Les mots mesurés des DNA et l'exaspération du Parisien après l'attentat de Paris, la France de Ronan, 29 ans, dévastée par une brutalité venue d'ailleurs. Une photo dans La Croix raconte la Palestine et Israël. L'Indépendant soutient les prisonniers de Catalogne. Et La Provence entre dans la folle semaine de l'OM...

Nos journaux reviennent sur l'attentat de Paris...

"Un couteau ménager, une rue de Paris, un homme venu en métro. Cette façon serpentine dont la mort sinue dans le décor du quotidien, diffuse l’idée que tout est possible." 

C'est dans les Dernières Nouvelles d'Alsace que l'on trouve ces mots, signés Didier Rose, dans un éditorial empreint de calme, quand, ailleurs dans la presse, se répandent la colère et l’exaspération…

"Une fois de plus le tueur était fiché", titre Le Parisien et cette lassitude est une accusation, d’autant plus forte que le journal choisit des mots immédiats – "il est quand même passé à l'acte" – et devient ainsi le porte parole d’une société blessée…

Le Parisien parle aussi des victimes du terroriste. Elles s'appelaient Ronan, "un garçon d'une grande générosité", Pierre, grand gaillard de 61 ans, et son épouse Makiko, japonaise "au frêle gabarit et au français approximatif"... Pierre, Makiko et Ronan avaient accompagné un de leurs voisins, Michael, atteint d'un cancer du poumon... C'est un article réconfortant, qui redonne de la vie et, aussi, à sa manière, un article politique. Parce qu'il dresse le portrait de la France que l'on agresse.

On a d'un côté une France douce où un couple franco-japonais et un jeune Manceau aidaient un homme seul... Une France qui se défend, où "une simple patrouille de police-secours", un jeune agent, pas encore titularisé, ont neutralisé le tueur, c'est dans Le Figaro. Une France où un serveur de restaurant a égaré le tueur et sauvé ses clients, c'est le témoignage d'un Orléanais dans La République du Centre... 

La France donc, et en face, un monde inconnu et hostile d'où venait le terroriste venu nous frapper...

Et cette question de l'origine du terrorisme divise les journaux...

Et démultiplie la peur... D'où venait-il au fait ? Il venait de Daesh, qui reste dangereux, explique Libération. Il venait de chez nous, écrivent les DNA, qui titrent sur "la piste strasbourgeoise"...  De chez nous, aussi, insiste Nice Matin. Il avait grandi à Nice... Mais il venait de Tchétchénie, où il était né, cette République du Caucase qui a connu la guerre civile, le terrorisme islamiste, et désormais une dictature, dont le président Kadyrov accuse la France...  Il venait de nos abandons "face au salafisme qui gangrène les banlieues et prétend contrôler la tenue et les cabas des femmes"... C'est l'éditorial du Figaro et l'article consacré au plan que prépare Emmanuel macron pour l'islam de France fait partie du dossier événement consacré à l'attentat de Paris. 

On lit ceci dans Nice Matin :

"On se demandera un jour pourquoi et on nom de quoi on a donné l'asile puis la nationalité française à une famille de Tchétchènes au motif qu'elle était en guerre avec la Russie. Notre politique d'immigration doit tenir compte du contexte terroriste international. Ce n'est plus une question de droit mais une question de survie."

C'est l'éditorial d'un journal modéré, signé Michèle Cotta, journaliste politique identifiée longtemps à la gauche...  Et ces mots, autant que la une du Parisien, montrent que les lignes se sont déplacées. Le terrorisme produit de la politique. 

Le Financial Times met le terrorisme à sa une mais il ne s'agit pas de Paris. Nous sommes en Indonésie, où une famille islamiste s'est faite exploser dans des églises. "La mort serpentine qui sinue dans la vie quotidienne..."

Le terrorisme n'est pas la seule fracture à habiter nos journaux. Quand La Croix titre sur Jérusalem, où l'ambassade des Etats-Unis s'installe symboliquement aujourd'hui. Une photo raconte la fracture : on voit hier un Israélien en chemise et chapeau stetson bleu et blanc, les couleurs de son pays, face à une Palestinienne en tenue traditionnelle, les cheveux voilés. Et quand les juifs israéliens se réjouissent, les Palestiniens se préparent à manifester à nouveau à Gaza. Le Monde raconte des femmes gazouies, qui se lèvent et s'échappent au risque de leur vie d'une société conservatrice... Il est dans nos journaux quelques articles qui permettent de mieux saisir un conflit lancinant.

Il est des conflits si lointains que l'on s'étonne de les retrouver vivaces... Quand Libération raconte les familles espagnoles qui veulent exhumer leurs ancêtres, victimes de la guerre de civile, enterrées à l'ombre du dictateur Franco.

Il est des conflits qui naissent. Qui intéressent-ils en France? L'Indépendant titre, je cite, sur les détenus exilés politiques catalans, pourchassés par le gouvernement espagnol. Il y a eu un rassemblement de soutien en France hier... 

C'est l'identité d'un journal, quand ailleurs on parle des couteaux de Paris.

Et l'impatience de Marseille pour finir...

Qui nourrit et réjouit La Provence, en dépit des laideurs de la vie… et il est d’autres couteaux que terroristes… On parle d’un sexagénaire alcoolisé qui a poignardé sa compagne hier pendant une dispute, et d’un adolescent tué d’un coup de couteau il y a trois ans, le procès commence à Aix. Mais tout s’efface dans la folle semaine, qui doit conduire jusqu’à la finale européenne de l’OM – allons z'enfants de l’OM –  et voit dans le journal des minots marseillais qui savent l'histoire de leur ville depuis tout petits... Et un but de Basile Boli en 1993. On se souvient de Bernard Tapie qui distribuait des ballons dans les quartiers, il apportait du rêve, c’était énorme, on n’avait pas un franc.

Tapie qui dirige La Provence

Et dans L'Equipe, l'histoire de Maxime Lopez, un minot encore, grandi près de la famille Zidane aux Pennes-Mirabeau.

C'est un portrait de la France, on fait des portraits de la France ce matin, dans le deuil ou dans l'attente, et les journaux sont parfois notre miroir. 

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