Je ne sais pas s'il y a un chef du calendrier dans les rédactions françaises. Mais en cette fin 2009, si une alarme sonne dans son bureau à chaque anniversaire, il va terminer l'année à moitié sourd. Anniversaire de l'entrée en guerre, en 1939... Anniversaire du Mur de Berlin... Anniversaire de la Chine de Mao bientôt... Et puis, on le sentait venir gros comme le cigare d'un trader : anniversaire de la crise... La crise, un an après : perspectives, sondages, analyses... Impossible d'y couper ce matin. Mais c'est peut-être en dehors de ces dossiers-bilans que se trouvent les informations les plus intéressantes. Le Figaro, page 23... Une histoire nous dit que les mécanismes qui ont entraîné la crise provoquent encore des dégâts. A Londres d'abord : "quatre patrons-voyous font scandale". En 2001, ils avaient acheté la marque automobile Rover, au bord de la faillite. Rapidement, ils se mettent d'accord pour rémunérer convenablement leurs propres efforts. Ils vont donc s'attribuer 42 millions d'euros de revenus les années suivantes. Ils avaient acheté Rover pour 10 £ symboliques. Ils l'ont abandonnée avec un milliard de dettes. 6500 emplois ont été supprimés. Libération, page 10... Direction la Norvège, pays modèle. 3% de chômage. Retour de la croissance prévu dès l'an prochain. La Norvège a la chance d'avoir un pactole pétrolier pour voir venir. Une règle intelligente interdit même de puiser trop largement dans ce pactole, pour ne pas hypothéquer l'avenir. Eh bien, perdu : élections législatives en Norvège aujourd'hui. L'extrême-droite va sûrement marquer des points. Son discours sur le thème "il faut dépenser l'argent, et vite" recueille un écho de plus en plus grand. Alors voilà... Happy Birthday la crise... Remember... Caroline Talbot a ressorti son carnet de notes, dans Libération. Nous sommes dans la nuit de dimanche à lundi, il y a un an. Siège de la banque Lehman Brothers, 7ème Avenue à New York. 2 heures du matin. La vue est imprenable sur le fleuve Hudson. Un avocat d'affaires, conseiller de la banque, se souvient. Un petit clic de souris sur l'ordinateur, un e-mail envoyé, et la banqueroute était déclarée au monde entier : plus grosse banqueroute jamais connue à Wall Street. Les chiffres n'ont même plus de sens à ce niveau-là : le passif était de 613 milliards de dollars. Les autres banques dévissent dans la foulée : -19% pour l'action Goldman Sachs à Wall Street, -15 pour Citigroup... La société Lehman Brothers, créée en 1850 par l'immigré allemand Henry Lehman dans un coin perdu de l'Alabama, n'est plus. Rideau. Et en un an, qu'est-ce qui a changé ? Rien du tout. Peanuts. Cacahuètes... Là, c'est Le Parisien-Aujourd'hui qui se souvient. Dix jours après le début de la débâcle, 25 septembre 2008, Nicolas Sarkozy : discours de Toulon... "Quoi qu'il arrive, l'Etat garantira la sécurité et la continuité du système bancaire et financier français". Les banquiers parviendront à obtenir 20 milliards d'euros de l'Etat. En contrepartie de quoi ? C'est là que le bât blesse, écrit Le Parisien.. Elles seront parvenues à avoir le beurre et l'argent du beurre. Parole d'expert dans La Tribune... Hervé Juvin, président d'Eurogroup Institute... "Le résultat de la faillite bancaire, c'est le renforcement inouï du pouvoir des banques. Pour leur système bancaire, les Etats se sont endettés. C'est avec une unanimité et une rapidité étonnantes que les fameux critères de Maastricht ont été jetés aux orties. C'était pourtant l'alpha et l'oméga de l'ordre européen depuis vingt ans. Nous assistons à une prise de pouvoir sans précédent des investisseurs internationaux, des gérants de capitaux et des banques". Mais ces banques restent toujours aussi près de leurs sous. C'est l'actualité du jour, à la Une des Echos. "Bercy leur demande d'ouvrir les vannes du crédit". En octobre dernier, en échange du soutien de l'Etat, elles s'étaient engagées à augmenter de 3 à 4% le volume des crédits aux ménages et aux entreprises. Depuis l'été dernier, elles font moins d'efforts. Trois photos pour résumer l'année, dans La Croix. Elles sont commentées par l'académicien et économiste Erik Orsenna. - Première image : un cadre de Lehman Brothers fait ses cartons. Commentaire d'Orsenna : "On ne les plaindra pas". -Deuxième photo : un quartier d'affaires au Liechtenstein. "Les paradis fiscaux sont des repaires de gangsters. - Dernier cliché : un ouvrier