Clara, infirmière et sans domicile, vit dans une chambre de garde à la Pitié-Salpêtrière, Libération. La précarité des étudiants de Montpellier, Midi Libre. Le courage d’un Iranien devant la Manche hostile, le Parisien. Des bijoux faits d’un vieux sou, Sud-Ouest.

On parle de Raymond Poulidor...

Et on lit ce matin une belle peine de France et les deuils qui se transmettent, nous pleurons Poulidor qui il y a 70 ans pleurait un autre géant, un boxeur, qu'il imitait me dit l'Humanité, en frappant dans un sac de farine, dans la grange, les mains en sang protégées de chiffon... "Quand Marcel Cerdan est mort en 1949, on a pleuré pendant huit jours", avait confié Poulidor à l'Equipe, dans une interview que le quotidien du sport publie à nouveau ce matin, quel vieillard aurait fait Cerdan se demandait Poulidor déjà vieux... Cerdan mort, il choisit le vélo et manqua d'en mourir presqu'aussitôt, se souvient la montagne. Le 2 juillet 1956 Poulidor a 20 ans et dispute la course de première catégorie de Mérinchal, qui escalade quarante fois la côte du couvent, et à l'arrivée, avec un dénommé Wazlik, Poulidor dispute le sprint rue de la source du Cher devant l'atelier du marchand de machines agricoles quand il perd la pédale gauche de son vélo, et fonce vers les dents acérées d'un râteau faneur, mais il est sauvé d'une mort atroce par le marchand de vins Robert Tailhardat qui se trouve sur sa route et qui le freine, KO...

Et à Robert près, nous n'aurions rien su de Poulidor de la Creuse puis de Haute Vienne, qui aurait pu mourir déjà à 5 ans tombé d'un cerisier et béni par le prêtre, mais ressuscité de pain grillé de beurre et de sucre, encore dans l'Equipe. Vous lirez ce matin les hauts faits du champion mais vous lirez surtout la france de Poulidor, qui de son vivant déjà nous rendait nostalgique dit Sud Ouest, la France des campagnes et de la petite reine, la France des critériums où les cyclistes gagnaient leur vie passé le Tourd e France,  et posaient pour des des photos qu'on n'appelait pas selfie dit le Berry républicain...

C'est un monde perdu de vue que Poulidor n'avait jamais délaissé, vous devez lire ce matin, dans un journal que l'on dit élitiste, Libération qui raconte comment Poulidor dans ses Mercedes increvables s'en allait près de sa France, "invité dans des foires au vin, des vide-greniers et des inaugurations d'hypermarchés, au repas des bénévoles du Secours populaire, à des expositions de vieux maillots cyclistes qui retracent entre les mailles la fierté d'une région"...  Poulidor enfilait une petite laine s'il faisait froid et sauçait  son civet de bécasse avec un énorme quignon, lui qui avait grandi  "aux écuelles de châtaignes et soupe gonflée d'un gros pain noir cuit une fois par mois".

Il avait la réputation d'être pingre, il aurait gagné plus de courses s'il avait accepté de payer ses adversaires, il savait ce que valent les sous, comme son premier directeur sportif Antonin Magne qu'il surnommait semelle de plomb pour ses chaussures inusables, Magne qui était aussi radiesthésiste et qui passant un pendule sur les jambes de Raymond avait vu que juillet le mois du Tour était son mois néfaste, c'est dans l'equipe encore où Poulidor se défendant d'être pingre racontait qu'une année, il avait salarié lui-même deux de ses équipiers...

Lire Poulidor, c'est porter témoignage d'un monde; une paysannerie solidaire  et solide qui allait à l'église et qui votait rouge. C'est dans Miroir Sprint, journal sportif lancé par le PC à la libération, qu'il lisait enfant les aventures de Marcel Cerdan et c'est un journaliste de l'humanité qui avait trouvé son surnom de Poupou, Emile Besson, qui avait écrit pour la première fois « Vas-y Poupou » dans l'Echo du centre, un journal communiste qui vient de disparaitre, quelques jours avant Raymond, là aussi il a fait deuxième...

On parle de pauvreté ce matin...

Et c'est une autre manière de suivre Poulidor. Dans la colère qui saisit les hôpitaux se révèle l'histoire de Clara, dans Libération, qui a 30 ans et est infirmière à la Pitié-Salpêtrière à paris et qui est sans domicile... Clara ne gagne pas assez, 1760 euros brut par mois, pour louer dans le privé, elle vit dans une chambre de garde, 9 mètres carrés qui servent normalement au repos du personnel de nuit, elle prépare un concours et rêve de partir aux Etats-Unis où une bonne infiormière gagne 40.000 dollars par an, 36000 euros... Elle est immensément modeste, et ambitieuse à la fois.

Et la misère alors se révèle dans la presse une déclinaison du courage. Je lis dans la Midi Libre la précarité de ces étudiants à Montpellier qui s'accrochent au « solidabus » du Secours populaire où l'on donne des places de cinéma à 1 euros à Léa qui étudie le cinoche sans pouvoir se le payer, et qui marche à pied, dans des rues où elle voit flou sans doute car le seules lunettes qu'elle a pu s’acheter sont si moches qu'elle ne les met pas.

Le président Macron redoute, dit le Monde, une « coagulation sociale », entre les étudiants, la réforme des retraites que Jean-Paul Delevoye discute dans la Voix du Nord, et l'anniversaire des gilets jaunes, que les Echos commémorent en allant raconter à Soissons la déprimée le malaise persistant de la « France discount », celle qui fait ses courses  en comptant tout, selon les promotions, et pour qui rien ne change semble-t-il... La « prime Macron » au moins a permis à Ophélie, avec ses 200 euros de changer le pneu de sa voiture qui avait crevé...

A Lille, au nom de leur précarité, des étudiants ont empêché une conférence de François Hollande à la fac de droit, au passage me dit la Voix du Nord, ils ont détruit ou volé des livres de l'ancien Président,  et deux librairies indépendantes, qui comptaient soulager leur trésorerie, ont perdu des milliers d'euros, et sont menacées, des étudiants lis-je vont monter une cagnotte, ils ne sont pas méchants ces petits...

Et des ambitions pour finir...

Qui nous font nous dresser du plus loin du désespoir, l'ambition folle de Hassan, un migrant iranien que le Parisien raconte, qui veut traverser la Manche, qui est monté dimanche en combinaison de surf pour pagayer dans un radeau de plastique qui a fait naufrage. Recueilli après sept heures passée dans l'eau , ayant dormi deux jour à l’hôpital, il veut retenter sa chance. Il y a dans son humanité le même instinct que celui d'un animal promis au pire, un petit veau que je lis dans Sud-Ouest, qui s'est échappé d'un abattoir dans les Landes et qui a couru dix-sept heurs avant d'être ramené à son destin.

Dans le même Sud-Ouest, nos bonheurs innocents continuent, et dans les Landes encore on m'invite au succès de Kilian Croguennec qui a conçu et fabrique avec succès des bijoux composés d'un ruban, d'un cordon et d'une pièce trouée, un sou, cette pièce de 5 centimes de jadis qui n’a plus court depuis 1939 et qu'il achète au kilo. Un bijou à un sou, Poulidor eut aimé. 

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