Il porte les moustaches parmi les plus célèbres de France... On l'a vu plusieurs fois le poing levé, ou les poings liés... Grand faucheur d'OGM devant l'Eternel, enthousiaste démonteur de McDo... L'homme vient des Causses... Et comme il estime qu'il est le mieux placé pour mener la campagne présidentielle au nom de la gauche de la gauche... Alors... En désespoir de cause, peut-être... Il y va... Oui, José Bové a bel et bien décidé de se présenter à la Présidentielle... Et il le dit... Et il l'explique, aujourd'hui, dans les colonnes de "Libération". "Aller à l'Elysée : je suis prêt à l'assumer", affirme Bové... "Un Bové royalisé", estime Jean-Michel Thénard... Pour contourner les chapelles enfermées dans leur logique sectaire, il fait don de sa popularité... Et comme elle est en hausse dans les baromètres, il cherche à s'appuyer sur l'opinion pour convaincre d'une candidature unique de l'extrême-gauche... A la façon d'une Ségolène Royal, qui a fait des sondés son arme, pour ravir l'investiture socialiste. L'intéressé, lui, ne voit pas les choses tout à fait de la même façon, puisqu'à la question : "La dynamique autour de Ségolène Royal renforce-t-elle votre détermination ?"... Bové répond : "Avec Ségolène Royal, c'est une droite du PS qui est représentée... On est clairement dans l'accompagnement du modèle économique libéral". C'est évidemment l'occasion, pour "Libé", de tirer un portrait de José Bové... L'homme, plus global que local, qui chausse volontiers ses Mephisto pour aller arpenter le vaste monde, et plaider la cause altermondialiste, de Seattle à Davos... L'homme dont le parcours montre qu'il est plus complexe que sa légende ne le laisse croire... Notamment parce qu'il n'a pas de racines spécialement terriennes... Non : ses parents sont des scientifiques, plutôt de droite... Des chercheurs qui ont longtemps officié en Californie... De quoi tempérer son anti-américanisme primaire supposé. José Bové, candidat pas officiel, mais lui aussi, quelque part, candidat du désir, si les sondages veulent bien lui décerner ce label, esquisse son programme, et pronostique un scénario flatteur... C'est de bonne guerre... Quand on lui demande quel score il espère en 2007... Il répond que la dynamique unitaire qu'il va créer devrait placer sa candidature dans le carré de tête au premier tour. Nul doute que José Bové n'est un fan ni du CPE ni du CNE... Eh bien, une étude, commandée par le ministère de l'Emploi, pourrait lui apporter des arguments... A lui et à tous les détracteurs de cette mesure du gouvernement Villepin... C'est le journal "Les Echos" qui s'est procuré les résultats de cette étude... D'où il ressort que le CNE a créé moins de postes que n'en avait prévu le gouvernement... Seuls 10% des "contrats nouvelle embauche" correspondent à de véritables créations d'emplois... Et pour cause : près de 1 sur 3 a été rompu dans les 6 mois. Comme le disent "Les Echos", cette première enquête officielle sur les effets du CNE risque de raviver la polémique... D'autant plus que près des trois-quarts des embauches effectuées en CNE auraient eu lieu dans les mêmes délais si ce contrat n'avait pas existé... D'où ce commentaire de Karine Berger, de l'INSEE... "Nous qui tablions sur 10.000 à 20.000 emplois créés chaque trimestre grâce au CNE, nous allons devoir réviser nos estimations dès l'an prochain". Révélations dans la presse, ce matin encore, avec "Le Canard Enchaîné" qui nous explique pourquoi et comment la sûreté nucléaire en France tient parfois à un câble. Un an... Oui, un an... Il a fallu presque tout ce temps pour qu'EdF découvre la panne d'un équipement essentiel à la sûreté de l'un des réacteurs de la centrale de Gravelines, affirme "Le Canard". Cet équipement, c'est le système automatique, dit "d'injection de sécurité", qui doit assurer l'aspersion d'eau dans le bâtiment du réacteur en cas d'accident... Or, il était débranché. Et pourquoi était-il débranché ?... A cause d'un excès de zèle, pour les besoins de l'entretien, et donc de la sûreté... Genre "le mieux est l'ennemi du mal". Et c'est ainsi que, du 30 mai 2005 au 31 mars de cette année, la centrale de Gravelines