Des fragments d’être humains ont été enterrés à Berlin, ce qui reste de résistants suppliciés, puis disséqués au nom de la science nazie, Libération. Vingt ans, migrante, enceinte, elle vit terrifiée dans un squat lillois, la Voix du Nord. Le ballet poisseux du trafic de cocaïne sur le fleuve Maroni, le Monde.

Des terroristes français ce matin...

Qui venaient de Toulouse et sont morts en Syrie en février dernier, mais dont les fantômes font encore peur à Raqqa, cette ville où entre 2014 et 2016 ils étaient des notables de l'Etat islamique; ils  ont été pour nous les messagers de la mort:  on parle des frères Clain, Fabien et Jean-Michel, qui revendiquaient pour Daech les attentats du 13 novembre 2015, les frères Clain que la Dépêche du Midi ranime dans un reportage A LIRE sur la banalité du mal. 

Deux journalistes, Céline Martelet et Edith Bouvier, ont retrouvé à Raqqa l'appartement où vivait Jean-Michel Clain, avec sa femme et ses six enfants, un appartement cossu qui avait appartenue à un pédiatre, au quatrième étage d'un immeuble de standing, ascenseur et faux marbre, canapé de tissus, écran plat au salon, baignoire à jet et balcon, et c'est dans ce confort bourgeois au coeur de Raqqa que Jean-Michel Clain se reposait de son travail de bureaucrate de la terreur. Les frères Clain avaient leur bureau en ville à l'arrière d'une parfumerie, c'est là, se souviennent des habitants que se retrouvaient les djihadistes étrangers; dans cette pièce, des grands sacs de plastique blanc que personne n'avait osé ouvrir depuis la libération de la ville, ils abritent  les archives de ce qui fut une administration de Daech, son bureau des combattants, où l'on venait chercher de l'argent ou des ordres de mission. Les journalistes ont ouvert des sacs; elles ont retrouvé des cartes plastifiées, les laissez-passer qui autorisaient leur porteur à voyager sur le territoire du Califat, et puis un grand cahier rouge: la comptabilité du djihad, où les dépenses sont soigneusement notées, nom, nationalité, somme, utilisation: Abu Othman al Francisi, le nom de guerre de jean-Michel Clain,  a reçu 5000 dollars pour des frais de mission..

On voit ce cahier rouge dans la Dépêche, comme on regarde les archives d'autres terreurs, dans l'histoire... Mais celle qui marqua Raqqa est toute proche, et le docteur Essam, dont Jean-Michel Clain occupait l'appartement, ne veut plus jamais revenir chez lui... Terrifié à l'idée qu'ils, "ils", pourraient revenir... 

Les journaux nationaux font écho au scoop de nos consoeurs dans la Dépêche, en parlant d'une autre terreur, la même, islamiste, mais ailleurs, qui sévit en Afrique et entre Bénin et Burkina Faso a tué un guide et deux soldats auxquels la nation rend hommage ce matin, le Figaro titre sur cet hommage, le parisien sur la France en première ligne du terrorisme, les deux journaux convergent avec l'opinion pour dire nos difficultés en Afrique où la france se bat, de la Mauritanie au Tchad 4500 soldats pour 5 millions de kilomètres carrés, « Barkhane c'est opération impossible », lis-je dans le parisien...  17 morts déjà... 

Libération parle de tourisme en zone dangereuse, c'est un point de vue de civils. Mais c'est un autre article qu'il faut lire dans Libération, qui réveille des horreurs plus anciennes. on a enterré à Berlin une petite boite en vois marron clair, qui contenait 300 fragments d'êtres humains, 300 tissus humains posés sur des lamelles de laboratoires retrouvés 75 ans après un crime: ce qui restait des résistants antinazis, des hommes et des femmes, que le docteur Hermann Stieve, directeur de l'institut universitaire d'anatomie de Berlin, disséquait aussitôt après leur exécution, au nom de la science... 

Le trafic de cocaïne en Guyane...

Qui est un autre mal de grande banalité sur les rives du Maroni, ce fleuve qui sépare la Guyane Française du Surinam et le Monde raconte à hauteur d'hommes et de misère des aventures poisseuses, elles naissent à Albina au Surninam où les pains d'une cocaïne venue de Colombie et coupée de pesticide sont à peine dissimulés derrière les pastèques d'une marchande de légumes, et traversant le fleuve, des français viennent prendre livraison, on avale des boulettes ou l'on tente de transporter la cocaïne dans des valises, on repart en pirogue et on va prendre l'avion pour Paris, après être passé par l’obia, un rituel venu d'Afrique, dont la magie rendrait invisible aux yeux des douaniers ceux et celles qui, dit-on sur le fleuve, ont pris le chemin.

C'est du grand reportage sans esbrouffe dans une misère caraïbe. Mediapart raconte ces enfants qui à Tanger au Maroc découpent les bâches des camions pour aller vers l'europe et les scotchent ensuite à la colle d'écolier... Au Maroc encore mais de meilleure vie, Mediapart parle du roi, Mohamed VI, qui serait intervenu auprès de l'Emir du Qatar pour qu'il finance une section judo dans son club du Paris Saint-Germain, ceci afin d'accueillir à 40.000 euros par mois notre champion Teddy Riner en mal d'employeur et qui est l'ami de M6… 

Dans la Voix du Nord, ce témoignage d'une jeune femme venue de Guinée Conakry, elle est chrétienne et son compagnon est musulman, et pour cela ont du fuir, ils vivent à Lille dans un grand squat où parfois, le soir, on se bat au couteau, elle est enceinte, elle a 20 ans, elle est dans un journal qui fait sa une sur une passion innocente, le vélo car les quatre jours de Dunkerque commencent, dans une tradition sans cesse renouvelée: la vie est aussi faite de cela... A Montpellier, d'autres cyclistes me raconte Midi libre, s'associent pour monter leurs boites de coursiers et contactent des restaurants pour échapper au joug de Uber eats et de Deliveroo... La même pulsion de liberté qui pousse des miséreux sur les chemins, chez nous, fait pédaler...

Et on parle de Cannes pour finir...

Qui revient comme un rituel de printemps, inauguré d'une interview de son patron Thierry Frémaux dans le Figaro, d’une autre de Jim Jarmush dans le Monde et d’une belle dans Nice Matin d’Alain delon que le festival honore d'une palme d’or: Delon fait du Delon et ne tremble qu'en avouant qu'il ne peut plus regarder la piscine, parce que c'est trop dur de revoir Romy...

Une pétition venue d'Amérique demande que cannes ne célèbre pas Delon, qui serait « raciste homophobe et misogyne ». On peut soupirer?

Je lis dans Slate que le logiciel de traitement de textes microsoft word sera désormais politiquement correct, un nouveau correcteur, d’intelligence artificielle, évacuera nos formules inappropriées. Vous sentez vous meilleurs?

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