Le Point s'inquiète des "nouveaux fanatiques" de la pensée décoloniale, mais célèbre la nouvelle génération noire de Hollywood. Le Figaro s'alarme des idéologies "Black lives matter" et "MeeToo" qui imposeraient leur férule à l'art. Society se souvient d'un vice-président des Etats-Unis qui était un indien.

On parle idéologie ce matin!  

Et on en dispute et on s'inquiète et on brandit des mots, à chacun les siens.   Voici à gauche Libération qui soupèse le mot "fascisme", faudrait-il l'appliquer au trumpisme, il faudrait en tous cas abandonner le mot populisme car il légitime par le peuple le coup manqué du Capitole...   

Voilà à droite, le Point qui en couverture fustige "les nouveaux fanatiques" qui mineraient l'université par leur obsession de la race et de l'identité, ce sont les penseurs décoloniaux, une école qui lie notre présent au passé colonial, contre cette école des universitaires pétitionnent, parmi eux un homme qui a compté, Jean-Marie Brohm, sociologue du corps et du sport qu'il lisait sous une grille trotskiste, parfois des parcours donnent le vertige!   

Le Point, combat mais non sans élégance et interroge ainsi  une figure de l'école décoloniale qu'il fustige, la sociologue Nacira Guénif Souilamas...  Et dans ses pages culture, le même Point raconte sans s'en offusquer comment à Hollywood se révèle une génération ultra douée d'acteurs et de réalisateurs noirs, qui vengent des années d'effacement et dépassent Spike Lee et imposent un style, une réalité nouvelle et dans un feuilleton Netflix, la reine d'Angleterre et des aristocrates sont joués par ses acteurs noirs, so what?  

Dans le Point toujours, quel journal, j'apprends que notre Omar Sy dérange des syndicats de policiers. Le gouvernement voudrait qu'il participe aux débats du Beauvau de la sécurité en tant que personnalité de la société civile, mais il a soutenu la famille d'Adama Traoré, nos policiers ne veulent pas lui parler... Au moins ne lui reproche t on pas d'être sur Netflix un Arsène lupin  de couleur lumineuse. 

Le Figaro lui aussi s'alarme ce matin, c'est une habitude, il y a quelques jours le journal dénonçait les indigénistes racialistes à l'œuvre à Sciences po, usual suspects, mais qui ce matin de manière plus féconde, le journal s'inquiète  de l'art, qui serait menacé par un ordre moral qui piétinerait la vérité des œuvres, ordre moral inspiré par le féminisme et par l'antiracisme radical, et le Figaro exhibe sa preuve. Chaque année le grand magazine anglais d'art contemporain, Art review, nomme les 100 acteurs les plus influents du monde artistique... La Power 100 publiée en décembre dernier plaçait en numéro Un le mouvement Black Lives Matter et à la quatrième place le mouvement MeeToo, et sous cette double influence, les musées les expositions se sentiraient obligés de valoriser les artistes femmes et les artistes racisés, et cela au mépris de l'histoire de l'art... La Tate modern de Londres a instauré un accrochage paritaire il y a cinq ans, cela faisait sourire alors dit le Figaro qui ne sourit plus; le Figaro constate aussi que l'influence des mécènes, des milliardaires, décline dans l'art contemporain face à celle des activistes ou de l'opinion. 

Cela dit l'art n'a jamais échappé à à son temps. Allez vite en kiosque acheter l'édition de janvier de l'Œil, superbe magazine qui embrasse 40000 ans de production artistique, et revisite nos beauté au prisme de l'histoire, des découvertes et des idées qui ont percuté l'art: ce mensonge qui nous fait comprendre la vérité disait Picasso. On me confirme dans l'Œil que notre vision de l'art a changé,  mais on ne redécouvre pas seulement des femmes ou des artistes noirs, on met aussi en lumière des foyers de culture jusqu'ici négligés par les histoires officielles, les peintres danois, les symbolistes slaves...    

On parle aussi de sangliers.... 

Et c'est encore de l'art, sur le site du Monde, ils figurent ces sangliers sur la plus vieille fresque figurative connue, une peinture rupestre vieille de 45500 ans en Indonésie, les chercheurs se demandent si ces bêtes étaient chassées ou domestiquée..  Comment se disputait-on chez ces ancêtres qui comme nous modifiaient la nature...   

Le New York Times ce matin accompagne au Kenya, splendide photo de une, les deux derniers Rhinocéros blancs de la planète, deux femelles Najin et sa fille Fatu, l'article est un beau requiem et se termine sur un éclat de rire quand Najin et Fatu ensemble, endormies, lâchent çà l'unisson deux pets, bruyants, un défi de leurs corps encore vivants jusqu'à l'ultime moment.    

Il faudrait parler des sangliers et des rhinos avec un philosophe qui refuse de nous considérer différents des espèces animales et mêmes des entités invisibles à l'œil nu, du point de vue de la vie, nous ne valons pas plus qu'une bactérie... Ainsi nous évalue Bruno Latour, il est à la Une de l'Obs, portrait admiratif et presque insolent d'un homme qui prouve que la philo française parle encore au vaste monde, et interview dense qui annonce la sortie d'un livre, l'Obs est une bonne lecture avant d'entendre Latour demain dans cette matinale.  Il a ressenti tout jeune qu'il devrait penser la complexité du réel et l'interaction de tout ce qui vit... Il récuse le mot de "terrien", il dit que nous, les animaux, les virus et les bactérie sommes des "terrestres", les habitants d'une petite croute d'humus et de fécondation, la biosphère  où il faut préserver la vie. Latour résiste à la tentation de se proclamer LE PHILOSOPHE de l'écologie, il ne se voit pas en pape, d'ailleurs il est catholique croyant et aime François qui aime la terre Gaïa...    

Et on parle d'un  remords catholique...

Et d'un journal qui est brave à force d'affronter le passé de l'Eglise, la Croix qui met à la une ce matin un crime catholique, la mort de milliers d'enfants en Irlande dans ces maisons où des mères célibataires étaient internées sous la férule de religieuses et d'un état irlandais qui vient de s'excuser... La Croix est un rachat. 

Dans Society s'éclaire une mémoire de l'Amérique... Kamala Harris, dont le Monde fait le portrait d'une chouette famille recomposée juive Jamaïco-indienne où le enfants ont des prénoms de grand jazzmen, Harris donc n'est pas la première personne non-blanche à devenir vice présidente. Avant il y eut cet homme, Charles Curtis, figure de notable moustachu bienveillant, vice-président de Herbert Hoover élu en 1928, et dont la mère était indienne. On l'appelait The Indian à la Chambre puis au Sénat et son origine n'empêcha pas sa belle carrière, mais lui barra le pouvoir suprême, pouvait on faire confiance à un homme de sang sauvage... Curtis incarna une tentative, un indien qui après les défaites et l'extermination et les conversions forcées joua le jeu des Etats-Unis vainqueurs... Ensuite, quand sont revenus l'histoire et la blessure des vaincus, le militantisme, Curtis fut annulé de la mémoire des siens.

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