Bonjour... Bien. Par quoi commencer ? Les sujets ne manquent pas ce matin, aucun n'écrase l'autre. Je vais donc procéder par ordre, un peu à la Sciences-Po... Le 1, le 2, le 3, en privilégiant une forme de chronologie : court terme, moyen terme, long terme. Le court terme, c'est le scrutin de dimanche... Un second tour d'élections municipales qui fait fleurir les sondages dans la presse du jour : je me garderai bien de vous les rapporter. "La Voix du Nord" et "La Croix" nous promettent de "rudes batailles". Dans "L'Union", Hervé Chabaud écrit sans risquer de se tromper : "Il y en a plus d'un qui voudrait déjà être à dimanche soir". Michel Richard, pour "Le Midi Libre", nous dit de son côté que "le coup de balai gouvernemental un temps envisagé à l'Elysée semble n'être plus d'actualité" (L'éditorialiste s'en réjouit. Il nous rappelle qu'à partir de juillet, la France présidera pour six mois l'Union Européenne... "C'eût été affligeant, souligne-t-il, qu'elle s'y emploie avec des ministres inexpérimentés"). Dans le genre "finaud", Jacques Camus, de "La République du Centre", laisse entendre, malin, que : "A défaut de chambardement dans l'équipage gouvernemental, le remaniement pourrait bien affecter la direction de l'UMP". Plusieurs de vos journaux le suggèrent : Patrick Devedjian pourrait en faire les frais... Pour "Libération", l'UMP tient là "un coupable idéal", coupable d'avoir tendu des perches au "traître" François Bayrou. Devedjian débarqué ?... Et David Martinon bientôt consul général de France à New York... Vous le lirez dans les "Confidentiels du Figaro". Dans "Le Parisien-Aujourd'hui en France", on ajoute que l'affaire de Neuilly laisse, entre le porte-parole de l'Elysée et le chef de l'Etat, une grosse "pilule" qui ne passe pas. Sans doute oublierons-nous Martinon aussi vite qu'on nous l'a fait découvrir... Pour Bernard Revel, dans "L'Indépendant du Midi", ça ne suffit pas... ..."Oubliez Sarkozy !... Oubliez Carla !... Oubliez le Salon de l'Agriculture, le Conseil Constitutionnel, la laïcité positive !... Oubliez le pouvoir d'achat !... Oubliez. Tel est le message plus ou moins subliminal que ressasse la droite dans cette campagne électorale", remarque Bernard Revel. Il ajoute : "Le Président le laisse lui-même entendre : 'Oubliez-moi !'". Mon confrère de "L'Indépendant" réfléchit à voix haute pour dire : "Seulement voilà... l'électeur n'est pas amnésique". Et François Fillon ?... A-t-il envie qu'on l'oublie ?... ...Apparemment : non. Pour Jacques Guyon, dans "La Charente Libre", "le Premier ministre a même une idée qui ne serait pas pour déplaire à Nicolas Sarkozy : il faut accélérer le rythme des réformes"... Dans les résultats du premier tour, il ne percevrait qu'une "impatience, une frénésie inassouvie de réformes, une soif inextinguible de toujours plus de rupture"... L'hebdomadaire "Valeurs Actuelles" semble être sur la ligne de l'homme de Matignon. Je vous livre les mots de sa dernière couverture : "Malgré la poussée de la gauche, la droite doit tenir son cap... Les réformes plus urgentes que jamais, le PS au bord de l'implosion". Pour le quotidien "La Montagne", Daniel Ruiz établit ce qui distinguerait aujourd'hui la droite de la gauche. Il constate que "la droite est revenue à 'l'enrichissez-vous' de Guizot", pendant que "les socialistes ne parviennent pas à réinventer un idéal de justice et de progrès social". Il rappelle la formule de Jaurès : "Partir du réel pour aller à l'idéal", et il commente : "A trop aller du réel au réel sans passer par l'idéal, le PS a effrité l'espoir pour le remplacer par l'éloge du pragmatisme, ce qui ne fait pas plus rêver la France modeste que celle des bobos". Dans "Libération", vous découvrirez le visage du plus jeune maire de France dans une ville de plus de 10.000 habitants. Il est socialiste, il a 24 ans, il s'est fait élire au premier tour avec plus de 56% des suffrages. Il y a des signes qui ne trompent pas : le benjamin des maires se prénomme Benjamin... son nom, c'est Saint-Huile (ou Sainte-Huile, si l'on veut dire qu'il est en odeur de sainteté)... Il est titulaire d'un diplôme de sciences politiques... et (je n'ai pas fini) il est né un 10 mai. Le moyen terme maintenant, beaucoup plus grave que tous les résultats électoraux de dimanche, élections cantonales comprises. Lundi, le président du Tribunal de Grande Instance de Dijon répondra à la requête d'une femme de 52 ans, trois fois maman. Vous avez vu son visage dans les journaux, tous vos médias en ont parlé : Chantal Sébire ne veut plus vivre. Elle ne veut plus subir cette maladie incurable qui la fait atrocement souffrir en lui déformant inéluctablement le visage. En page Une, "Le Midi Libre" voit "la loi ébranlée par l'émotion"... ..."Euthanasie : le débat relancé", "le cas Sébire rouvre le débat", titrent "L'Est Républicain", "Le Dauphiné Libéré", "Le Télégramme"... ..."La Voix du Nord" pose cette question : "Que faire ?"