Mais il y a les enfants, il y a le droit à l'été, il y a le droit aux vacances... C'est la conclusion, cette semaine, de la chronique d'Alain Rémond dans "Marianne"... Alain Rémond reconnaît que c'est un peu ridicule... Il jouit de l'été, du silence, des amis... Et il pense au Liban, à Gaza, à Israël... "Ca ne sert à rien ni à personne... Mais voilà, c'est à eux que je pense"... Ce qui arrive à Alain Rémond nous arrive un peu à tous, particulièrement en ce 15 août, moment de pause au coeur de la pause estivale... Il ne se passe pas grand-chose, mais il y a le Liban. 15 août 2006, lendemain de cessez-le-feu... Les enfants du Proche-Orient vont-ils enfin pouvoir profiter au moins un tout petit peu du soleil et de l'été ?... Encore beaucoup de doutes, ce matin dans la presse. Pour s'en convaincre, il suffit d'ouvrir "Le Figaro"... Effet miroir... Page 2 : reportage d'Adrien Jaulmes à Khiam au Liban... Page 3 : reportage de Renaud Girard à Metulla, nord d'Israël... Dans les deux villes, le silence d'après les bombes, mais aussi des hommes en armes tout prêts à en découdre à nouveau... Alors d'abord Khiam... Le silence après la guerre, donc, les rues dévastées, quelques chats poussiéreux qui errent dans les décombres, et surtout surtout de solides jeunes gens, barbe bien taillée, tee-shirts, pantalons de terillis, talkie walkie à la main et parfois, caché sous les vêtement, un pistolet... Ce sont tous des combattants de la branche armée du Hezbollah... Le cessez-le-feu entré en vigueur hier n'a pas réglé la question du Hezbollah près de la frontière nord d'Israël... Cette frontière nord, c'est donc Renaud Girard qui s'y est rendu, à Metulla précisément... Personne ici ne s'attendait à ce que le cessez-le-feu fût respecté... Le reporter du "Figaro" discute avec des réservistes qu'il rencontre dans les rues... Yaïd est assis à l'ombre d'un cyprès, sur un banc face à la vieille mairie de Metulla... Uniforme kaki, kippa sur la tête, lui qui est d'ordinaire directeur d'une école primaire semble songeur... "Mon sentiment premier ?... La frustration !... On ne nous a pas permis de finir le boulot, d'écraser le Hezbollah... Cette histoire n'est pas finie"... Même frustration, même amertume dans les colonnes du "Parisien"... Sur la photo, à Yarra, dans le nord d'Israël, Odile est radieuse, elle serra sa fille dans ses bras... Retrouvailles après un mois de guerre... Mais le sourire se dissipe vite... "Avant, dit-elle, notre armée gagnait les guerres en quelques jours... Cette fois, en un mois, nous n'aurons pas vraiment battu le Hezbollah... Nous n'étions tout simplement pas préparés à combattre une guérilla... A chaque nouvelle confrontation, les pays arabes sont mieux équipés... A quoi doit-on s'attendre la prochaine fois ?... A une mini-bombe atomique fabriquée en Iran ?" La guerre est mise entre parenthèses, elle n'est pas vraiment finie... Il faut inventer la paix... C'est la formule à la Une de "Libération" ce matin... Et le quotidien... qui s'intéresse notamment à la situation politique au Liban et en Israël... constate que, sur ce terrain-là non plus, la sérénité n'est pas revenue... Au Liban, il va être difficile de convaincre le Hezbollah de désarmer, conformément à ce que demande l'ONU... En Israël, la conduite de la guerre par le gouvernement et les généraux est très critiquée... C'était donc une guerre pour rien ?... C'est ce que se demande Dominique Moïsi dans "Ouest France"... Il estime que le coût de ce conflit est très élevé, pour Israël en particulier... Il ne sera plus possible de se retirer unilatéralement des Territoires occupés... On sait désormais que Mur de sécurité ou pas, le territoire hébreu n'est