"Il a quitté le fauteuil roulant où était cloué son corps souffreteux pour rejoindre, peut-être, une dimension de l'espace-temps où son esprit vagabondait avec une absolue liberté." Ainsi le Monde salue celui qui avait vu des radiations sortir des trous noirs...

Stephen Hawking en avril 2016 à New York
Stephen Hawking en avril 2016 à New York © Getty / Bryan Bedder

La mort de Stephen Hawking est déjà dans les journaux sur internet...    

Sur les sites du Monde et du Guardian et du New YorkTimes, qui nous donnent dès ce matin beaucoup à lire sur l'homme qui voulait TOUT comprendre de l'univers... Hawking qui inspire de jolis mots au journaliste du Monde...   : 

Il a quitté le fauteuil roulant où était cloué son corps souffreteux pour rejoindre, peut-être, une dimension de l'espace-temps où son esprit vagabondait avec une absolue liberté...." 

Ainsi le Monde salue celui qui avait vu des radiations sortir des trous noirs...  ET qui symbolisait,  "la victoire de la pensée sur la chair, à l'image de l'éclat d'un visage d'éternel étudiant que n'arrivait pas à flétrir le rictus de lèvres muettes"....    Mais il ne s'agit pas seulement de grâce mais d'humour aussi, Hawking n'en était pas dépourvu...  

Je lis dans le Guardian que invité à la Maison-Blanche par Bill Clinton, il avait moqué son hôte en ironisant sur le scandale Lewinski.  Je lis aussi qu'il faisait des paris avec ses collègues scientifiques... Et il perdait dit le Guardian... Il avait ainsi offert un abonnement à Penthouse à un physicien américain -enjeu du pari, est ce que la source de rayon x cosmiques Cygnus X 1 est un trou noir... Il avait offert une encyclopédie du base-ball à un autre scientifique, John Preskill, quui soutenait contre lui que les trous noirs pouvaient restituer l'information qu'ils avalaient...   

Sacrés enjeux, sacrés rires entre initiés...

Nous racontons Hawking mais la biographie est un piège...  "Je corresponds au stéréotype du génie handicapé. Mais, pour les journalistes, me comparer à Einstein est ridicule. Ils ne comprennent ni le travail d’Einstein, ni le mien. »

Il y a au fil du web, des articles pédagogiques qui nous permettent de comprendre un peu moins mal les théories de cet homme, mais lui-même ne demandait pas l'impossible...  

Il se peut que nous n'atteignions jamais une compréhension complète de l'Univers , avait-il dit un jour. Dans un sens, je m'en réjouis. Une fois la théorie ultime découverte, la science ressemblerait à l'alpinisme après la conquête de l'Everest.  Cela serait ennuyeux d'être Dieu et de n'avoir rien à découvrir.

Nous restons donc dans l'inconnu admiratifs et consolés...   

Et des journaux nous invitent à l'admiration...   

Qui conjure donc la cruauté de l'existence, cette trahison...  et il y a de la cruauté apparente dans Télérama, qui est revenu à Memphis Tenessee, là où il y a cinquante ans, le 4 avril 1968, était assassiné le pasteur Martin Luther king, Memphis bornée de drames et de pauvreté et de discrimination, mais l'espérance vibre encore chez Cleophus Smith, qui a 75 ans, et si beau dans son costume aux fines rayures  et qui menait en 1968 ces éboueurs noirs en grève, qui scandaient, je suis un homme et que King était venu soutenir... Et Smith est toujours éboueur et vit dans un quartier où il ne voit pas un blanc, mais il entend toujours la voix du Pasteur...  

Il est des admirations moins âpres mais touchantes...

Dans la voix du nord, on voit Bernard Declerck  de Verlinghen qui a réalisé un rêve, devenir le biographe de Bernard Pivot en trente ans de patience...  et Pivot est bluffé: « Il y a chez lui une armoire pleine de tout ce que j'ai fait!". Il accompagne son biographe au salon du livre de Paris... Il a aussi écrit le sien, de livre, Pivot, avec sa fille Cécile, ils comparent leurs manières de lire et en parlent dans l'Express,  Pivot n'a commencé qu'à 11 ans, pendant la guerre, un illustré qui s'appelait Fripounet... il s'est rattrapé.   

Admirons donc ou sourions, pour échapper aux cruautés du monde que les journaux nus ramènent... Dans la croix...    La vie de Michel cardon, condamné en 1979  meurtrier dans un cambriolage qui avait mal tourné, et qui est prisonnier à Bapaume, seul, oublié n'ayant jamais connu l'évasion stellaire qui faisait penser Hawking. 

Dans l'Express... les prédations de Tariq Ramadan, qui semblent maintenant une confirmation morbide... Dans le Courrier picard, le procès insoutenable d'une fratrie accusée d'avoir réduit en esclavage un jeune homme qui s'appelait Christophe Rambour avant de le tuer et de le faire disparaître...   Comment se supporter? 

La République du centre raconte un paysage qui semble une métaphore de notre condamnation... A Meung sur Loire dans les terres grasses du Loiret, la terre proteste...  "De loin, on dirait un voile de gel", écrit le journal. A la surface d'un champs remontent inexorablement des sacs en plastiques ou des éclats de verre...  ils ont été enfouis dans la terre il y a des années, quand une usine de traitement vendait aux agriculteurs du compost organique, mais sans faire le tri... et la terre se venge, que Stephen Hawking nous conseillait de quitter, pour sauver l'espèce humaine...    

Une étrange sagesse pour finir...  

Nous trouvons sur Rue89 un homme qui dans l'Ohio a choisi la paix de l'ignorance; il se nomme Erik Hagerman et depuis l'élection de Donald Trump, il n'a plus ouvert un journal, il ne regarde plus les infos, il s'est retiré des réseaux sociaux, et ceux qui l'entourent savent qu'il faut lui épargner l'actualité...   "C'était comme si j'étais un vampire et que le moindre photon de Trump me transformerait en poussière."  C'est le New York Times qui a rencontré Hagerman dans un grand portrait dont Rue 89 se fait l'écho, lisez-le sur le site en Version anglaise, "the man who knew too little", l'homme qui en savait si peu... La lecture rapide de nos journaux, vous le feront comprendre... Ou bien le condamner, cet homme qui prétend échapper à notre malédiction commune... Savoir.

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