Où est-elle, ce matin, cette jeune femme qui doit avoir 30 ans, un peu plus, un peu moins ? Elle s'en est sortie, probablement... Mais que sont devenus ses proches, ses enfants, peut-être ? En tout cas, elle est LE visage d'Haïti, ce matin. Du journal Haïti Liberté à Sud-Ouest, de Libération à USA Today, le monde entier peut voir sa photo, réalisée par le reporter de l'AFP Daniel Morel... visage recouvert de cendres et de boue, elle est dans les décombres de sa maison, et elle regarde droit dans l'objectif. Selon les cadrages, on voit ou pas un câble électrique pendre à droite, le dos d'un homme en sang à gauche, et un deuxième homme qui tend le bras pour la secourir. Quand l'urgence sera passée, il faudra retracer l'histoire de cette femme, et comprendre comment une photo peut ainsi s'imposer à la Une de tous les titres de presse et leur site Internet à travers la planète. Une photo, ou plutôt trois ou quatre... La BBC et La Dépêche du Midi ont choisi cette vieille femme, cheveux couleur de cendres. La robe déchirée découvre la poitrine. Le regard est désespéré, au sens premier : tout espoir a disparu. Emotion internationale... En République Dominicaine, le site du Listing Diario diffuse une vidéo dont on ne retient que des cris. En Irak, sur le site du quotidien Al Mada, au milieu de caractères arabes que l'on ne sait pas lire, encore une jeune femme, qui ressemble à la première, et que deux hommes aident à marcher. Emotion internationale... Le Cape Times, en Afrique du Sud, et le journal de la communauté latino de Miami, le Nuevo Herald, retiennent ce chiffre lancé peut-être hâtivement par le Premier ministre haïtien : on redoute qu'il y ait 100.000 morts. Chacun voit aussi la catastrophe de sa fenêtre... "Une infirmière de l'Ontario est morte dans le séisme", titre Le Devoir, au Québec. "Un employé australien de l'ONU est porté disparu", s'inquiète le quotidien The Australian. Emotion internationale... Et solidarité tout pareil... A Cuba, l'organe officiel du Parti Communiste, Granma, nous dit que le régime considère comme prioritaire l'aide à Haïti. Le site BBC.news rassemble, dans un article, les opérations d'aide déjà en cours. Et sur ce même site, Bill Clinton, envoyé spécial de l'ONU pour Haïti, appelle à l'aide. Cheveux gris, lunettes demi-lune, il est un peu voûté à la tribune de l'Assemblée générale des Nations Unies : "Envoyez même 1 ou 2 dollars". (Extrait de l'appel de Bill Clinton à la tribune de l'Assemblée Générale des Nations Unies, à New York) Traduction : "Ce dont nous avons besoin, c'est de la nourriture, de l'eau, des provisions pour l'aide de première urgence, et des abris. Nous devons retrouver les vivants. Nous devons prendre soin des morts. Il y a des milliers de choses à faire, mais nous y arriverons. Je vous demande votre aide, chacun, pour les deux semaines à venir et ensuite. Nous le devons à nos collègues des Nations Unies qui sont morts dans le séisme. Nous leur devons d'être à la hauteur". "Envoyez même 1 ou 2 dollars", dit même Bill Clinton... Dans la plupart des journaux ou sur les sites Internet, vous trouverez les coordonnées et liens d'associations et d'organisations. Vous le savez, Radio France et France Télévisions sont associées à la Fondation de France. (Nicolas Demorand : "Et Libération consacre un numéro spécial à ce séisme en Haïti")... Avec une page complète sur ce thème : concrètement, comment vont s'y prendre les sauveteurs qui, dans les jours à venir, vont fouiller les décombres ? Réponse en quatre points... 1) Il faut localiser... Les secouristes prennent en compte tous les témoignages. Depuis la Seconde Guerre mondiale et les bombardements de Londres, ils emploient également des chiens : labradors et bergers allemands à l'affût de la moindre trace. Avantage : ils peuvent se glisser dans des endroits inaccessibles pour les hommes. Inconvénient : plus le temps passe et plus leur odorat est parasité. Ensuite 2) Il faut écouter... Pour repérer un son provenant des entrailles d'un bâtiment, il faut imposer le silence autour de soi. Les sauveteurs ont aussi du matériel d'écoute électronique et des micros. Mais évidemment, plus l'environnement est compact, plus le son a du mal à se propager. 3ème point) Il faut voir... Les secouristes disposent de caméras miniatures. 