un cas de relocalisation pour 20 cas de délocalisation".

Mais il ajoute : "Nous sommes en train de vivre une ère de post-mondialisation. Les facteurs qui ont porté la mondialisation s'effritent. Les coûts de transport augmentent, tout comme les coûts de main d'œuvre dans les pays à bas salaire. J'estime que dans 6 à 10 ans, le différentiel de salaire entre l'Europe et les zones côtières chinoises sera comblé. (...)

Si l'on veut inciter à produire en France, il faut financer, non pas les entreprises, mais les territoires. L'avantage d'une entreprise sur sa concurrence, c'est en bonne partie son territoire (...). Il faut mettre le paquet sur les besoins locaux : infrastructures, télécoms, logistique, centres techniques, formation, inciter les salariés à rester avec des logements, des crèches, favoriser les regroupements de PME. (...) Si on mobilisait dans ce sens toutes les aides versées aux entreprises, notamment à travers les exonérations de charges, peu efficaces, on disposerait d'énormes sommes."

Les autres Unes de la presse ?

L'industrie encore dans Les Echos : "Airbus et Boeing n'ont jamais vendu autant d'avions". L'avionneur européen prévoit de recruter 4.000 personnes l'an prochain, dont la moitié en France, précise également La Tribune ;

"Massacre à Liège" : le titre barre la première page du Soir de Bruxelles. Et sur le site du quotidien belge, l'information de la matinée : le corps d'une femme a été retrouvé au domicile du tueur

"Retraites : Fillon accuse Hollande de mensonge", c'est la manchette du Figaro . Le premier ministre accuse le candidat d'avoir changé de position sur la retraite à 60 ans sans le dire clairement.

"Qu'est ce qu'un bon prof ?" Question en couverture de Libération qui s'intéresse au dernier projet du gouvernement : que les enseignants soient évalués par les directeurs d'établissements.

"Le monde accueille la Palestine" : le message de bienvenue est dans L'Humanité . On a hissé hier le drapeau palestinien devant le siège de l'Unesco.

"Des pesticides interdits dans l'eau". Enquête de La Provence . Dans 60% des rivières du bassin Rhône-Méditerranée-Corse des traces de six pesticides prohibés depuis huit ans.

Et puis, "Les ordinateurs vivent à votre place", suite et fin

Vous avez terminé vos courses, vous rangez le chariot de supermarché informatisé et vous rentrez chez vous. Vous êtes célibataire vous allez sur un site de rencontres.

Ca c'est banal. Il y a mieux. Désormais, Internet drague à votre place et vous fournit clé en main le numéro de téléphone et le rendez-vous. Dans Libération , double page sur un site d'assistance à la drague pour une clientèle de cadres supérieurs à la fois pressés et en mal d'amour. C'est satisfait ou remboursé. Rencart garanti en 10 à 15 jours, jure le chaperon du site. Tarifs en fonction du nombre de rencontres : 120 à 560 Euros.

Le patron du site a beau jurer que ça marche à 100% on n'est pas obligé de le croire.

Imaginons l'échec : vous avez le moral à zéro. Vous saisissez votre téléphone Apple et vous cherchez des images pornos. Perdu : la firme à la pomme vous empêche de la croquer trop goulûment. Dans Le Monde , en marge d'une enquête de deux pages sur Apple et la presse, un encadré sur la censure mise en place par la firme vis à vis d'une pléiade d'éditeurs. Images érotiques, mais aussi propos jugés vulgaires ou blasphématoires, l'autoritarisme branché d'Apple fait des ravages.

Le mot de la fin, il est pour David Abiker dans L'Express . Titre de sa chronique cette semaine : "Le tentaculaire et protecteur coaching en ligne". Rencontre, amour, sexe, divorce, on prend tout en main à votre place sur Internet, moyennant paiement par carte bancaire. "De manière doucereuse, écrit David Abiker, la société des coachs online susurre aux hommes et aux femmes en souffrance qu'il se trouvera toujours une formule, un forfait un package qui leur conviendra. (...) leurre d'un bonheur téléchargeable et exigible dans les délais.

Tout cela n'est pas très gai... Un yoghourt à la vanille pour se consoler ?

A demain.

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