va tourner dans ces conditions. Pourtant, les explications d'EdF sont rassurantes... "Aucune conséquence réelle sur la sûreté, car d'autres systèmes de protection étaient opérationnels", nous dit-on... Il faut le croire sur parole... Mais ce bout de câble électrique, précise "Le Canard Enchaîné, commande un dispositif que les mêmes crânes d'oeuf d'EdF qualifient volontiers d'essentiel... Quand il marche ! Un journal, ce n'est pas un seul homme, et un seul homme ne fait pas un journal... Mais tout de même... "Libération" sans Serge July, c'est comme "France Soir" sans Lazareff, "Le Monde" sans Beuve-Méry, ou "Charlie Hebdo" sans Cavanna... Le bel hommage... Il est rendu ce matin par Bernard Revel, dans "L'Indépendant du Midi"... Hommage à un patron de presse, emblématique il est vrai, redoutable dialecticien, mais aujourd'hui viré... Il n'y a pas d'autre mot... Et c'est toujours Bernard Revel qui nous rappelle que July, capitaine vieillissant, a cherché le salut de son journal dans la méthode classique du capital apporté par un grand financier... Or, ce faisant, il perdait son pouvoir, et "Libération" un peu de son âme. Edouard de Rothschild, actionnaire principal, demande donc à Serge July de s'en aller... Lequel estime que si ce départ peut favoriser le refinancement du journal, il n'y fera pas obstacle... Je reprends ses paroles... Et il était intéressant de savoir comment "Libération" allait traiter cette information... Pas facile... Eh bien, il la traite de la façon la plus factuelle qui soit, en page intérieure, sous le titre : "Ce qui se passe à Libération"... Et en Une, la Société des rédacteurs publie un texte, très sobre, diffusant UN message : "L'indépendance du journal"... En quelque sorte : toute l'indépendance, rien que l'indépendance, face à un avenir qui, il est vrai, s'annonce extrêmement flou, voire inquiétant. Et ce n'est pas un hasard si tous les autres journaux commentent cette information aujourd'hui... Sur le thème : "la fin d'une époque", et en filigrane peut-être : "un jour, ce sera notre tour"... Tant la situation de la presse est délicate... Et "L'Humanité", qui en sait quelque chose... Journal lui aussi menacé... Constate que le monde de la presse n'est plus un monde qui bouge... C'est un autre monde. D'ailleurs, écrit Claude Baudry, qu'un directeur de journal, père fondateur d'un titre, soit contraint au départ si cela peut favoriser le refinancement du journal... Dixit July lui-même... Est révélateur de cette nouvelle donne. "Libé" est le dernier quotidien payant créé en France... Toutes les tentatives ultérieures ont été vouées à l'échec... Seule la presse gratuite a réussi à s'installer, en imposant un autre modèle économique et un autre modèle éditorial, basé sur des informations courtes, ne prêtant guère à l'analyse de fond, et tendant, de facto, à uniformiser l'information. Et ce rythme s'accélère, constate Claude Baudry... Avec Serge Dassault au "Figaro", Lagardère au "Monde", Rothschild à "Libé", financiers et industriels prennent le pouvoir... Une page se tourne... La question est désormais de savoir si demain, il existera encore des journaux pour contribuer au débat démocratique. Alors, concernant "Libé", on parle déjà du successeur de Serge July... Celui qu'on appelle "le nouveau venu"... Et il ne sera pas simple à trouver, nous dit Jean Guisnel dans "Le Télégramme"... Car si la greffe ne prend pas, explique notre confrère, cette fois, "Libération" ne sera plus très loin du naufrage. Oui, le nouveau venu aura à fédérer une équipe réduite et déboussolée, reprend Didier Pobel dans "Le Dauphiné Libéré"... Il devra aussi, dans le même temps, faire oublier le chef historique, tout en le perpétuant... Un vrai défi de champion !... Mais nul n'osera dire pour autant que "Libé", l'après-July, a déjà pris des airs d'après-Zidane. Et voilà qui nous amène tout naturellement au football, comme un ballon qui s'en va tranquillement au fond des buts... Parce qu'hier, l'équipe de France a fait son entrée en Coupe du Monde... Mais si le véritable but des Bleus, c'est de gommer les bleus à l'âme, c'est mal parti. L'inspiration ?... Inexistante. La