Bonjour ! C’est un jeune homme aux cheveux courts, un jeune homme qui sourit. Il est vêtu d’un T-shirt bicolore à manches longues... Ce vêtement de coton est orné de l’inscription « Shipmen » et du nombre 23 (ce pourrait être l’âge de celui qui le porte)... Son pantalon est un jean… … Il a des claquettes aux pieds, sur des socquettes bleu foncé. Deux policiers encagoulés le conduisent vers une place publique de Téhéran... Ses mains, réunies dans son dos, sont entravées par des menottes… Il tente pourtant d’adresser à ses proches (on les suppose dispersés dans la foule) un signe cordial de la main gauche. Il va mourir. Et il sourit, la corde au cou. Il se nomme (ou plutôt « il se nommait ») Madjid Kavoussifar... Un juge iranien proche des intégristes au pouvoir l’a condamné à la pendaison pour avoir tué, il y a deux ans, le vice-procureur de Téhéran. « Assassin », a-t-on dit, avant de l’expédier au gibet… « Dissident politique », précise « Paris Match », qui publie les clichés de cette exécution (clichés non crédités, non signés d'ailleurs) sous le titre : « Iran : un dernier sourire avant de mourir ». « Paris Match »… …Le poids des mots, le choc des photos. Depuis le début de l'année, les autorités iraniennes ont procédé à 157 pendaisons. Face aux velleités de liberté des jeunes gens (surtout des femmes), les mollahs ont choisi de "terroriser la population". La médiatisation des condamnations à mort, nous dit l'article de "Match", ferait partie d'une politique "programmée". En souriant devant la foule convoquée pour sa "mise à mort", Madjid Kavoussifar semble vouloir contrarier cette politique du pire et lancer, du même coup, aux opposants au régime islamique (ses amis) un message d'espoir. Après lui, deux journalistes accusés d'activisme (de "crime contre l'islam et l'Etat", sans que l'on en sache davantage) attendent, en prison, d'être remis à leur bourreau. L'ONG "Reporters sans Frontières" s'en émeut et supplie le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon d'intervenir au plus vite auprès du Président iranien Mahmoud Ahmadinejad. La liberté de la presse, on le sait, subit la dictature ailleurs qu'en Iran... A Cuba, quand on n'emprisonne pas les journalistes, on réduit, autant qu'on le peut, leur champ d'investigation et d'expression... ...Lue dans le quotidien "Le Monde", cette information brève : "L'Institut cubain de radio et de télévision a suspendu, lundi 13 août, l'accès des journalistes à Internet. Toute communication ou consultation devra passer par le filtre de l'Intranet officiel... Le ministre de l'Informatique et des Télécommunications Ramiro Valdès, nommé en août 2006, est le créateur de la police politique cubaine". Ca se passe de commentaire. Pas de miracle en ce 15 août : vos journaux vous donnent à lire quelques enquêtes et dossiers sur le regain de ferveur qui semble toucher les Français. Dans "Le Figaro", vous apprendrez que Lourdes attend ce matin plus de 30.000 fidèles pour la fête de l'Assomption de Marie. Les 120 sanctuaires de France ont accueilli l'an dernier 43 millions de visiteurs : d'année en année, leur fréquentation ne cesse de progresser... Cette "dynamique", le jeune curé de Rocamadour, dans le Lot, veut à son tour en profiter ; il est missionné par son évêque pour faire connaître au monde un sanctuaire qui accueille chaque année plus de 900.000 touristes. France, fille aînée de l'Eglise... ...Après Jean-Paul II, Benoît XVI pourrait bien à son tour en faire son credo. Toujours selon "Le Figaro", le Pape viendrait l'an prochain à Paris, et peut-être rendrait-il visite au sanctuaire du Mont Saint-Michel qui fêtera son 1300ème anniversaire... Quant à Nicolas Sarkozy, il étudie la possibilité d'un déplacement au Vatican autour du 13 décembre (à cette occasion, il prendrait possession du titre de "chanoine de Saint-Jean de Latran"). Souvent comparé à Bonaparte, le Président de la République sait-il qu'en son temps, le "petit caporal", devenu "empereur des Français", avait fait du 15 août (par décret impérial) le jour de la "Saint-Napoléon" ?... ...Auparavant, de Louis XIII jusqu'à la Révolution, ce 15 août n'était rien d'autre que la "fête nationale du royaume de France" : je l'ai lu sous la plume d'André Schlecht, dans le quotidien régional "L'Alsace". - "Coup de froid sur la croissance" (c'est dans "Le Parisien-Aujourd'hui en France"). - "La croissance fait toujours du rase-mottes" (ça, c'est pour "Libération"). - "Croissance : la France à petite vitesse" (c'est à la Une du "Figaro"). L'activité économique n'a progressé que de 0,3% au deuxième trimestre 2006 : c'est deux fois moins que ce que prévoyaient l'INSEE et la Banque de France. "Ils se sont plantés !"... C'est le cri d'Hervé Chabaud, dans "L'Union de Reims". Il parie que cette mauvaise nouvelle va "contrarier un Président pressé de retrouver l'Elysée". Pour Patrick Berthomeau, dans "Sud-Ouest", "le Président de la République a promis qu'à la rentrée, l'action gouvernementale allait 'repartir très fort'". "Il ne pensait pas si bien dire", commente l'éditorialiste qui ajoute aussitôt : "...