Patrick Cohen : A la Une ce matin, où sont les femmes ? Bruno Duvic : Partout... et d'abord, dans Le Nouvel-Obervateur, une femme qui va certainement faire polémique dans les jours à venir... C'est la deuxième femme de Lies Hebbadj, le polygame le plus célèbre de France, la conductrice au niqab. Elle se fait appeler Jamila, mais son vrai nom, c'est Sandrine Moulères. Elle publie aujourd'hui un livre qui est un plaidoyer pour la polygamie, et à cette occasion, elle a reçu chez elle, Sophie des Déserts. Sandrine-Jamila, au premier abord, ce n'est qu'un beau regard brun ourlé de khôl échappé de son voile noir. Puis, dans son salon, elle retire le niqab, apparaît alors une jeune femme de 32 ans, tein de rose, gentil sourire. On dirait une nonne écrit Sophie des Déserts, avec cette liesse confondante de celles qui ne vivent que par dieu. La nonne au niqab, mère de quatre des quinze enfants de Lies Hebbadj, raconte son histoire, à sa manière : la rencontre avec l'islam d'une adolescente catho, travaillée par dieu, et choquée par l'infidélité des hommes. C'est une fille de divorcés, comme elle, convertie jusqu'à porter le voile intégral, qui lui fait découvrir cette religion... elle s'appelle Miriana, et son mari Lies Hebbadj. Un jour, Miriana lui demande : "Voudrais-tu être la deuxième compagne de mon mari ?"... "Je pensais qu'elle plaisantait"... Puis, elle réfléchit... "J'aimais cette idée de transparence et de loyauté". Alors, elle dit "Oui". L'épouse officielle devient comme une sœur, elles partagent tout. Au fil des ans, apparaît une troisième compagne. Aujourd'hui, chacune a sa maison, son budget, et ses jours fixés à l'avance avec le chef de famille. Les quatorze enfants dans la même école, voguent d'un foyer à l'autre, auprès des compagnes qu''ils appellent "tata". A l'entendre, la vie en polygamie, c'est "la petite maison dans la prairie" : toujours quelqu'un pour garder vos enfants, les avantages des femmes mariées et des célibataires. L'argumentaire est si bien déroulé, écrit la journaliste du Nouvel-Observateur, qu'on n'ose à peine lui demander si ce n'est pas parfois humiliant ? Réponse : "Ce qui est humiliant, c'est d'être soumise sans cesse au règne de l'apparence. La notion de profiter de l'existence change lorsqu'on sait que le Tout-puissant vous regarde". Trois femmes, qui dit mieux ? Quatre... dans Paris-Match, dans la série "exaltés de dieu et mariages multiples", l'histoire d'un mormon américain et son carré d'épouses. C'est devenu un documentaire à la télé. Patrick Cohen : Et à la Une de Match justement, François Fillon et son épouse... Bruno Duvic : Une seule épouse : Pénolope, la Galloise... Grand portrait dans Match. Là, c'est le modèle traditionnel d'une femme discrète mais de caractère et d'un couple qui file le parfait amour entre la campagne de la Sarthe et les cabinets ministériels. Dans Match, on a même droit à une vieille photo de 2002, façon Kennedy, avec le bambin qui fait du 4 pattes sous le bureau de son ministre de papa et la maman émerveillée, un peu à l'écart sur la photo... On constate donc que le très sage François Fillon donne un peu dans le people, ce n'est sans doute pas anodin à quelques semaines de son départ probable de Matignon et d'une nouvelle vie politique. Femmes et politique... Interview de Christine Lagarde dans les colonnes du Monde, à l'occasion du Forum des femmes à Deauville. Les femmes ont un style de prise de position et de direction plus participatif, plus inclusif, plus respectueux, plus lent parfois. Cela vaut pour la politique et aussi l'économie. Pensez-vous que si Lehman-Brothers avait été Lehman-Sisters, on n’en serait pas là aujourd'hui, lui demande Le Monde... "J'en suis convaincue" répond Madame Lagarde. "Le levier libidinal et le niveau de testostérone actionnent souvent un certain nombre des opérateurs de salles de marché". Elle se dit favorable à la discrimination positive pour les femmes, et notamment aux quotas dans les conseils