4) Enfin, bien sûr, il faut atteindre les victimes... Pour cela, ceux qui ont embarqué vers Haïti ont pris avec eux des petits vérins de levage, des marteaux-piqueurs et des équipements pour découper le béton et la ferraille. Le système D fait parfois l'affaire : en Algérie, en 2003, à Boumerdes, un homme déblayait les gravats avec une passoire à semoule de couscoussier, à côté d'une énorme grue. (ND : "Et au-delà du séisme et des opérations de secours, les journaux racontent l'histoire du peuple haïtien")... "Le martyre d'un peuple", comme le titre Jacques Guyon dans son édito de La Charente Libre. "Il existe des pays décidément touchés plus que d'autres. Déchaînement tropical, dictatures, misère rampante, et maintenant tremblement de terre : voilà les Haïtiens à nouveau frappés par la tragédie. Mais au déterminisme géographique, viennent s'ajouter d'autres facteurs : urbanisation anarchique, une gouvernance qui sort tout juste d'un chaos total, violence endémique. On ne peut pas parler de fatalité quand le même cyclone, qui avait frappé en 1994 avec une égale puissance Cuba et Haïti, avait fait un seul mort d'un côté et plus d'un millier de l'autre. Aujourd'hui, Haïti paie à nouveau au prix fort ses fragilités politiques, son tissu social mité et son système de santé à peine convalescent". Mais "ce pays, ancienne colonie française, c'est aussi notre mauvaise conscience", comme l'écrit Patrick Fluckiger dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace. Rappel de l'Histoire dans Libération... "De la perle des Antilles au pays maudit". "La première catastrophe qui surgit en Haïti, écrit Christian Lionet, elle est humaine : c'est quand Christophe Colomb a posé le pied dans la baie. La civilisation indienne d'origine n'y survivra pas. La deuxième, c'est à la fin du XVIIème, quand la France en fait une colonie : esclavage. Ce n'est pas un hasard si c'est ici que s'est produit la première guerre d'émancipation coloniale. 1804 : indépendance. Mais les puissances coloniales et les Etats-Unis ont mené des politiques de blocus. Ajoutez à cela la gouvernance exécrable par les élites du pays". Libération rappelle la mémoire des sinistres "tontons macoute" des Duvalier père et fils et du prêtre défroqué Aristide. Le séisme d'hier est d'autant plus déplorable que, comme le rappelle La Croix, il fragilise une relative stabilisation d'Haïti ces dernières années. Patrick Le Hyaric enfonce le clou dans L'Humanité... "Nous avons envers le peuple haïtien une dette qui remonte à Richelieu, lui qui fit dominer l'île par la France en y pillant ses ressources et en y organisant l'esclavage. Cela ne fait que renforcer encore l'importance de la mobilisation internationale". (ND : "Rapidement, les autres titres de la presse, Bruno")... L'épidémie de grippe A est enrayée, à en croire Le Parisien-Aujourd'hui. Selon le dernier bulletin de surveillance de la grippe, le nombre de cas est en dessous du seuil épidémique depuis deux semaines. Le patron de Renault convoqué à l'Elysée : c'est à lire dans Le Figaro. Nicolas Sarkozy veut dissuader Carlos Ghosn de délocaliser en Turquie la production de la future Clio. "Des grands patrons au secours de Parisot" : c'est la manchette de La Tribune. Le MEDEF est en crise : sa présidente est sur la sellette. Parmi ceux qui la défendent ce matin : François-Henri Pinault et Martin Bouygues. Enfin, une "coupe glacée pour le PSG"... jeu de mots en première page de L'Equipe, alors que les Parisiens ont été éliminés par Guingamp en Coupe de la Ligue, dans une Bretagne où il fait encore froid. Mais c'est vrai que le froid nous semble bien peu de choses, ce matin. Et Didier Pobel remet tout en perspective dans Le Dauphiné Libéré. "Il y a un jour ou deux, les mots 'naufragés', "sinistrés', 'situation critique' faisaient partie de notre quotidien. De quel drame s'agissait-il ? De quelques dizaines de centimètres de neige. On ne mesure pas toujours l'indécence du vocabulaire courant. C'est loin, Haïti ? Non, c'est à un clic de souris sur Twitter, à un battement de coeur de nos poitrines, à portée directe du plus noble des sursauts collectifs. Oubliées nos petites congères : nous voici hébétés devant nos écrans de télévision"... Bonne journée...

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