virtuosité ?... Restée au vestiaire. L'efficacité ?... Envolée. Signé Pierre Taribo, dans "L'Est Républicain", comme un exemple significatif de ce qui est dit dans les journaux, ce matin... Une presse qui s'accorde à penser à l'image du titre du "Parisien", que "c'est pas gagné !". "Sans souffle", écrit "Libération" , qui écrit (F)rance avec le "F" entre parenthèses... On a donc le droit de lire "rance"... "Un nul pénible, face à la Suisse", écrit le même journal qui, dans son édito, s'amuse sur le thème de "la France a peur". "Nul à en pleurer", titre "France Soir", qui trouve tout cela inquiétant. "Un France-Suisse neutre et nul", affirme "L'Humanité"... Qui a vu "des Bleus bien pâles" hier soir, alors que Jean Levallois, dans "La Presse de la Manche", a trouvé "la neutralité des Suisses bien neutralisante". En tout cas, "on a eu très chaud", titre "L'Equipe", qui parle d'un résultat frustrant, et qui estime que ça fait trop longtemps que ça dure... Rappelons, en effet, que les Bleus n'ont plus marqué le moindre but, en phase finale d'une Coupe du Monde, depuis 8 ans... Et c'est peut-être ça, l'incompréhension et l'affliction, que traduit cette superbe photo de Zidane, publiée dans "L'Equipe"... Zidane qui regarde le défenseur Gallas, et qui semble dire : "Mais qu'est-ce qu'on fait ?... Qu'est-ce qui se passe ?". Et puis c'est "Le Canard Enchaîné" qui, perfide, qualifie Dominique de Villepin de "capitaine des Bleus", car le Premier ministre s'est beaucoup investi et beaucoup montré aux côtés des joueurs de l'équipe de France... A tel point que si les choses tournaient mal sur le terrain, en Allemagne, ce serait terrible pour le gouvernement... Confidence exprimée par plusieurs ministres, pourtant supporters de Villepin, précise "Le Canard Enchaîné". Quoi qu'il en soit, appelons un chat un chat : les Français ont raté leur entrée en Coupe du Monde... Mais qu'à cela ne tienne : ils se sont trouvés bons, comme le note "Le Parisien"... En résumé, les Bleus sont ravis de ne pas avoir perdu... Du genre : "c'est déjà ça !"... Et c'est peut-être ce qui, entre autres, énerve "Charlie Hebdo" qui, dans un numéro de mauvaise foi et de drôlerie décapante, nous offre son coup de gueule contre le foot, avec ce qu'il appelle "la dictature des talibans du football"... "Et moi ?... Eh bien, moi, écrit Gérard Biard, je m'obstine à ne voir dans le foot qu'une douzaine de glandus courant après une balle et qui, à en juger par la tronche qu'ils tirent, ne trouvent même pas ça amusant"... D'où cette Une également, où l'on voit, sous le titre "L'arme secrète de Domenech", les deux moustachus du "118-218" qui, pour une fois, ne rigolent pas bêtement... Ca repose... C'est enfin cette double page intitulée "Supporters de tous les pays, fermez vos gueules !" Voilà. Au moment où la Coupe du Monde occupe ce qui reste de cerveau disponible... Notons cette tendance, qui s'exprime encore dans les journaux ce matin, et qui montre que, dans le football aussi, la pensée unique peut sévir. Vous avez remarqué que tout le monde prédit la victoire du Brésil, et que la victoire d'un autre serait presque incongrue... Bon, ce n'est pas très grave... Ce n'est qu'un jeu... Mais on n'échappe pas à la règle ce matin non plus... Hier, les Brésiliens ont joué un match tout à fait banal, ne gagnant que petitement devant les Croates : 1 à 0... Eh bien, dans "L'Equipe", ça donne en titre : "Le Brésil dompte les Croates sans complexe"... Ou alors, en page intérieure : "Le champion sur les rails"... Tout est dit... Et ailleurs, on peut lire : "1-0 seulement ?... Oui, mais le Brésil y est allé à l'économie". C'est comme ça : quand le Brésil ne brille pas, c'est pour mieux cacher son immense talent... Mais quand l'Italie brille, comme avant-hier, c'est qu'elle se rassure, nous disaient les journaux hier, parce que chacun sait que les Italiens ne peuvent pas gagner le Mondial. Heureusement, ce matin, le journal "Le Monde" rapporte ce qu'a dit le président de la FIFA : "Ce sont les Italiens qui, jusque-là, ont montré le plus beau football"... Bonne journée. A demain.

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