Patrick Cohen : Comme tous les vendredis, ce matin, c'est la Revue de Presse à deux voix, avec Guyonne de Montjou, la presse internationale et avec Yves Decaens, la presse nationale. Bonjour à tous les deux. Pour commencer, Guyonne, une élection qui intéresse au-delà de l’Hexagone, celle qui doit désigner ce week-end le successeur de Jean-Marie le Pen… Guyonne de Montjou : Eh Oui, « Adieu le Pen, bonjour le Pen », c’est le titre du quotidien tchèque « Lidové lovini » qui consacre un article amusé à la succession dynastique au Front National. Dans la presse économique autrichienne, le vote des adhérents au FN occupe aussi une pleine page du « Wirtschafts Blatt ». Un intérêt assez surprenant de la part de ces journaux européens qui s'explique surtout par le côté assez photogénique d'une fille qui succède à son père. Quand on la décrit comme le clone de son père, elle précise : « Je suis presque comme mon père, sauf que j'ai plus de cheveux que lui ». Marine Le Pen a choisi d’accorder une longue interview, cette semaine, au correspondant à Paris du « Haaretz », quotidien de gauche israélien. Le journaliste, Adar Primor, s'interroge sur l'idéologie de fond de Marine Le Pen. Comment a-t-elle réagi lorsque son père, en 2005, a déclaré que l’occupation nazie n’avait pas été particulièrement inhumaine ? Marine a hésité à claquer la porte. Quand il la questionne sur sa déclaration toute récente, quand elle a comparé les prières des musulmans dans les rues à une occupation. Là, Marine Le Pen persiste et signe. Pour elle, d'après le « Haaretz », on est aujourd'hui comme en 40, "avec le contrôle de notre monnaie par les Allemands ». Et beaucoup de nos régions françaises sont occupées, soit parce qu'elles sont régies par les lois religieuses, soit parce qu'elles sont soumises aux règles mafieuses. Dans ses réponses sur Vichy ou l’actuelle politique israélienne, Marine Le Pen semble déchirée, d'après le journaliste, entre le désir de donner une image décente et crédible a son parti et ne pas se mettre à dos la vieille garde antisémite du Front National incarnée par son père. Yves Decaens : On saura tout demain, et peut-être même ce soir. En tout cas, pour Marine Le Pen, il n’y a pas de doute, il suffit de consulter son agenda médiatique des jours prochains (ce qu'a fait olivier beaumont dans Le Parisien) : TF1 13H, France-2 20H, les radios, une conférence de presse. Curieusement, son concurrent, Bruno Gollnisch, n'a rien programmé du tout ! Quoi qu'il en soit, la fille prend la suite de son père. Et alors ? On a cru, un moment, qu'elle pourrait élargir l'audience du FN, mais finalement, pas si sûr ! Marine Le Pen, écrit Jean-Francis Pécresse dans Les Echos, « c'est le faux printemps du Front National ». Elle pourrait effectivement élargir son attraction aux femmes et aux jeunes. Sauf qu'elle devrait alors renoncer à cette radicalité qui, par ailleurs, lui permet de préserver l'unité du parti jusque dans ses composantes les plus dures. Contradiction majeure à laquelle il faut ajouter, avec François Ernenwein dans La Croix, une doctrine flottante, ce fourre-tout idéologique qui la pousse à plaider à la fois pour un libéralisme des plus échevelés et des mesures relevant de l'économie administrée. Comment s'y retrouver ? De toute façon, intervient Laurent Joffrin dans Libération, ce sont les faits qui ont favorisé Le Pen, bien plus que les mots. Autrement dit, on peut bien en parler ou pas et dire ce qu'on veut : c'est en réformant le réel qu'on fera reculer le FN. La leçon valait pour le père, conclut Joffrin, elle vaut pour la fille. D'autant que le père ne sera jamais très loin. On lira dans Le Figaro, sous la plume de Guillaume Perrault : « C'est intéressant que Le Pen reste président d'un micro parti, inconnu du public, qu'il a fondé en marge du FN il y a plus de vingt ans, le Cotelec, un micro parti qui collecte tous les prêts et les dons accordés au Front (plus de 2 millions et demis d'euros en 2008). Autrement dit, Le Pen sera le créancier de son successeur, quel qu'il soit. Et de créancier à tuteur, il n’y a pas loin. Guyonne de Montjou : Politique encore, mais politique fiction cette fois, et qui nous emmène aux Etats-Unis. « Newsweek » dresse le portrait d’un homme qui pourrait bien devenir le prochain candidat républicain à la Maison-Blanche. Jon Huntsman, c’est son nom, est un peu le Strauss-Kahn de Barack Obama. Il y a deux ans, il a été nommé ambassadeur à Pékin pour ne pas trop occuper la scène politique intérieure. Son portrait est à lire dans le « Courrier International » de cette semaine. Jon Huntsman, 50 ans, sourire ultra brite, mèche domptée sous la gomina. Jon Huntsman vient de laisser entendre qu'il participerait bien aux primaires républicaines à la fin de l'année. Ancien gouverneur de l’Utah, mormon et fils de milliardaire, ce qui compte pour faire campagne aux Etats-Unis, il