Imaginez le scénario... Le plus absurde qui soit... Imaginez qu'on confie les clés de l'ONU à la Libye, par exemple... Eh bien, on en n'est pas loin. Parce que mercredi, c'est en Tunisie que se tiendra le Sommet de l'information... Dans un pays qui, depuis des années, piétine copieusement la liberté d'informer. Ca ressemble à une mauvaise blague, une provocation de la pire espèce... C'est pourtant la réalité... Comme le dit Antoine de Gaudemar dans "Libération" : "Comme bras d'honneur à la liberté de la presse, on ne fait pas mieux"... D'où ce titre, en Une de "Libé" : "Tunisie, le sommet de la désinformation". Alors autant dire que "Libé" est chatouilleux sur la question... Et pour cause... Son envoyé spécial en Tunisie, Christophe Boltanski, a été passé à tabac vendredi dernier. Vous lirez son témoignage.. Notre confrère avait eu le malheur d'écrire des articles sur la liberté d'expression en Tunisie... 4 molosses lui sont tombés dessus... Bombes lacrymogènes dans les yeux, coups de poings et coup de couteau dans le dos.... Histoire de lui signifier tout le bien qu'ils pensaient de ses articles... Histoire surtout de l'encourager à surtout ne pas recommencer... D'ailleurs, il suffit de lire les journaux en Tunisie... Qui manient une langue de bois sans équivalent au Maghreb, la Libye mise à part... Il y a quelques jours encore, on pouvait lire à la Une du quotidien "La Presse" une phrase comme "L'Etat demeure le garant essentiel de l'égalité des chances et des libertés"... A côté, bien sûr, de l'inévitable photo du Président Ben Ali, dont le régime est qualifié par un opposant de "dictature de sous-préfecture". Harcèlement contre les magistrats, les internautes, les journalistes, les opposants... Sur ce point, le pouvoir tunisien n'est pas dérangé par la France... "Libération" explique comment Paris agit en toute discrétion avec la Tunisie... Disons que les autorités françaises ont toujours rechigné à critiquer publiquement le régime de Ben Ali, avec toujours la même méthode... Faire passer des messages discrets... C'est plus efficace, paraît-il, que d'intervenir haut et fort. Et c'est donc en Tunisie que le Sommet de l'information va tranquillement se dérouler... Et selon Robert Ménard, l'agression du reporter de "Libé" est directement liée à cet événement... Le secrétaire général de Reporters sans Frontières s'étonne de la violence de ce passage à tabac... Ce qui montre bien que les autorités tunisiennes sont prêtes à tout pour que le Sommet se passe bien... Robert Ménard qui nous rappelle, dans "Libé", que l'idée absurde de confier les clés de l'ONU à la Libye... Elle a été mise en place, figurez-vous... Oui... Il y a quelques années, c'est effectivement la Libye qui avait été désignée pour la présidence des Droits de l'homme des Nations Unies... Alors autant organiser un sommet sur la sexualité au Vatican, ou sur les libertés en Corée du Nord, pendant que nous y sommes. Une honte, commente Robert Ménard. Oui, avec une photo, à la Une de "France Soir" qui, il y a trois semaines seulement, aurait fait bondir... On y voit un enchevêtrement de carcasses de voitures... Brûlées, empilées... Or, aujourd'hui, on se dit, comme le traduit le titre de "France Soir"... Oui, la routine. Au moment où le Conseil des Ministres doit se pencher sur un projet de loi pour proroger l'état d'urgence, on ne sait plus tout à fait où on en est... Certes, la situation semble plus calme, mais personne ne se risquerait à pronostiquer la fin des troubles, avertit Jacques Guyon dans "La Charente Libre"... Ce n'est pas pour rien, en effet, que Dominique de Villepin a bivouaqué tout le week-end à Matignon. Parce que c'est une période à hauts risques qui s'ouvre, explique le sociologue Gérard Mermet dans "Le Parisien"... Si les politiques ne réagissent pas, on va vers d'autres mouvements de ce type, qui pourraient tourner à la guerre civile... Et quoi qu'il en soit, il y aura des répliques, dont on sait qu'elles sont parfois plus dangereuses que la secousse primaire. Alors dans les mois à venir, poursuit le sociologue, tout événement, même mineur, risque de se transformer en étincelle et de déclencher de nouveaux incendies. Et pourtant : 374 voitures incendiées, et 212 personnes interpellées, dans la nuit de samedi à dimanche... Il y a trois semaines, ces chiffres auraient effrayé, aujourd'hui, ils rassurent, note Serge Faubert dans "France Soir"... Sidérant décalage avec les déclarations rassurantes de la police ou des préfectures... La France s'habitue aux émeutes, ajoute notre confrère. Le dessin que publie "France Soir" est