(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : les ravages de la vengeance

En 3 ans de revue de presse, ce sont sans doute les photos les plus insoutenables que l'on ait vues dans un journal. Le titre du reportage dit tout : "Les enfants broyés de Syrie"

Le photographe s'appelle Robert King. Pendant presque 2 mois, il a partagé la vie d'un dispensaire clandestin à Al Qusayr, sur la ligne de front de la rébellion.

Une seule image : cette petite fille de 5 ans, visage en sang et main déchiquetée. Pour le reportage complet, je vous renvoie au Paris Match de cette semaine, qui le publie.

Jusque là, les quelques photographes qui ont réussi à travailler en Syrie se sont arrangés pour témoigner de l'horreur, sans la montrer de face, plein cadre.

Robert King a fait le choix inverse et il explique pourquoi dans les colonnes de Match .

"J'ai pris ces photos pour que l'Occident mesure bien ce qu'endurent les enfants syriens pendant que nos dirigeants oscillent entre indifférence et inertie.

J'espère que le gouvernement russe en sera au moins troublé.

Que le public m'excuse, mais il faut voir la réalité en face. Mes images ne sont qu'une infime partie de la réalité syrienne.

Si vous trouvez ces images insupportables, faites quelque chose"

Robert King a couvert les guerres des Balkans, de Tchétchénie, d'Afghanistan. Il dit que la Syrie est pire. "En fait, ça me rappelle le génocide du Rwanda (...) La Syrie est passée à la phase du nettoyage ethnique."

Il décrit encore le quotidien de ce dispensaire où le docteur Kassem tente de sauver des vies avec des bouts de ficelle. On a déjà parlé ici, que ce soit à propos de la Syrie ou de la Libye, de ces révoltés qui se battent avec 3 fois rien, ces armées constituées de boulangers, d'instituteurs ou d'ingénieurs improvisés soldats.

Un coup d'œil à l'histoire montre qu'il y a des précédents glorieux. Avant de mourir le 8 juin dernier, le grand résistant Robert Galley s'était confié au Point . L'interview est publiée cette semaine. Il raconte ce moment où, après avoir combattu en Syrie et en Libye, lui et ses camarades sont passés sous les ordres du général Leclerc.

"Quand on nous a annoncé que nous allions être inspectés par le général Leclerc, on s'est faits beaux, on a repassé les pantalons, on a ciré les ceinturons. Et là surprise ! nous avons découvert les hommes de Leclerc, certains en saroual, d'autres avec des peaux de moutons, des casquettes, du grand n'importe quoi. Une armée de romanichels. N'empêche que c'est cette troupe là qui venait de mettre en fuite la 9ème panzer de Rommel."

Dans un tout autre contexte, la logique de vengeance est à l'œuvre dans la politique française

A l'heure où Dallas est de retour sur les écrans américains, à la Rochelle aussi, "Stetson toujours 2 fois" comme le titre Libération à propos de la série télé.

L'affaire du tweet, quoi de neuf ? Dans Le Nouvel Observateur , Sylvain Courage raconte d'abord l'inquiétude du président de la République dimanche soir pour le sort de Ségolène Royal. Il était pendu au téléphone et s'efforçait de requinquer son ex-compagne.

D'où l'idée d'un message de soutien du chef de l'Etat inséré dans le document de campagne de la candidate Royal et distribué entre les deux tours à la Rochelle.

La suite de l'histoire est dans Le Point , sous la plume d'Anna Cabana : scène de ménage à l'Elysée, mardi 12 juin au matin. Quand elle découvre le message de soutien, Valérie Trierweiler lance à son compagnon : "Tu as pris position en faveur de Royal sans me le dire, tu va voir de quoi je suis capable."

Et le tweet a suivi. C'est donc bien "une mesure de rétorsion", écrit Anna Cabana qui assure avoir obtenu cette confidence de plusieurs sources...

Ségolène Royal accorde ce matin une interview à Libération . Elle accuse son adversaire Olivier Falorni, qui se présente comme le régional de l'étape contre la parachutée, de récupérer des voix de droite et d'extrême droite et le compare à Eric Besson en termes de trahison politique.

Voilà pour le tweet-opéra. A lire les commentaires, on s'aperçoit que cette affaire éclabousse de plus en plus le président de la République et le parti socialiste.

Revoilà l'image d'un François Hollande indécis dans Le Nouvel Observateur , faible, dans l'édito du Figaro .

Et dans Libération , la critique de Vincent Giret sur ces querelles fratricides à gauche tient en trois points :

  • d'abord en soutenant Ségolène Royal, François Hollande a piétiné un principe qu'il avait lui même édicté et violé un principe républicain - sous entendu, le président n'a pas à s'ingérer à ce point dans les élections législatives

    • ensuite le camp adverse de Ségolène Royal a franchi une limite encore plus grave en entonnant le refrain "elle n'est pas d'ici"
  • enfin, Giret pointe les règlements de compte entre socialistes locaux où les jospiniens n'ont pas été les derniers à tirer contre leur camp.

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

Dimanche on vote aussi en Grèce. "L'Europe est suspendue au vote Grec", titre La Croix .

L'Europe et son industrie mal en point. En France, "L'Etat envisage d'aider la filière automobile" titrent Les Echos .

Comment la nécessité de faire des économies assombrit le climat à la Poste. Ca c'est à lire dans L'Humanité . Témoignage de l'ancienne DRH des services financiers d'Ile de France. Elle a finit par partir. Astrid Herbert-Ravel dit avoir été victime de harcèlement puis placardisée après avoir parlé. Elle dénonce un management "pathogène". "La poste est devenue un bateau ivre".

Il est de plus en plus difficile de trouver à se loger et certains intermédiaires marrons en profitent. A la Une du Parisien-Aujourd'hui en France , enquête sur ces agents immobiliers qui mettent votre dossier en haut de la pile contre un pot de vin.

Et hommage à l'écrivain Hector Bianciotti, qui vient de mourir

Fascinant destin retracé dans Le Figaro littéraire et Le Monde .

Bianciotti, fils de paysans piémontais émigrés dans la pampa en Argentine et devenu académicien français.

Le jeune Hector n'avait pas la vocation de la terre. Bien vite il a quitté sa famille pour la capitale Buenos Aires, puis l'Europe, après un passage au séminaire. Il arrive en Espagne, tente une carrière d'acteur. Echec. Une étape suivante le voit mendier sur les marches de la place d'Espagne à Rome. Un artiste peinte le tire de l'embarras. Arrivée à Paris et adoption de la langue française.

Bianciotti, qui avait été il y a 20 ans président du jury du Livre Inter, racontait comment il avait décidé d'écrire en Français.

"Un jour, j'ai commencé un récit avec un long paragraphe en français que je n'ai pas pu traduire en Espagnol. Alors j'ai continué"

En 96, il est élu à l'académie. C'est Jacqueline de Romilly qui accomplit un prodige pour l'accueillir. Elle est alors quasiment aveugle et prononce le discours de réception de mémoire.

L'épée d'académicien de Bianciotti était ornée de lettres serties en désordre. Sa langue était précise et sinueuse. Les titres de ses livres magnifiques : "Le pas si lent de l'amour", dans lequel il évoquait son destin d'Ulysse sans même un foyer pour revenir au soir de sa vie.

"La vie est trop dissipée pour le pas si lent de l'amour ; il se fait tard ; et je n'ai pas d'Ithaque"

A demain

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