(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : les bateaux ivres

(Bruno Duvic) Le soir à Cannes, « dans le ciel noir, des mouettes planent comme des morceaux de papier découpés. Même les yachts ont l'air ivre. Pourtant, ils n'ont bu que de l'eau. Mais à Cannes, c'est la règle, tout le monde doit faire son cinéma. »

67ème festival, moteur ! Ces quelques lignes sont extraites de la chronique de Betrand de Saint Vincent dans Le Figaro . Il y a du cinéma plein les journaux ce matin. L'ivresse de Cannes, c'est cette envie de bons films et d'émotions décuplée soudain dans la presse. Coups de gueule, coups de cœur, grands et petits secrets du septième art.

Côté fâché, voici un critique dont on entend la voix douce et posée dans le Masque et la plume sur France Inter.

Pierre Murat, de Télérama . En ce jour d'ouverture, il jette quelques grenades sur le tapis rouge. C'est une longue tribune destinée à accrocher l'œil. Elle est publiée à l'horizontal, sur deux pages et intitulée « Réveillez-vous ! ».

« Tout le monde l'aime, le cinéma français, écrit Murat, il le mérite c'est l'un des meilleurs au monde. Nos salles sont belles, les cinéphiles sont encore nombreux. De temps à autres de formidables surprises surgissent. La Vie d'Adèle , L'inconnu du lac , Dans la cour , plus récemment.

De temps à autre, mais de moins en moins souvent. Car chaque semaine, sortent des nullités terrifiantes dont on se demande qui a pu les financer. Ce n'est pas le nombre de films produits qui plombe le cinéma français, ni même le salaire, souvent exorbitant de certaines stars vieillissantes, mais sa banalité. Son manque de feu. Polars à la traine et comédies poussives, à peine écrites, à peine réalisées par des béni oui-oui pour des producteurs en pleine panique, courant obstinément après le grand public, au risque, comme le disait jadis Max Ophuls, de ne plus voir que son cul. Producteurs, distributeurs, décideurs financiers de tout poil réveillez vous ! Gagnez beaucoup de fric, perdez en un peu mais prenez des risques, c'est votre métier. »

Le cinéma français s'endort dans un monde qui bouge à 100 à l'heure autour de lui. C'est aussi le reproche que Gérard Lefort adresse au festival de Cannes lui même dans Libération . Ce festival dont le palais est surnommé le bunker.

Cannes vu par Lefort, ce sont des organisateurs et des festivaliers qui font "comme si".

« Comme si les nouveaux diffuseurs d'images, Google, Netflix vibraient pour le premier film d'un superbe inconnu plutôt que pour Les Ch’tis font du ski à Mykonos. Comme si la consommation de cinéma transitait toujours par la seule salle et pas par le téléchargement. Comme si le modèle français du cinéma d'auteur et son financement était impérissable par menacé d'AVC. Il y a une tendance cannoise à se vivre comme un Bayreuth du cinéma où l'on donnerait tous les soirs Le crépuscule des dieux . » Et Lefort d'appeler à un peu plus de Rock and roll dans la programmation.

Le propre des festivaliers c'est de passer en fonction des séances et des jours d'une humeur à l'autre. Le même Pierre Murat, tout fâché page 60 de Télérama est plein d'admiration page 26 pour Marion Cotillard. Passionnante interview de celle qui sera sans doute une des stars de Cannes, en compétition avec les frères Dardenne. Elle raconte sa méthode d'actrice. Pas de méthode en réalité sauf pour certains rôles plus compliqués.

« Je commence dès les répétitions à travailler de mon côté. Je m'isole dans ma chambre des soirées entières et je médite. Peu à peu au cours de ces rêveries, des images m'apparaissent. Des musiques aussi, des bouts de scènes qui me révèlent le personnage, ses secrets, ses manques, ses doutes. Je les note sur un carnet. Je suis sûre que beaucoup me trouveront betassone, ridicule ou prétentieuse, je m'en fous. Ca m'aide. Sur le film des Dardenne, il m'a été utile ce carnet. Ils sont d'une méticulosité incroyable. A la fin d'un plan séquence de 8 minutes, ils sont capables de me dire

d'enfiler ma chaussure droite, de respirer trois secondes - pas quatre - et de verser deux larmes, - pas une, deux - tout en enfilant ma chaussure gauche. Et on recommencera 60 fois le plan séquence s'ils n'en sont pas satisfaits. Moi, ça me ravit, ça m'excite. »