... "Nord Eclair", son concurrent, reprend à son compte ce qui a tout d'un sentiment d'impuissance en titrant : "L'impossible réponse". Dans "La Nouvelle République du Centre-Ouest", à propos de l'euthanasie, Denis Daumin le constate simplement : "Ce mot effraie encore". Si "euthanasie" effraie encore, que dire de cet autre mot : "es-the-sio-neuro-blas-tome"... Il désigne la tumeur évolutive des sinus et de la cavité nasale qui fait de la vie de Chantal Sébire un enfer. Et puis, ne faut-il pas être effrayé aussi quand elle déclare (la phrase est reprise par Francis Brochet, dans "Le Progrès") : "Je me sens littéralement mangée par la douleur". "Elle a perdu le goût, l'odorat, la vue", raconte son avocat, que cite "L'Humanité". "C'est moi qui souffre, c'est à moi de décider", dit-elle encore (vous le lirez dans "Libération"). Alors évidemment, vos éditorialistes éditorialisent, puisque telle est leur mission. Mais qu'il s'agisse de Jean-Marcel Bouguereau, dans "La République des Pyrénées", qui voit Christine Boutin se voiler les yeux devant la dignité de la souffrante ('indignation' contre 'dignité')... de Rémi Gudeau, qui rappelle dans "L'Est Républicain" les lois favorables au suicide médicalement assisté chez nos voisins du Benelux... d'Hervé Favre, de "La Voix du Nord", qui évoque "le secret des consciences" : personne n'a la réponse. De tout ça, il affleure cette interrogation : pourquoi ne pas organiser, sur ce thème de l'euthanasie, un référendum ?... On pourrait confier aux législateurs (nos élus du Parlement) le soin d'en préciser la question. J'en viens à présent, je le crains fort, au long terme, à ce qui nous occupera encore pendant des mois et peut-être des années... Pour quel dénouement ?... Allez savoir ! Il y a ce matin, à la Une des journaux spécialisés dans l'économie, des titres qui ne rassurent pas. - "La Tribune" : "Les inquétudes se multiplient sur les marchés... La finance mondiale part à la dérive"... - "Les Echos" : "La chute du dollar bouleverse l'économie mondiale"... - "Le Figaro/Figaro Eco" : "Les Etats-Unis font face à une crise majeure... Dollar : la baisse jusqu'où ?"... Vos journaux justifient, en page Une, le ton alarmiste de leurs titres :... "Chute brutale du dollar"... "Journée de forte turbulence sur l'ensemble des places boursières"... "Cours du pétrole et de l'or à leur plus haut historique"... (A propos du pétrole, vous lirez, en première page des "Echos", que "le baril vaut aujourd'hui presque deux fois plus cher qu'il y a un an"). Dans "La Tribune", Eric Izraelewicz parle d'une "semaine noire", venue confirmer que "l'Amérique est bien désormais en récession"... ..."On découvre ainsi une finance mondiale hors de tout contrôle, c'est cela qui est inquiétant", écrit-il. Dans "Nice Matin", Jean-Louis Gombeaud renchérit : "La récession américaine est à nos portes, le dollar passe par la fenêtre, et, dans les caves, il y a une bombe !... Alors, devant cette situation, les investisseurs sortent du jeu dont ils ne discernent plus les règles et achètent à prix fort des valeurs-refuge (...) Le dollar implose, le métal jaune et le pétrole explosent. Il faudrait être un optimiste à toute épreuve pour voir là des oiseaux de bon augure". L'argent rend fou, nous le savions... Risque de le confirmer, cette information relevée dans "Le Parisien-Aujourd'hui en France" et dans "Le Figaro" : un commissaire spécialisé dans les affaires financières est soupçonné d'avoir vendu des fichiers de police bien sûr confidentiels. Il est en garde à vue. Vous lirez aussi, ici et là, dans vos quotidiens régionaux, des grèves qui se lèvent, en faveur d'augmentations de salaires alignées sur l'inflation. Pour refermer cette revue de presse, quelques mots encore, en forme d'hommage, sur l'article (la "chronique") rédigé il y a 40 ans tout juste, le matin du 14 mars 1968, par le chef du service politique du "Monde" Pierre Viansson-Ponté... Vous le lirez dans le hors-série que le journal met dans les kiosques cette semaine, sous le titre "Révolutions", avec un "s". Cet article de Pierre Viansson-Ponté, intitulé "Quand la France s'ennuie", commence par ces mots : "Ce qui caractérise actuellement notre vie publique, c'est l'ennui. Les Français s'ennuient. Ils ne participent ni de près ni de loin aux grandes convulsions qui secouent le monde"... J'aimerais vous en lire d'autres extraits, mais le temps me manque pour le faire. Cette article, écrit le 14 mars 1968 au matin, fut publié dans l'édition du Monde datée du 15 mars, quelques jours avant le printemps. Le premier jour du printemps, ce sera jeudi prochain... Premier jour du printemps 2008. Sur ce, je vous souhaite une excellente journée.

Alain LE GOUGUEC

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