pas à l'abri des missiles... Le dialogue avec les Palestiniens est plus que jamais au point mort... Le climat de confiance avec les pays modérés de la région est remis en cause... L'isolement psychologique d'Israël est toujours plus grand... L'image d'invincibilité de son armée est écornée, ce qui pourrait donner des tentations dangereuses aux pays les plus radicaux... C'est tout espoir d'une solution négociée, sinon la notion même d'espoir au Proche-Orient, qui s'éloigne... Il y a le Mur de sécurité contre les extrémistes palestiniens en Israël... Pour de tout autres raisons, il y a désormais un mur de sécurité en plein coeur de Padoue... Padoue, dans le nord de l'Italie, c'est une ville à quelques kilomètres de Venise... Padoue a désormais son ghetto et son mur anti-délinquants... C'est un article de Richard Heuzé dans "Le Figaro"... Le ghetto, c'est un ensemble de six immeubles hideux, au milieu d'un quartier de bureaux et de coquettes villas... Les façades sont défigurées par des grappes d'antennes paraboliques... La cour est tapissée de gravats et d'ordures... L'ensemble avait été conçu Via Anelli pour servir de résidence universitaire... Mais peu à peu, il a été occupé par une population d'immigrés... 340 personnes en tout... Et le 26 juillet, à l'image de ce qui s'est passé dans beaucoup de quartiers en France en novembre dernier, il y a eu un coup de sang : un magasin de bricolage, juste en face, a été dévalisé de ses hachettes et autres couteaux... Huit jours plus tard, ni une ni deux, la mairie, de gauche, faisait construire un mur... Jolie barrière d'acier, 3 mètres de haut, 84 de long, profondément enfoncée sous terre... Et à lire les commentaires des habitants, on comprend que la tension atteint des niveaux plus qu'inquiétants... Dans la rue contiguë au mur, Richard Heuzé a recueilli les propos tout en tendresse d'un homme d'une cinquantaine d'années... "Ici, c'est l'Italie... Là-bas, c'est le Bronx, dit-il... Nous vivons en état de siège perpétuel... La Via Anelli est un bubon qu'il faut faire disparaître à jamais... Le mur est un expédient utile, mais provisoire"... Il y a le droit à l'été, il y a le droit aux vacances, mais il y a de moins en moins de monde dans les boîtes de nuit... "Les Français délaissent les discothèques", nous apprend "Le Monde"... La fièvre du samedi soir est bien retombée... Il existait 4.000 établissements il y a 20 ans... Il n'en reste plus que la moitié... 40% des Français n'ont jamais mis les pieds en boîte... "Pourquoi cette désaffection ?", se demande Joël Morio... Il cite quatre éléments d'explication... D'abord, les discothèques ont été victimes de l'apparition des bars musicaux... Ouverture plus tôt dans la soirée, situation en centre-ville, pas de sélection à l'entrée... Mais le principal concurrent des boîtes de nuit... deuxième raison... c'est simplement la soirée entre amis... Avec le développement de la technique, il est devenu possible d'improviser une discothèque chez un copain... Les deux autres raisons sont d'abord : les idées, vraies ou fausses, que l'on se fait des discothèques : discrimination à l'entrée, drogue, et danger sur la route au moment de rentrer chez soi avec un verre de trop... Et puis des lieux mythiques ont disparu... C'est le cas, par exemple, du Palace à Paris, qui a fermé il y a maintenant 10 ans... Droit aux vacances, d'accord... Mais vous n'y échapperez pas... Le compte à rebours se déclenche avec le 15 août : les journaux commencent à parler de la rentrée... Rentrée pour tout le monde dans "La Provence", qui s'intéresse déjà aux courses de fin d'été... Et selon le quotidien, c'est "la traque aux petits prix"... Pour les