(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : instantanés d'époque

Et d'abord l'histoire d'un petit garçon de 3 ans qui n'est, littéralement, le fils de personne. Une colonne signées Philippe Ridet, le correspondant du Monde en Italie. Tout commence en Lombardie. Un couple hétérosexuel ne peut pas avoir d'enfant mais en veut absolument. Ils n'obtiennent pas l'adoption. Alors ils optent pour la GPA, une mère porteuse. Et ils se rendent pour le faire, en Ukraine, où la gestation pour autrui est autorisée. 30.000 Euros. Ni l'homme ni la femme venus d'Italie ne fournissent de gamètes. Mais elle fait semblant d'être enceinte pour son entourage - un coussin sur le ventre. A la naissance, la mère porteuse refuse de reconnaitre le bébé, un faux certificat de naissance est rédigé.

Mais l'affaire se complique lorsqu'il faut déclarer le bébé (que la presse transalpine a baptisé Tommaso) à l'état civil en Italie. Pourquoi la mère est-elle allée accoucher à Kiev ? Comment a-t-elle pu prendre l'avion enceinte de neuf mois ? Expertise ADN, pot aux roses découvert, procès jusqu'à la cour de cassation. La décision tombe.

Le couple a enfreint la loi italienne qui interdit formellement la GPA quel que soit le pays où elle est pratiquée. Et le dossier s'alourdit d'une fausse déclaration à l'Etat civil.

Alors que devient le petit Tommaso ? La mère biologique n'a pas reconnu l'enfant, le père biologique est inconnu et le coupe de Lombardie est en infraction avec la loi, on ne l’autorise donc pas à adopter Tommaso. Il doit être adopté par une autre famille. En attendant, il n’est aujourd'hui le fils de personne.Tommaso est né à Kiev. S'il retournait dans son pays d'origine, il y verrait un climat de guerre. « L'Otan redoute une invasion russe en Ukraine », titre Le Figaro . Dans l'Est du pays, que se disputent séparatistes pro-russes et loyalistes, la guerre ne s'est en fait jamais vraiment arrêtée, malgré l'accord de cessez-le feu du 5 septembre dernier. Reportage de Paul Gogo dans Libération . Image d'une centaine de personnes qui vivent dans la cave d'un ancien centre culturel. Autrefois on y stockait des décors de théâtre, désormais, les lits sont alignés.

Commerces fermés dans le centre-ville. Supermarchés ouverts, mais l'argent manque. Il faut une heure de queue dans certaines villes de l'Est pour retirer des billets au distributeur.

L’offensive séparatiste est imminente, à en croire les réseaux sociaux, repris par le correspondant du Figaro à Moscou. Moscou qui cherche à impressionner plus que jamais. Un général américain, là aussi repris par Le Figaro , affirme que des régiments chargés de mettre en œuvre l'arme nucléaire font route vers la Crimée. Info ou intox, en tout cas, cela décrit un climat

Sur Rue89 , la dernière acquisition d'Amazon

Le géant américain de l'édition et de la librairie en ligne… Imaginez qu'une seule chaine de vendeurs de livres dans nos villes ait le droit d'utiliser le mot librairie ? Les autres pourraient le faire mais en payant des droits à cette chaine, le mot lui appartiendrait. Et bien c'est un peu ce qui se passe sur Internet. Vous le savez, les adresses Internet ne sont plus seulement en .fr ou .com. Les noms de domaine sont désormais plus larges. Et ils sont mis aux enchères. Amazon vient d'acquérir le nom de domaine .book. Coût de l'opération assez flou pour l'instant. 5 à 10 millions de dollars selon les spécialistes repris par Pierre Haski sur Rue89 . Qui décide l'attribution des noms de domaine, c'est l'Icann, instance américaine. A-t-elle mesuré la portée symbolique et économique de cette affaire ? L'Icann avait par exemple refusé à la même compagnie Amazon, un nom de domaine qui serait .amazon, estimant que cela risquait de porter préjudice au Brésil, sa forêt et son fleuve amazonien. « L’Icann n'a pas eu les mêmes états d'âme vis à vis du secteur de l'édition et de la librairie », commente Pierre Haski.

