Les hauts fonctionnaires de Bercy regrettent le temps heureux du macronisme qui sabrait les dépenses et désavouait Borloo, le Figaro. Des vieillards volent à l'étalage au Japon pour être à l'abri en prison, le Monde. Un confrère est parti, Jean-Manuel Escarnot, qui nous rendait aimables, Libération.

On parle de colère ce matin...  

La colère qui doit se transformer en solutions, selon le mot du Président de la République dans sa lettre aux Français, mot que l'on retrouve aux Unes du Figaro et de la Dépêche, mais peut-il encore maîtriser cette alchimie, Emmanuel Macron que la rage menace...   "Il m'a trompé, il m'a méprisé, ses discours ne me séduiront plus, c'est assez d'une fois (...) ses présents me sont odieux et je le hais à l'égal de la mort"...   Ainsi parle non pas les gilets jaunes, mais Achille, le grand guerrier grec, qui dans l'Iliade est en colère contre Agamemnon et  refuse ses cadeaux. Mais quelle actualité dans ces mots souligne Philosophie magazine, qui compare le refus d'Achille au refus des gilets jaunes d'arrêter le combat en décembre après les 100 euros accordés aux smicards. On ne calme pas la colère par des primes... 

Et ce matin, avant l'exégèse des mots d'Emmanuel Macron, on doit s'attarder avec ce journal un peu plus difficile à lire, Philosophie magazine, qui explore la colère,  passion enfouie devenue maîtresse de l'heure. La colère est une vengeance publique quand on a été méprisé, Aristote, la colère nous prend quand notre désir est empêché, Hobbes... La colère est la logique de notre temps, puisque que la vie économique et sociale oppose désormais des gagnants et des perdants, et les perdants n'ont d'autre solution que de refuser la démocratie, le terrorisme et l'émeute sont leurs aboutissement. Prophétie, en 2006 du philosophe allemand Peter Sloterdijk, dont Philosophe magazine republie des extraits de son "Colère et temps"...  En face, que pèsent un grand débat national et cette lettre d'un Président que des journaux publient in extenso sur leurs sites, et parfois dans leurs pages, tels la Provence, le parisien ou la croix? "Les gilets jaunes ne sont pas dupes des ruses de Macron" scande l'Humanité qui appelle aussi un philosophe, feu jacques Derrida! "L'inédit surgit dans la multiplicité des répétitions", comprenez qu'au grand débat l'Humanité préfère l'acte X à venir des gilets jaunes.   

Mais le reste de la presse veut croire."A vous la parole" titre la Montagne ! Il faut, plaide le  Figaro dans un éditorial très doux, retrouver le sens de la "conversation civique" qui fonde la démocratie. On cite le Président à son avantage, "pour moi il n'y a pas que questions interdites", une du Parisien, et parfois même on modifie ses mots pour les rendre moins impérieux. "Transformons les colères en solution" aurait écrit le Président selon le Figaro, "j'ai l'espoir de transformer les colères en solution" aurait-il dit selon la Dépêche, en réalité, il a écrit ceci!  "C'est ainsi que  j'entends transformer avec vous les colères en solution", c'est plus le mot d'un chef, j'entends, pourquoi le masquer?  

Il faut lire dans l'Opinion une vigie du libéralisme, Eric le Boucher, dissiper les illusions d'un "exercice impossible", puisque les français demandent au Président exactement le contraire de sa politique, la preuve par les cahiers de doléance inspirés d'une pensée "égalitariste et cégétiste", selon laquelle la France irait mal à cause de "trop de libéralisme". Dans le Figaro, un papier épatant dit les illusions perdues des hauts fonctionnaires de Bercy, qui se sentent trahis depuis que les cordons de la bourse sont dénoué; ils se souviennent des temps heureux où le jeune pouvoir ne voulait que diminuer les dépenses publiques,  et se rappellent comment le plan Borloo pour les banlieues avait été écarté... Est-ce fini où est-ce une ruse qui s'oppose à la colère?    

On parle de prisonniers ce matin...  

Carlos Battisti et Carlos Ghosn qui voient leurs destins les rattraper... Battisti, ancien révolutionnaire italien condamné par contumace pour des meurtres politiques, a été arrêté dans la nuit de samedi à dimanche "sentant l'alcool" précise cruellement l'AFP que citent le Monde comme Libération, un avion le ramène de Bolivie en Italie où l'attend une prison et où la classe politique se réjouit, la gauche démocratique aussi et pas seulement la droite au pouvoir, mais Matteo Salvini accueillera Battisti à l'aéroport, comme une victoire politique.   

Carlos Ghosn, lui; est en prison au Japon, les Echos alourdissent son dossier; le PDG de Renault se serait fait payer 7 millions d'euros par une société censée encourager les synergies entre Nissan et Mitsubishi... Et en 2008, il aurait utilisé des capitaux de Nissan pour éponger ou garantir des dettes personnelles... Activiste des années de plomb ou patron mondialisé, nul n'est plus fort que son passé.   

Loin des monstres, Le Monde nous raconte d'autres prisonniers, au Japon encore où pour échapper à la misère et à la solitude, des vieillards commettent de menus larcins pour se faire arrêter, car en  prison on a chaud, on est nourri et soigné et il vaut mieux cela qu'une vie à avoir peur au-dehors,  quand chaque années des milliers de japonais meurent dans une solitude absolue... Est-on en colère, ou juste fatigué.  

Et du journalisme pour finir.  

Qui nous fait faire de drôle de choses parfois, telle notre consœur de la Voix du Nord partie grignoter des tarentules grillées dans un bar de Cambrai.  

Qui raconte sans fard une réalité de campagne, tel l'Est Républicain, qui raconte ces scènes de chasse en Lorraine, où l'on traque et extermine le sanglier, au nom de la sécurité routière, jusque sur l'autoroute A31.  

Le journalisme que brutalisent et méprisent quelques-uns de ces gilets jaunes qui se sont à nouveau déchaînés ce samedi contre des confrères, le journalisme qui fait son métier en dépit des avanies et Libération raconte Gabin Formont, un jeune gilet jaune qui a lancé sur Facebook "Vécu", une chaîne d'information nourrie de bénévoles pour raconter les violences policières mais qui a aussi démenti la rumeur de la mort d'une manifestante tuée par un flashball :  ainsi entre le métier chez un jeune homme qui croit ne pas nous aimer.   

Dans Libération encore, on parle d'un homme qui est mort vendredi, qui s'appelait Jean-Manuel Escarnot mais aussi «Manu», «Escarnette» ou «Sean-Mickaël» - et qui était à Toulouse le correspondant de Libération, une encyclopédie sur les réseaux djihadistes de sa région, mais aussi un révolté qui n'avait jamais eu de compte en banque, qui avait connu la fête et la dope et l'enquête et la patience, et qui avait écrit un livre avec un ancien punk devenu braqueur. Il pensait qu'il valait mieux "vivre cinquante ans à se marrer que quatre-vingt-dix à se faire chier". "Promesse flambloyeusement tenue" écrit Libération qu'il faut lire ce matin pour ce portrait d'un confrère, et savoir que nous sommes aimables parfois.

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