Le Monde des livres revient avec une bibliothèque conçue pour rêver le nouveau monde. Le philosophe Bruno Latour veut forger une conscience écolo, Libération. Sartre rêvait de musique et la politique l’emmerdait, l’Obs. La noblesse du peuple de Sunderland, fidèle à une équipe qui perd et perd encore, So foot!

On parle de livres !

Qui pour un jeune homme inculte furent la clé des jeunes filles, car lui qui avait grandi « comme un prototype de limaçon planté devant la télévision », rêvait aux intellectuelles de New York, et quand un rendez-vous avec une belle tourna au fiasco,  cet « imbécile illettré » qui ne connaissait pas le Stephen Dedalus de  James Joyce, décida de se mettre à Balzac, Tolstoï et George Eliot….

Et ainsi Allan Königsberg que l’on connait sous le nom de Woody Allen entra dans la culture.. C’est raconté dans le Point, interview et extraits de ses mémoires qui sortent enfin, en dépit des scandales: Woody Allen en parle évidemment et se défend, mais c’est moins intéressant que  la tristesse qu’il dévoile d’un vieux Monsieur dont le monde s’enfuit, quand un « abime culturel » dit Allen aspire dans l’oubli « Truffaut, Resnais, Antonioni, De Sica, Kazan… » 

La culture des blockbusters et les technologies effacent le temps, d’avant quand le cinéma était un art respecté attendu commenté… 

Et revoilà la fragilité de la culture, peut-elle périr, quand elle est notre mémoire ? Dans le Un qui peint le tableau déconfinement, j’attrape ces lignes de  Daniel Defoe, l’auteur de Robinson Crusoe, qui raconta aussi la peste de Londres en 1665 et décrivit ainsi une accalmie. « Les gens étaient si las d’être éloignés de Londres, qu’ils revinrent en foule sans aucune crainte et commencèrent à se montrer dans les rues comme si tout danger était passé, bien qu’il mourût encore de 1 000 à 1 800 personnes par semaine.» Parle-t-il de nous? 

Au autre siècle dernier, les livres furent le secours d’un autre jeune homme frappé par la tuberculose et qui lisait et lisait encore, redevenu petit garçon rêveur perché avec ses bouquins dans une cabane, je lis ceci dans Le Monde qui me parle de Roland Barthes, lequel devenu vieux nous laissa ces mots: « La science est grossière, la vie est subtile, et c’est pour corriger cette distance que la littérature nous importe»…

Et avec Barthes revient, tout à l’heure, le Monde des livres, qui nous propose une bibliothèque baroque pour rêver le monde qui vient. Le journal a demandé à des artistes et écrivains de suggérer chacun un livre? Le prix Goncourt 2018 Nicolas Mathieu m’invite à «La Constellation du chien » de Peter Heller, qui décrit un monde a ravagée par une épidémie… Mais l’amitié la beauté survivent.…  L’écrivaine Maylis de Kerangal  m'invite au « Parti pris des choses » de Francis Ponge, parce que sa poésie en prose sait la beauté du quotidien, franchir une porte, observer un escargot ou fumer une ciga­rette. Il parle de nous.

Mais on s'inquiète de l'économie des livres...

Et le Monde encore et l'Obs cherchent les saluts d'un secteur frappé par le confinement, le virus écrit l'Obs a transformé le paysage littéraire en « une morne plaine hantée par des romans fantômes »… Ceux qui ne sont pas parus, paraitront-ils un jour, et plus cruel encore semble le sort des livres parus juste avant la catastrophe.

Ainsi parle Scholastique Mukasonga dont le livre était sorti le 12 mars. "J’ai porté deux ans mon Kibogo et ce furent deux ans de bonheur. Et voilà qu'un méchant virus ravage les humains. Mon pauvre Kibogo est confiné dans les librairies aux portes closes. Livre mort-né, je ne peux que porter son deuil…" 

Mais enfin Scholastique, les librairies ouvrent à nouveau, l'écrivaine promet qu'elle va se remettre à écrire... Cela ne se guérit pas. 

A 95 ans c'est à nouveau dans le Monde l'historien Marc Ferro publie ainsi son 65èùe ouvrage, "Entrée dans la vie", consacré aux prémisses des grands hommes, il raconte Staline entré dans la vie par la peur et la honte, et dont la maman couchait avec son patron. Il n'alla pas à l'enterrement de sa mère et marmonna pour s’expliquer: “Je ne comprends pas pour­ quoi elle m’a battu.”  Plaindra-t-on l'enfant qui devint dictateur?  

On parle aussi d'un philosophe... 

Qui aurait en lui les clés sinon de nos futurs, du moins de notre crise... Car Bruno Latour dans ses premières vies travailla sur les microbes me rappelle Libération et ensuite voulut penser ensemble science et politique, règne humain et animal et l'évidence de la terre, et la pandémie globale le confirme, il vient d'en guérir, pas frappé méchamment mais quand même, et avec force nous invite à la politique dans Libération et dans l'Obs, les deux entretiens se complètent. Il compare, Latour, la puissance de la réaction des Etats face au virus à leur lenteur apathique face aux enjeux climatiques, pourtant dramatiques: et trouve la clé dans l’indifférence sociétale. Autant nious sommes demandeurs de protection contre la maladie, autant il n'y a pas d'opinion publique forte exigeant une écologie drastique... Tout le sujet alors est de la créer, cette opinion, comme au XVIIIe siècle les philosophes forgèrent une conscience, à laquelle les cahiers de doléances de 1789 donnaient corps, il veut recommencer, Latour, quelle vitalité est celle du philosophe!

Je lis alors, après Latour, avec surprise et presque soulagement, que Sartre, quintessence du philosophe engagé, souffrait de n'être qu'une personnage politique, elle l'emmerdait parfois, et l'emmerdait aussi la violence qu'il insufflait dans ses textes politiques, par devoir, lis-je dans l’Obs. Sartre, explique son nouveau biographe François Noudelmann, avait la nostalgie de la simple littérature, de la musique aussi. Noudelmann a eu accès à des documents intimes: Sartre, il l'a entendu jouer du piano et chanter aussi! La bio sort en septembre, pourrais-je attendre... 

Je cultiverai alors, pour pallier l'attente l'amour de petites histoires. La grand-peur d'un village du Languedoc qu'une habitante, une hollandaise ermite, terrorise de ses chiens, c'est dans Midi Libre. Ou lhistoire sublime dans So foot du peuple prolétaire de Sunderland en Angleterre, qui aime passionnément sa ville et son équipe de football qui n'en finit plus de descendre, et la malédiction est une grace  et un destin . Cette histoire magique a été racontée dans un documentaire devenu culte sur… Netflix! Il ne faut pas désespérer d'aujourd'hui.

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