d'administration. Réforme qui sera bientôt soumise au Sénat. Patrick Cohen : Politique-économie : qui sont les 25 femmes les plus puissantes de France ? Bruno Duvic : Le classement est dans Challenges cette semaine. Sur le podium : Christine Lagarde, encore elle... suivie d'Anne Lauvergeon et Laurence Parizot. Dixit Challenges : le quota de 40% de femmes dans les conseils d'administration rallie de plus en plus de décideuses, même celles qui y étaient opposées au départ. Elles pensaient que les brèches ouvertes par les pionnières dans le monde des affaires et de la politique auraient un effet d'entraînement. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. Des femmes puissantes, des femmes pauvres.. Dans Pèlerin-Magazine, dossier sur la pauvreté et portrait d'une figure-type de l'ultra moderne galère : la femme qui élève seule ses enfants. Elle s'appelle Marylin, deux bambins, bientôt trois, à la maison. Pas de travail depuis presque deux ans. Elle vit des allocations et compte chaque euro dépensé. 700€ pour faire bouillir la marmite une fois le loyer payé. Alors merci le Secours Catholique, les Restos du Coeur et le Système D. Un exemple parmi d'autres : Marylin achète tous ses aliments proches de la date de péremption car alors, ils sont soldés et elle les congèle, même le pain. Il y a cinq ans, elle a demandé elle-même à être placée sous curatelle. Une dette de 15.000€ qu'elle n'arrivait pas à éponger. "J'ai eu peur de me retrouver à la rue avec mes enfants". Patrick Cohen : Femmes en politiques ou femmes en galère : qui pour les défendre aujourd'hui ? Bruno Duvic : Qui sont les nouvelles féministes ? Retour aux colonnes du Monde qui consacre une page entière à la nouvelle vague féministe. Elle est représentée par une kyrielle de petites associations, journaux ou sites internet. Ce sont souvent des jeunes femmes décomplexées par rapport aux féministes des années 70. Elles en reprennent le côté libertaire et militant, mais ne veulent pas être vues comme des victimes. Alors, elles misent sur l'humour, comme les filles du collectif "La barbe" qui s'invite dans des lieux de pouvoir avec des fausses barbes au menton. Humour et culot, cela rappelle le geste des ces féministes en 1970 : elles avaient déposé des fleurs sous l'Arc-de-Triomphe à la mémoire de la femme du soldat inconnu. Patrick Cohen : Bruno Duvic : Quoi d'autres à la Une de la presse, Bruno ? Les retraites, dont on a beaucoup parlé hier, et les mineurs chiliens... Pour les retraites, la question clé, avant la manif de samedi, est à la Une du Progrès de Lyon. "Explosion sociale ou feu de paille ?". Pour Le Figaro, "Le mouvement s'essouffle". Pour L'Humanité ou Libération, c'est "Une force tranquille" ou "Une onde de choc". Quant aux mineurs chiliens, à la Une de beaucoup de journaux, le titre le plus réussi est peut-être celui de Métro : "La remontée fantastique". Patrick Cohen : Et une dernière collection de robes pour finir... Bruno Duvic : Oui, mais il y a des hommes sous ces robes... Dans Le Nouvel-Observateur, long papier sur les avocats médiatiques, nouvelles figures du pouvoir. On y apprend qu'ils se détestent cordialement entre eux. C'est l'occasion de quelques bons mots. Je vous en cite deux : "Maître Spiner, à propos de Maître Metzner : il se prend pour moi". Toujours à propos d'Olivier Metzner, avocat notamment de Bertrand Cantat au procès de Vilnius, cette méchanceté de son confrère Dupond-Moretti : "Il n'est bon que quand il plaide en Lituanien". Ce papier très amusant a un côté concours de virilité sous les robes. A voir ces messieurs gonflés de leur importance au milieu de toutes ces femmes dans l'actualité, on songe à une autre robe... rouge celle-ci... celle du procureur Pierre Desproges sur France Inter. Devant une accusée très jolie du tribunal des Flagrants délires, il avait eu cette saillie : "Madame, si ma robe était de bronze, vous entendriez sonner le tocsin".

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