à cela près qu'il ne s'agit plus seulement de tenir des promesses, mais de composer avec une réalité instable". Dans "Paris-Normandie", Michel Lépinay lance un "avis de tempête sur la rentrée". Selon lui, "l'été a douché les espoirs de ceux qui misaient sur l'effet Sarkozy pour booster immédiatement l'économie (...) L'omniprésence médiatique et la méthode Coué ne suffisent donc pas à relancer l'activité : ce n'est une surprise que pour les doux rêveurs". Evidemment, ce matin dans vos journaux, les "spécialistes de la croissance", très sollicités, ne se privent pas de donner de la voix. Interrogé notamment par mes confrères du "Parisien-Aujourd'hui en France", Nicolas Bouzou, expert de la société d'études économiques "Asterès", précise que "si cette mauvaise situation se poursuit, l'objectif de Nicolas Sarkozy d'équilibrer en 2012 nos finances publiques risque d'être compromis. Pour y parvenir, il n'y a que deux solutions : tailler dans les dépenses publiques (mais on n'en prend pas le chemin) ou augmenter la fiscalité". Pour Nicolas Bouzou : "On pourrait bien reparler plus vite que prévu de la TVA sociale". Principalement mise en cause : la mollesse des chefs d'entreprise français qui n'investissent pas assez. Dans les pages saumon du "Figaro", la ministre de l'Economie Christine Lagarde se veut apaisante. Elle met "l'attentisme des entreprises" sur le compte de la période électorale... Et elle le dit tout net : "La tendance pour la suite est bonne". (Je relève au passage, et pour l'anecdote, que c'est peut-être très convenable de se faire appeller "Madame LE ministre"... Mais je note qu'il est pour le moins étrange de lire les propos de Christine Lagarde dans un article émaillé d'expressions telles que : "confie-t-il" ou "explique-t-il", en rapportant les propos d'un membre du gouvernement qui porte des tailleurs, des collants et des escarpins)... ...Cela étant dit (j'ai poussé mon cri), je vous livre encore, sur ce thème de la croissance médiocre, les dernières lignes de l'article que signe Claire Gatinois dans "Le Monde". Elle cite Alexander Law, du cabinet d'étude Xerfi. Il nous prévient : "La hausse du prix des matières premières comme le lait ou le blé pourrait avoir un effet psychologique important sur les consommateurs"... Donnée qu'il faudra surveiller. "Guerre froide" : c'est le titre que la rédaction de "Libération" accroche à sa Une, sur une photo de banquise, photo prise en mai dans l'Arctique. L'avez-vous remarqué ?... Depuis l'arrivée de Laurent Joffrin à la direction de ce journal, les Unes sortent assez fréquemment des sentiers battus de la politique et de l'économie, sentiers qu'emprunte allègrement la plupart des médias nationaux. A "Libé", très souvent, on privilégie les faits de société, les problématiques sociales et environnementales... De ce fait, alors que l'on attaquait jadis la lecture de ce quotidien par la dernière page en remontant tranquillement jusqu'à la première, on s'arrête à présent sur le dossier du jour et on parcourt le journal comme il se doit, en partant de la gauche. Joffrin fait le pari de la singularité. C'est plaisant, talentueux et instructif. En ce 15 août, pas de croissance économique ni d'Assomption de la Vierge... C'est donc la bataille que se livrent les pays riverains du Pôle Nord qui fait l'actualité. Depuis qu'un ami de Vladimir Poutine a planté le drapeau russe au fond de l'Océan arctique (c'était le 2 août dernier), à 4.261 mètres de profondeur sous la glace, le Canada, les Etats-Unis, le Danemark, la Norvège s'agitent à leur tour, chaque Etat cherchant à prouver que la banquise du Pôle Nord est une extension de son territoire, alors qu'elle n'appartient à personne (ou plutôt à tout le monde). L'Arctique, sachez-le, n'est pas un continent mais un océan, au contraire de l'Antarctique, situé au Pôle Sud. L'enjeu de cette nouvelle "guerre froide", c'est l'ouverture de routes maritimes traversant le Pôle... des routes rendues possibles par la fonte des glaces qui résultent du réchauffement climatique. Les bouleversements du climat, l'hebdomadaire "La Vie" en fait sa couverture, avec ce titre angoissant : "Ils veulent nous faire la peau... LA CONJURATION DES INSECTES". Dans le dossier correspondant, on apprend qu'un tas de petites bêtes venues des tropiques migrent vers le nord en surfant sur des vagues d'air dont la température s'élève (+2 degrés Celsius, l'an dernier, en Europe). Ces insectes viennent chargés de virus, notamment celui dit de la "langue bleue", qui fait des ravages dans les troupeaux ovins et bovins. Ce matin, le quotidien régional "L'Ardennais" nous dit que la "langue bleue" (appelée aussi "fièvre catarrhale ovine") sévit à nouveau dans les cheptels de la région mais aussi dans l'Aisne et dans le Nord... Une revue de presse signée Alain Le Gouguec

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