(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : François Hollande et les tournants

C'est la énième couverture d'hebdomadaire donnant dans le « Hollande bashing ». A la Une du Nouvel Observateur cette semaine, « Les croisés anti-Hollande ». Ils sont vêtus d'armures et de cottes de maille, de Monseigneur XXIII à Jean-Luc Mélenchon en passant par Jean François Copé.

Mais ce matin, cette Une est un peu décalée. Pour la première fois depuis longtemps, la presse adresse plutôt des compliments au président de la République après sa conférence de presse hier. Le premier tournant, c'est donc celui des commentateurs.

"Il a franchi l'épreuve avec une sérénité qui contraste avec son niveau dans les enquêtes d'opinion, écrit Michel Urvoy dans Ouest France (…) Que l'on soit d'accord ou non avec sa politique, il a su donner une cohérence à une addition plus ou moins désordonnée de promesses et de décisions. Il a rompu avec l'impression de flottement"

« C'est fait ! poursuit Jacques Camus dans La République du Centre . François Hollande s'est officiellement débarrassé hier de la tunique du président normal pour endosser l'habit du président responsable. »

Président "installé" pourrait-on dire, à la lecture des grands titres.

« Hollande sort le grand Je », pour Libération

« Hollande droit dans sa méthode » pour La Charente Libre

« Droit dans ses bottes » pour La Voix du Nord

« Il assume ses choix » pour Le Courrier Picard

Ses choix qui tournent autour du triptyque par lequel il résume ses six premiers mois à l'Elysée : réorientation de l'Europe vers la croissance, désendettement et redressement productif.

"Il dément tout virage" pour Vaucluse matin .

Nous y voilà : y-a-t-il eu ces dernières semaines un tournant dans la politique du gouvernement avec l'adoption des mesures ou la hausse annoncée de la TVA ?

« Non » répond le président. Au fond résume Mediapart , « il revendique de conduire à son rythme et en cohérence une politique pleinement social-démocrate. »

Tout de même pour Philippe Waucampt, dans Le Républicain lorrain , avec la conférence d'hier, « une gauche droguée à la dépense publique assume l'inévitable tournant de la rigueur, et se convertit à la politique de l'offre. »

« Et tant pis, ajoute Libération si cette politique de l'offre n'a jamais été le mets préféré de la gauche française. Hier c'était un peu comme si le chef de l'Etat s'adressait plus à la droite qu'au cœur de son électorat. »

D'ailleurs, Patrick Appel-Muller tique dans L'Humanité : « L'électorat de gauche, dont l'adhésion s'effrite d'après les derniers sondages, risque de ne pas trouver dans ce plaidoyer pro-domo la réassurance que sa voix sera respectée. »

Oui « l'opération est réussie sur le plan médiatique admet Hervé Cannet dans La Nouvelle République du Centre Ouest . Reste à savoir si l’opinion publique sera sensible à ce président là. »

Un président qui « n'aime pas l'austérité sans fin mais s'y résigne » pour Pascal Riché sur Rue89

« Il admet la nécessité de réformer l'Etat » constatent Les Echos à la Une. Le président met en cause le poids de la dépense publique, il défend la baisse du coût du travail, priorité à la lutte contre le chômage.

Alors social démocrate ou social libéral, François Hollande? Option numéro 2 pour Guillaume Tabard dans Les Echos . « Bercy à (enfin ?) un patron et son bureau est à l'Elysée (…) Dans les mots tout était fait pour afficher sa volonté prioritaire d'orthodoxie budgétaire et son désir de répondre aux attentes des acteurs économiques. »

Libération regrette des non dits : « Il n'a pas livré sa vision de l'avenir de l'Europe pour Vincent Giret. Et il a enterré d'un ton laconique la promesse sur le droit de vote des étrangers. »

Alors ce Hollande qui a plutôt séduit la presse a-t-il plu jusqu'au Figaro ?

Encore raté ! « Hollande, le tournant c'est pas maintenant », titre le journal. L'édito de Paul-Henri du Limbert s'appelle « Le zig et le zag ».

C'est vrai, « Entre le candidat Hollande et le président Hollande, il n’y a pas l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette. Ce que le candidat a promis, le président le réalise. Raisonnement limpide, mais il pêche tout de même sur un point : si le président est fidèle au candidat pourquoi a-t-il perdu 20 points de popularité en 200 jours. »

« Le vrai problème, conclut Jean Levallois dans La Presse de la Manche , c'est l'emploi. Il faudra encore d'autres conférences de presse présidentielles. »

Quoi d'autre dans la presse ?

« Face à l'austérité, les efforts des Européens ». Dossier de Une de La Croix en ce jour de grève et de manifestations sur tout le continent. « Branle bas de combat pour changer de cap » titre L'Humanité , qui consacre également un dossier à cette Europe sous l'austérité.

Et le sort de la Grèce préoccupe toujours : « L'explosion de la dette grecque échappe au contrôle de l'Europe », titrent Les Echos .

Le tour de passe-passe de L'Express . A la Une cette semaine, "Le vrai coût de l'immigration". Cela sonne comme un dossier à charge, sur le thème "les immigrés nous coûtent cher". En pages intérieures, c'est exactement l'inverse... Les politiques n'ont pas le monopole des artifices de communication...

L'appel des Inrockuptibles pour l'égalité des droits entre homos et hétéro. Même droit de se marier, de concevoir, d'adopter et d'élever des enfants. L'appel peut être signé sur le site Internet. Les Inrocks revendiquent déjà 5000 signatures en 24 heures dont celles d'une pléiade de vedettes

« Passons-nous à côté d'un Trésor ? » Question en manchette du Parisien Aujourd'hui en France , à propos du gaz de schiste.

Pour finir : sur Rue8 9, une histoire très française

Mais pourquoi diable les cafetières disparaissent-elles à la Poste ?

Nolwenn le Blevennec a enquête. Le mystère des cafetières disparues se déroule à Paris.

Centre du Xème arrondissement, espace tri du courrier : plus de cafetière. Une postière confirme en chuchotant : « c'est truffé de caméras ici ».

Centre du Vème arrondissement, cabine des lettres recommandées, cafetière envolée du jour au lendemain.

VIIème arrondissement : une bouilloire manque à l'appel.

Le phénomène s'étend depuis l'été

Explication officielle de la Poste : sécurité. Risque d'incendie, allez aux machines automatiques.

Est-ce la vraie raison ? Y-a-t-il des économies dans l'air, une envie de remettre au travail des agents qui passaient un peu trop de temps à discuter autour d'une tasse d'arabica faite maison ?

« Et pendant ce temps on ne s'occupe pas des CDD » râle un syndicaliste. Et pendant ce temps, dans les bureaux des cadres du 5ème arrondissement, le risque d’incendie ne semble pas exister puisque la cafetière est toujours là.

Les agents pestent contre la disparition de ces petits moments collectifs de convivialité. Négociation en cours, la direction réfléchit à retour sous condition des cafetières. On pourrait demander un rapport à Louis Gallois. Il faudrait parler aussi de l'interdiction de faire des pots de départs avec alcool ou des espaces fumeurs qui se raréfient.

Pour recréer du lien, la direction organise des séances de massage et des petits déjeuners événements. Mais qui prépare le café pour ces petits déjeuners ?

A demain

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