consommateurs, juillet-août n'ont pas été tendres, entre la flambée de l'essence et les tarifs EDF qui augmentent... Les économistes ont beau avoir le moral au beau fixe : forte croissance en Europe et optimisme sur les marchés financiers, dixit les pages saumon du "Figaro"... les consommateurs interrogés dans les supermarchés par "La Provence" sont d'une prudence de Sioux... Mireille et Gilbert, par exemple, Caddie sous surveillance... Nous avons l'impression de plus dépenser et de moins consommer en ce moment, disent-ils... Tout augmente... Alors nous sommes plus attentifs aux premiers prix"... Au rayon boucherie, il y a Catherine... Qualité ou quantité, son choix est fait : pour le même prix, elle préfère le pack familial... Plus de viande pour les bambins, et quelques euros d'économisés... Puis il y a enfin cette dame qui attend déjà les soldes... Elle sait de quoi elle parle : elle est elle-même caissière dans un supermarché... Et les charriots qu'elle voit passer devant elle sont de moins en moins remplis... C'est l'histoire d'un homme qui a changé de sexe... et c'est dans "Famille Chrétienne" cette semaine... A l'occasion du 15 août, l'hebdomadaire a accompagné un groupe de prostituées, qui a fait le pèlerinage de Lourdes avec l'association "Aux Captifs la Libération"... Elles étaient 12 à faire le voyage... 12 dont plusieurs travestis et transexuels... Le reste de l'année, elles sont dans le Bois de Boulogne... "Les Captifs" veillent auprès de 800 personnes chaque année dans le Bois de Boulogne... Le Père Jean-Philippe, notamment, y passe beaucoup de temps... Il "fait le trottoir" depuis 5 ans dans un camping-car, une nuit par semaine... Il est aisément reconnaissable, écrit le journaliste de "Famille Chrétienne" Luc Adrian : sa robe de bure est plus longue que les mini-jupes de ces dames... "Quitter la prostitution exige du temps... C'est un travail de très longue haleine", affirme l'un des responsables de l'association... "Pour beaucoup, c'est une couche supplémentaire qui vient se rajouter à des difficultés sociales et parfois psychologiques... Le corps est touché... le coeur aussi"... Alors, pour apaiser le corps et le coeur de ces prostituées, pour leur montrer un ciel différent, il y a donc ce voyage à Lourdes... Et ce groupe de "pèlerines" ne passe évidemment pas inaperçu dans le flot des fidèles... "A Lourdes, écrit Luc Adrian, on voit rarement un travesti, chapelet en collier, se promener en compagnie d'un Monseigneur"... Et pourtant... Pourtant, à la surprise de beaucoup, ces prostituées s'identifient à la Vierge Marie ou à Jésus... "Je n'ai jamais pu me confier à ma mère, dit Laure, une immense femme ébène au sourire aussi phosphorescent que son rosaire... Mais à Marie, je dis tout... Elle nous conduit à Dieu, que nous n'osons pas toujours approcher"... Maryline, petite blonde tonique d'une cinquantaine d'années, acquiesce... "Je comprends ce que Jésus a souffert, dit ainsi Maryline... Moi aussi, les flics m'ont tabassée, déshabillée, humiliée"... Alors, la petite vertu mènerait-elle à la grande sainteté ?... "Pas d'angélisme, répond l'un des prêtres qui accompagnent ces filles... Mais leur pauvreté est plus palpable que la nôtre... Beaucoup aspirent à la miséricorde... Il leur sera, je crois, beaucoup pardonné"... Deux Pater, trois Ave... Les filles repartent de Lourdes avec toute une bimbelotterie pour leurs copines du Bois de Boulogne : des chapelets parfumés, des éventails à l'effigie de Marie, et des porte-clés souvenirs... C'est un autre ciel qu'elles vont retrouver... Mais il y a le droit à l'été... il y a le droit aux vacances... Bonne journée.

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