d'ailleurs assez éloquent : on y voit un journaliste tendre son micro au préfet, qui dit : "374 voitures brûlées, 2 policiers blessés... C'est le retour à la normale". Et juste derrière le préfet, on voit un CRS qui fulmine. Parce qu'ils sont à bout de nerfs, les policiers, on le sait... D'où le témoignage de l'un d'entre eux, dans "La Croix"... Epuisé, stressé, énervé... Tout comme les jeunes le trouvent épuisant, stressant, énervant... Tous les ingrédients de l'affrontement. Et il raconte... "C'était le 6 novembre, à Grigny... Nous étions 35, alignés face à 200 jeunes... Soudain, j'ai entendu un tir, j'ai ressenti une douleur dans la jambe... C'étaient des plombs de fusil de chasse... Ce jour-là, face aux jeunes, on s'est vu mourir". Alors, à qui la faute ?... A cette question, on pourrait répondre qu'il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Prenez les rappeurs... On aime ou on n'aime pas... Il n'empêche que depuis 15 ans, ils tirent la sonnette d'alarme dans leurs chansons... Et je ne sais pas si vous avez remarqué, mais au départ on était dans la simple mise en garde... Or, le ton s'est durci au cours des années... Ce qui, évidemment, n'est pas un hasard... On le comprend maintenant... On aurait pu le comprendre avant. En tout cas, on en prend conscience en lisant le témoignage de 10 rappeurs, recueilli par "Libération", selon un schéma assez efficace... Quelques paroles de chansons, et une explication de texte de l'artiste... Avec Disiz la Peste, par exemple... Dans "Un jeune de banlieue", il chante : "J'étais un jeune de banlieue, maintenant je vends des disques... Tous ceux qui me parlent avec condescendance... On n'a pas le même sens... Ni de l'humour, ni de l'amour... Et pour la France, peu importe ce que je ferai... A jamais, dans sa conscience, je ne serai qu'un jeune de banlieue". Précision intéressante : Disiz, il l'a écrite, cette chanson, après avoir rencontré un comédien célèbre lors d'une émission sur LCI. Alors, la star l'a joué ouverte, compréhensive... Elle lui a parlé de la banlieue, en lui disant "Je la connais", et il lui a récité "L'école des femmes" en verlan... Bon, jusque-là, pas de problème, au contraire... Jusqu'au moment où la star lui a demandé ses origines... Alors quand je lui ai dit que mon père était Sénégalais... La vedette de cinéma m'a demandé si je parlais antillais. On comprend mieux alors le sens des dernières paroles de la chanson de Disiz : "A jamais dans sa conscience, je ne serai qu'un jeune de banlieue". Alors à qui la faute ?... "Marianne" nous répond cette semaine, avec ce titre en Une : "Embrasement des cités : les vrais responsables"... Mais je ne m'étends pas, car Jean-François Kahn est avec nous, sur France Inter, ce matin... Dans 5 minutes, il aura tout loisir de développer ses thèses. On va quand même garder "Marianne" une minute, pour un dossier intitulé : "C'est faux !"... Ou "la longue liste des mensonges dont on nous accable". Partant de ce constat que tout conflit, désormais, doit opposer anges et démons, il n'y a plus de place pour la complexité, "Marianne" nous explique qu'il n'y a jamais eu de massacre à Jénine, en Cisjordanie, en avril 2002... Vous vous souvenez en effet que les rumeurs avaient accrédité l'idée d'un quasi-génocide perpétré par les Israéliens... Sur l'Irak, il s'avère que la dictature sanguinaire de Saddam Hussein a quand même fait moins de victimes que n'en a fait la guerre déclenchée par les Américains... En France, "Marianne" nous dit que les fonctionnaires ne sont pas du tout des privilégiés, surtout en termes de salaires... Que les coûts salariaux, argument classique des patrons pour ne pas embaucher, ne sont pas plus élevés en France qu'ailleurs... La France ne serait d'ailleurs qu'au 17ème rang en la matière... Que de la même façon, la fiscalité française sur les entreprises est moins pesante que celle des Etats-Unis, du Royaume-Uni ou des Pays-Bas... Et que les surgelés valent bien mieux que les produits frais... Ca n'a rien à voir, mais c'est important quand même. Celui du quotidien économique "La Tribune"... 20 ans... Bon anniversaire, François-Xavier Pietri... Directeur de la rédaction... Vous ne sortez pas un numéro spécial, mais, en quelque sorte, plusieurs numéros spéciaux pour ces vingt ans... Il y a deux quotidiens nationaux économiques dans la presse française... "Les Echos" et vous... Comment vous définiriez votre ligne éditoriale, en quelques mots... * Suite des pages spéciales demain... Donc, à demain... Et bonne journée... Bonne journée à tous !

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.