La chute d'Alep. Journalisme et désinformation

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

A la Une évidemment, Alep

Une page de Une blanche, pour Libération, toute blanche. Epitaphe : « ci-gît Alep »

Dans le quotidien, un dessin de Willem sur la leçon géostratégique à tirer de la chute de la ville: Bachar el Assad juché sur les épaules de Poutine pavane dans une ville dévastée, marchant sur des cadavres que des rats parcourent

« Noel à Alep » titre Siné Mensuel pour son numéro de décembre, Fernand y dessine un alépin décapité par des rockets lancées par le père Noel Poutine, l’homme sans tête murmure : « ce n’est pas le cadeau que j’attendais »

Le prix Varenne décerné hier, entre autre, à un journaliste de l’AFP, le syrien Karam AL MASRI, actuellement prisonnier des bombardements sur Alep, peut-être lui aussi en passe d’être évacué. Peut-être pas. Le 26 septembre dernier sur le blog de l’afp, le making of, KARAM AL MASRI avait raconté sa guerre « couvrir alep, la peur au ventre et le ventre vide », il y racontait les geôles du pouvoir et celle de Dach, la mort de ses parents et de ses proches, sa soif de continuer à vouloir informer…

Un article de Delphine Minoui dans le Figaro pour se souvenir que si aujourd’hui, ce sont bien « Poutine et Assad qui triomphent dans les rues d’Alep » comme le titre le quotidien, c’est surtout la vie et la mort d’un modèle révolutionnaire qui est parti en fumée. Le symbole qui s’effondre, c’est celui d’une révolte syrienne pacifique, écrit elle, aujourd’hui transformée en champ de bataille investi par une palette hétéroclite d’acteurs locaux et internationaux. Delphine Minoui rappelle que l’âge d’or de cette première insurrection contre le régime, n’était pas celle des islamistes, mais bien celle des combattants anti-assad, épris de libertés, qui instaurèrent un système de gestion dans la ville qui représentait une vraie alternative au pouvoir de Damas. Modèle insupportable évidemment pour le tyran de Damas, qui aidé des russes fera tout pour l’écraser. Avec cette terrible conséquence sans doute, relevée par Isabelle Lasserre toujours dans le Figaro, «cette lente agonie sur laquelle la communauté internationale a fermé les yeux, pourrait pousser les insurgés, écoeurés par cet abandon à se radicaliser et rejoindre les rangs des courants djihadistes » écrit elle. Argument supplémentaire pour défendre le maintien au pouvoir de Bachar el Assad…la boucle est bouclée.

Pour autant la chute d’Alep est diversement appréciée selon les media et leurs lecteurs….

Emoi et consternation pour beaucoup en France et dans le monde, beaucoup dénoncent au minimum l’impuissance des occidentaux face à la Russie, mais il y a une autre lecture de cette actualité. Et on finit presque par s’y habituer : plus aucun sujet, aucune INFORMATION, j’entends par information, fait, source, vérification et précautions s’il y a doute sur le fait relaté, plus aucune information donc n’échappe à la suspicion générale, et parfois à la déformation et désinformation

A l’appui, lisez sous le titre générique emprunté à l’Onu, « l’humanité semble s’être effondrée à Alep », le dossier écrit par la rédaction de Mediapart. Traitement large et approfondi de la situation dans la ville, article sur les « massacres commis par l’armée syrienne », donnant la parole à ceux qui peuvent témoigner au plus près de l’hécatombe vécue sur place, explicitant comme l’a fait le porte-parole de l’Onu, que certains chiffres, ceux des victimes par exemple de ces dernières heures sont sujets caution donc difficilement vérifiables. Ce n’est donc pas le traitement de Mediapart qui est en cause, mais l’ire qu’il suscite chez ses propres lecteurs. Allez jeter un coup d’oeil sur la page de commentaires de ce dossier. Edifiant. Les internautes fustigent le traitement 2 poids 2 mesures de la rédaction, « les exactions à Alep de l’armée loyaliste pèseraient plus lourd que les exactions américaines ou irakiennes à Mossoul » s’insurgent ils, ils soulignent les rires entendus à Alep au moment de la « libération » (je cite) de la ville par les troupes de Bachar, honteusement passées sous silence.

Oui, parce que ses rires existent aussi. Scènes de liesse filmées à Alep Ouest, dans le fief du pouvoir. Des scènes essaimées sur les réseaux sociaux, et publiées telles quelles par certains média : Russia Today, qui dénonce l’emballement de la machine médiatique occidentale, conteste le nombre de victimes du siège d’Alep, jette le discrédit sur les témoignages transmis via les réseaux sociaux. Russia Today, chaine d’info continue financée par l’Etat russe.

On change complètement de sujet…retour ce matin Hélène sur la pollution parisienne de ces derniers jours et ses origines.

Rien à voir ? Pas si sur, vous allez comprendre. Long article d’un des Décodeurs du monde, Samuel Laurent à retrouver sur le monde.fr : « comment meurent les faits, autopsie de la propagation d’une intox ». les faits, c’est l’histoire d’un tweet envoyé par consultant en stratégie énergie et transport, qui explique que l’épisode de forte pollution connue la semaine dernière est aux cnetrales à charbon de l’Allemagne ; Il poste sur twitter une carte qui est censé le prouver. La carte est vérifiée, par d’autres…mais elle est fausse, les journalistes le disent. Mais là c’est l’hallali, ce n’est pas que c’est faux, c’est qu’ils mentent ; les journalistes manipulent et désinforment. Les décodeurs, ceux qui font ce qu’on appelle du fact cheking repartent à l’assaut des bonnes sources, rédémontrent…malheureusement, certains journalistes continuent de relayer des mensonges . Bon fin de l’histoire et morale. Perte de temps, perte de sens, diabolisation du fact checking, complot partout et vérité nulle part écrit Samuel Laurent…à Alep comme à Paris, le journalisme est au défi.

On termine Hélène par la presse féminine

Presse féminine, cosmétique, pub et recettes publicitaires, gourdes ? Cherchez l’intruse ? il n’y en a pas ! Erwan Seznec du site les Jours s’est plongé dans la lecture des magazines dits féminins donc, pour se demander ce qui se cachait derrière leur obsession de la beauté et de la cosmétique. C’est peu ragoutant car en fait, pour être raccord avec les grandes marques de cosmétiques qui leur achètent des pages de pub à tour de bras, et les font vivre, les journalistes sont interdits de journalisme. Ils rivalisent donc d’imagination scientifique pour raconter n’importe quoi sur les produits vantés. Inepties en tout genre et rares sont les titres féminins qui osent sortir de cette pub qui ne dit pas son nom, citons, Causette. « Ce sont les services commerciaux qui ont pris le pas sur l’éditorial au point de nommer les rédactrices en chef », raconte une ex rédactrice en chef du magazine 20 ans. Stratégie absurde qui a éradiqué des titres sains et en maintenu d’autres au contenu de plus en plus indigent. Comment tout cela finira t il ? Probablement sur internet, où les lecteurs trouveront gratuitement les mêmes contenus que dans leur magazine payants. Et nous on découvre avec consternation que la désinformation peut vraiment être partout ! si on ne peut plus croire que les pépites végétales nous rendront nos 20 ans comme le vantent, les pubs, et les articles qui vont avec…où va-t-on…

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