Une nouvelle semaine difficile s'achève pour le gouvernement

Affaire de la mort de Rémi Fraisse, affaire Jouyet-Fillon et maintenant : « Fin des hausses d'impôt, le doute s'installe », titre Les Echos . « La promesse de Hollande déjà démentie », ajoute Le Figaro . Avant de revenir sur ses propos, le secrétaire d'Etat au budget a refusé hier matin de garantir la promesse présidentielle. Argument : « on ne peut pas graver dans le marbre une situation qui dépend d'un contexte international que nous ne maitrisons pas. »

Dans les deux précédentes affaires, déjà, l'argument par défaut de maitrise avait été avancé. Bernard Cazeneuve, hier sur France Inter, affirmant qu'on ne lui avait pas transmis les PV des gendarmes à Sivens. Et la « maladresse » de Jean-Pierre Jouyet. « L'absence de maitrise, fragile ligne de défense », comment Elsa Freyssinet dans Les Echos . Un ministre est quasiment d'accord avec elle : « On donne le sentiment d'un amateurisme qui n'est plus possible en période de crise. »

Et à droite ? A droite c'est une « surenchère à l'UMP contre l'immigration », titre Libération . Illustration avec l'interview de François Fillon au Figaro Magazine . Il présente son programme en la matière : sévérité accrue à tous les étages, un quota annuel voté au parlement, durcissement des conditions du regroupement familial, de la distribution d'aides sociales, fin de l'aide médicale d'Etat remplacée par une dispense de frais de santé plus limité et renvoi systématique des demandeurs d'asile déboutés. Pour justifier ces mesures, en préambule, l'ancien premier ministre fait un lien entre immigration et incivilité si ce n'est insécurité. Il évoque une rencontre avec des femmes de Sarelles qui disent leur ras le bol d'être bousculées au supermarché.

Et pour finir : un tigre, un blaireau et une taupe

  • Il y a des questions qu'on ne se pose pas assez souvent. Par exemple que faut-il faire si, en Seine et Marne on se retrouve face à un tigre ? Un dresseur de fauves répond dans Le Parisien-Aujourd’hui en France . Surtout, ne pas s'enfuir en courant, il vous prendrait pour une proie. En revanche, crier peut encourager la fuite de l'animal selon ce dresseur.

Interview alors qu'on est toujours sans nouvelle du tigre qui se promène en liberté du côté de Montévrain et Chessy. Récit de la traque menée par les nouvelles brigades du tigre toute la journée d'hier. Apparemment l'animal aime le sport. On soupçonne son passage du côté des courts de tennis, du terrain de foot, on a trouvé ses empreintes sur le boulodrome. Pas de nouvelle de lui au club de Scrabble. Très sérieusement, 200 agents ont pris part à la chasse, qui va recommencer ce matin.

  • Le blaireau c'était le surnom de Bernard Hinault. Il y a des chiffres ronds qui disent que le temps a passé. Bernard Hinault fête aujourd'hui ses 60 ans. Deux pages d'hommage dans L'Equipe et la fête ce soir à Saint Grégoire près de Rennes. L'un des plus coriaces adversaires du blaireau, Zoetemelk, est attendu.

  • Et la taupe, c'est un homme qui a vécu les dernières années de sa vie terré dans un village des Pyrénées. Pas taupe au sens espion, donc, non c'était un mathématicien, et même « le plus grand du XXème siècle », selon lemonde.fr , « un génie », dixit libération.fr .

Il s'appelait Alexandre Grothendieck, il vient de mourir à 86 ans et sa vie est assez incroyable. Apatride, père mort à Auschwitz. Alors qu'il a vécu l'essentiel de sa vie en France, il a refusé la nationalité par crainte du service militaire. Anti-militariste, pacifiste et écologiste radical également.

C'était surtout un génie des maths, repéré par un duo de savants alors qu'il était à la fac de Montpellier. Ils lui soumettent 14 problèmes qu'ils n'arrivent pas résoudre en lui demandant d'en choisir un. Il revient quelques mois après, avec les 14 réponses.

Alexandre Grothendieck a exercé ses talents à l'Institut des hautes études scientifiques de Bure sur Yvette, influençant des générations et des générations de matheux.

Et l'équation qu'on n'a jamais résolu, c'est la sienne. Refusant les prix qui lui étaient décernés, il a fini sa vie fâché avec à peu près tout le monde. Même avec son voisin du village de l'Ariège dont il refusait de donner le nom pour qu'on ne le retrouve pas. Œuvre monumentale visant à rapprocher l'algèbre et la géométrie. Des milliers de pages dont il a demandé la destruction. Ses enfants vont enfin pénétrer dans sa maison de l'Ariège. Peut-être y reste-t-il quelques brouillons...

Bon week-end !

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