de chez Continental brûle des pneus devant l'usine. Commentaire d'Orsenna : "J'ai peur d'une France qui laisserait fermer une à une ses usines. Ce serait une France de services entre les producteurs de biens réels". A la page d'avant, le Prix Nobel d'Economie Joseph Stiglitz répond à la question : "La crise est-elle passée ?". "Pour la plupart des gens, que signifie 'crise' ? C'est la difficulté de trouver un emploi. Or, le chômage va certainement continuer de grimper". "Les Français font crise mine"... C'est le dossier d'ouverture de Libération, ce matin. Libé a commandé un sondage à l'institut ViaVoice. Pour 91% des personnes interrogées, rien n'a changé en un an. Même parmi les électeurs de l'UMP : le chiffre est de 89%. Malgré l'activisme indéniable de Nicolas Sarkozy depuis septembre dernier, 58% des personnes interrogées jugent son bilan négatif. Rien n'a changé, vraiment ? Pas tout à fait, non... Libération donne la parole à un psychiatre et à un sociologue. Pour le psychiatre, tout de même, "un an après la crise, on sent chez les dirigeants moins d'arrogance et de certitudes sur les fondamentaux du système. Pour le sociologue, "une nouvelle ère commence : celle d'un imaginaire de l'avenir, où la croissance du PIB n'est plus synonyme de qualité de vie". De fait, c'est aujourd'hui qu'un rapport commandé AVANT la crise est remis au Président de la République... rapport pour mesurer plus intelligemment la croissance. C'est Joseph Stiglitz qui présidait cette commission : voilà pourquoi on parle de lui ce matin. Nouveau calcul de la richesse nationale... David Servan-Schreiber résume les enjeux dans Psychologie Magazine, en reprenant une phrase de Robert Kennedy en 1968 mais qui vaut toujours... "Aujourd'hui, notre produit national brut comptabilise la pollution de l'air, la publicité pour les cigarettes, l'activité des ambulances sur nos autoroutes, les serrures de haute sécurité pour nos portes et la construction de prisons pour ceux qui les forcent. Il comptabilise les ogives nucléaires et les voitures de police blindées, mais il ne mesure pas la santé de nos enfants, la qualité de leur éducation, la joie de leurs jeux. Il ne mesure ni notre humour ni notre courage. En bref, il mesure tout, sauf ce qui vaut la peine d'être vécu". Joseph Stiglitz détaillera ses propositions pour changer les choses aujourd'hui. Prise de conscience donc... Halte à l'hyper-consommation... Protégeons la planète... Maintenant, on met du vert à toutes les sauces, au risque du grotesque. Sur le site Rue89, Pascal Riché, dans la catégorie des journalistes à qui on ne la fait pas, a reçu ces derniers jours un magnifique colis : l'entreprise Duracell faisait sa pub. Elle s'engage auprès de la Fondation Hulot et devient partenaire du programme "climat économie d'énergie". Pour le dire, un e-mail aurait suffi. Mais non : Duracell a envoyé un magnifique dossier de presse. Carton de récup' tenu par une corde brune comme du riz complet et par une pince à linge artisanale en bois brut. Le papier du dossier est bien épais, d'un léger gris recyclé. Il a filmé le colis : la vidéo est sur le site. C'est vrai qu'en ce moment, les vidéos sont un sujet politique sensible. Celle-ci est assez croquignolesque. Allez, Bruno... Il n'y a pas que la crise tout de même, dans la presse... Non : il y a la grippe aussi. "Grippe A : un vaccin controversé". C'est la Une du Parisien. Alors que les premières doses viennent d'être livrées, la polémique enfle au sujet d'éventuels effets secondaires. Et puis, à la Une de L'Humanité : "Enorme !"... 600.000 personnes ont participé ce week-end à la Fête de l'Huma, à La Courneuve. C'est un record. Allez, un peu de douceur pour finir... douceur des images de Willy Ronis, le photographe français disparu samedi... Dans Le Figaro entre autres, vous retrouverez les pigeons dans le ciel de Paris, au-dessus de l'Hôtel de Ville... le vitrier qui remonte une rue pavée de Belleville, son matériel sur le dos... et puis cette femme qui fait sa toilette au lavabo en 1949 à Gordes, en Provence... "Je ne crois pas en la perfectibilité de l'homme, disait Willy Ronis, mais il y a suffisamment de braves gens pour qu'on n'ait pas à désespérer. Je veux croire que les hommes seront assez sages pour organiser la société afin qu'elle fasse le moins de mal possible". Bonne journée...

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