Concluons cette page cinéma avec une autre tribune, celle de René Bonnel, auteur d'un rapport remarqué sur l'économie du cinéma il y a quelques mois dans l’hebdomadaire Le 1 . Economiste mais aussi cinéphile. A l'heure de la vidéo à la demande, il redit l'importance de la projection en salle, ce plaisir collectif. « L'individualisation croissante des modes de consommation audiovisuelle a renforcé le besoin de collectif. Au cinéma on est dans l'ombre, à un niveau primaire d’émotion, peur, rire. Plaisir hypnotique, narcotique, besoin humain fondamental d'abandon. »

Dans Le Figaro et La Croix , reportages en Ukraine et en Syrie

Adrien Jaulmes à Donestk pour Le Figaro . Son reportage commence comme un plan séquence. Les arbres du boulevard Pouchkine, l'allée piétonne du centre ville. Belle soirée de printemps. Des familles promènent des enfants dans des poussettes, des amoureux sur les bancs, un restaurant, le Sun city. Et soudain, dans le champ de la caméra, des hommes en treillis, Kalachnikov au creux du bras. Ils montent la garde devant le restaurant. D'autres sont assis à la table, garde du corps d'un mystérieux responsable du nouvel Etat autoproclamé depuis le referendum à Donetsk.

Cette région, le Donbass, glisse doucement vers le règne des milices armées, explique Adrien Jaulmes. « Les événements qui se déroulent depuis le mois de mars se sont accélérés ces derniers jours. Les miliciens armés prennent de moins en moins de précautions pour se dissimuler. »

Choses vues à Alep en Syrie : un réservoir d'eau sur le toit d'un immeuble. Ailleurs, une vingtaine de puits creusés dans autant d'églises de la ville. Alep, trois ans de guerre et de plus en plus souvent des coupures d'eau et d'électricité. Ce n'est pas le régime de Bachar el Assad qui ferme les vannes et les coupe les câbles. Ce sont les plus extrémistes des rebelles. Les quartiers d'Alep tenus par l'opposition sont aux mains des deux principaux groupes islamistes, rappelle Agnès Rotivel dans La Croix . Ils veulent réserver l'eau et la lumière aux seules zones qu'ils contrôlent. Dans les rues de la ville, tout le monde transporte des bidons que l'on va remplir aux puits des mosquées ou des jardins publics.

Ces terrains de guerre, ces zones dangereuses et souvent diablement attachantes, les plus courageux des journalistes s'y aventurent. C'était le cas de Camille Lepage jeune photographe de 26 ans retrouvée morte hier en Centrafrique. Sur Mediapart , hommage de Thomas Cantaloube à sa collègue croisée naguère sur le terrain. Camille Lepage sillonnait la Centrafrique depuis huit mois. « Elle était une leçon vivante pour tous ceux qui ne voient dans les journalistes que des parachutistes de l'information, vite arrivés, vite repartis. Elle est décédée parce qu'elle faisait son métier de la plus belle manière qui soit. Auprès de ceux qui souvent subissent et parfois profitent de l'histoire en mouvement. »

Quoi d'autre dans la presse ?

Un petit moment de vie parlementaire. C'étai hier à l'assemblée nationale. Le député FN Gilbert Collard interpelle la ministre de la culture Aurélie Filippetti à propos d'un mécénat venu d'Abou Dhabi pour le théâtre Napoléon III de Fontainebleau. C'est à voir sur le HuffingtonPost

Et puis un mot de la sélection présentée hier soir par Didier Deschamps. Les 23 appelés à jouer la coupe du monde dans un mois au Brésil et les 7 réservistes. Un mot parce qu'à en croire Vincent Duluc dans L'Equipe , il n'y a pas grand chose à en dire. Cette liste était gravée dans le marbre depuis le dernier match amical de la France. « Liste par temps calme, tout était attendu, tout avait transpiré. »

Attendue notamment, l'absence de Samir Nasri parmi les 23. Duluc note qu'en quelques mots lors de la conférence de presse après le 20 heures hier, Deschamps l'a soigneusement découpé en quatre : « « Samir, je l’ai eu sur sept rencontres, quatre rassemblements. Je l’ai vu entrer, débuter, ne pas jouer. J’ai vu ». Quand on prononce le nom de Nasri, la controverse n’est jamais loin. Elle vient cette-fois ci de sa compagne, anglaise qui a publié un tweet délicat après l’annonce de la non-sélection de son chéri : « Fuck France and fuck Deschamps ! What a shit manager ! ». Dans L’Equipe, Vincent Duluc relève encore que cette liste de 23 « a une folle envie de tourner les pages anciennes. Quatre ans après, franchement, il est l’heure »

A demain

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