est surtout fin diplomate. Cette qualité pourrait s’avérer précieuse quand il s’agira, l’année prochaine, de faire le grand écart entre les Tea Party et les modérés du parti républicain. Yves Decaens : And the winner is… Ségolène Royal ! Si, si, dans La Tribune, c'est Hélène Fontanaud qui se transporte à l'automne 2011, en pleines primaires du PS. La présidente de Poitou Charente a gagné le premier tour devant DSK et François Hollande à égalité. Et remporte aussi le second tour : un cauchemar pour la rue de Solférino. « T'aurais du y aller Martine, lance Fabius. Fallait le dire à Dominique, répond Martine ». Bon, c'est de la politique fiction, rappelons-le. Pour l'instant, le PS est en phase préparatoire et c'est bien Martine Aubry qui tient le premier rôle. « Elle est le chef de gare du train socialiste », écrit Libération qui file la métaphore ferroviaire en la mettant aussi dans la salle des machines du train (pas sûr que ça existe d'ailleurs), mais a-t-elle opté pour la bonne vitesse ? demande Libé. En tout cas, elle a réussi à y faire monter tous ses camarades. Ce qui la rend optimiste ces jours-ci, peut-être un peu trop d'ailleurs pour L’Humanité, alors que les primaires apparaissent plus comme un problème qu'une solution pour les Français, et que Nicolas Sarkozy est loin d'avoir perdu la partie, cet optimisme peut surprendre, remarque L’Huma. Mais non, ça roule… « Pour Aubry, ça roule » titre aussi France-Soir qui a vu, à l'occasion de ses vœux à la presse, hier, une première secrétaire en forme olympique et... souriante, oui c'est écrit : souriante ! Pour le reste, conclut Dominique de Montvalon, rien n'a changé. Après les vœux, elle n'a répondu à aucune question ! Patrick Cohen : Dans les journaux également ce matin, la situation en Tunisie… Yves Decaens : Ben Ali doit partir... un mot d'ordre, un seul, qui résume tous les autres... Les envoyés spéciaux du Monde, de Libération, du Figaro, de L’Humanité, sont unanimes : « pour les émeutiers de Tunis, Kasserine ou Hamamet, il y en a marre de galérer pour travailler et pour manger quand la famille Ben Ali s'enrichit... qu'il s'en aille ». Dans Le Monde, le journaliste tunisien, Taoufik Ben Brick qui fut emprisonné par le régime, le dit tout net : « Ce soulèvement de la jeunesse, c'est une révolte politique. Ce n'est pas une révolte de poussières d'individus mais de villes, de villages et de cités entières. Une révolte politique radicale, de celles qui ne sont pas négociables ». C'est son point de vue. Dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, on n'en n'est pas si sûr ! L'envoyé spécial du journal, Pascal Lemal, a vu dans Tunis, hier soir, la foule en liesse qui acclamait son président. Incroyable contraste ! Cinq heures plus tôt, sur cette même place de Tunis, les jeunes contestataires bataillaient contre les forces spéciales, mais dans l'intervalle, Ben Ali a parlé à la télé que les prix allaient baisser, que la liberté d'expression serait assurée et qu'il ne se représenterait pas en 2014. Avant 20h, explique une manifestante, on ne voulait pas de Ben Ali, après 20h, on veut bien de lui. Un peu à l'écart, il y a bien quelques passants qui expriment des doutes, mais la plupart assurent qu'ils sont venus manifester leur espoir spontanément. Bizarre, vous avez dit bizarre. Guyonne de Montjou : Alors, est-ce la fin du mouvement ? En tout cas, dans la presse anglo-saxonne cette semaine, le sujet ne faisait pas les gros titres. Ce matin, « l’Herald Tribune » a décidé d’y consacrer sa Une, avec une photo représentant l’intérieur d’une villa, des vitres cassées, des meubles renversés. Une villa saccagée dont on devine qu’elle était cossue, située en bord de mer, à Hammamet. Les manifestants ne l’ont pas choisie par hasard, la maison appartient à un Trabelsi, un membre de la famille de la première dame. Trabelsi, un nom qui semble mettre le feu aux blogs désormais autorisés des jeunes tunisiens. Leila Ben Ali, deuxième femme du président, née Trabulsi, serait un des rouages de la machine de corruption que la jeunesse a dénoncée dans la rue. A lire l’article de Xavier Harel dans La Tribune, on comprend que ce clan allié à Ben Ali fonctionnerait comme une quasi mafia. Il aurait les mains partout, dans la banque, le transport, l’immobilier, l’éducation et la distribution automobile. Yves Decaens : Dans ce contexte, on peut citer Claude Onesta pour conclure. Oui, le coach des Bleus qui montent en ligne aujourd'hui, comme dit L’Equipe en Une. Premier match des championnats du monde de hand contre, justement, la Tunisie. Ce qui m'agace, explique Claude Onesta à L’Humanité, et il ne parle pas de hand, c'est qu'il y a de plus en plus de richesses et qu'elles sont de moins en moins bien réparties. Ca me rend utopiste, dit-il, mais seules les utopies peuvent changer le monde.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.