(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : prendre ou perdre le pouvoir

(Bruno Duvic) En temps normal, personne ne s'arrête à Sloviansk. On traverse cette cité en priant pour que la voiture ne rende pas l'âme à cause de la route défoncée. 116.000 habitants dans cet Est de l'Ukraine très industriel. La photo qui accompagne l'article de Piotr Smolar dans Le Monde est camaïeu de gris : le ciel, les bâtiments, les trottoirs.

Mais ce que décrit le reporter, c'est surtout une ville où il n'y a plus de loi, plus de police, plus d'Etat. Des hommes masqués, armés, non identifiés, en treillis, contrôlent des bâtiments de la sécurité d'Etat, la police, les rues.

Bâtiment de la police. Une femme à l'entrée. Elle récupère une liasse de billets contre la livraison de tenue de camouflages. C'est l'autre chose qui saute au visage, écrit Piotr Smolar, sur cette route Kharkiv-Sloviansk-Donetsk, « où les dominos tombent avec une facilité effarante », le rôle déterminant des civils. Au fil des heures, les barrages se renforcent. A l'entrée Nord de Sloviansk, un barrage de troncs d'arbres, au sud, barrage de pneus. On passe à pied devant quelques vieilles qui récitent des prières face à une icône ou devant un atelier de fabrication de cocktails Molotov sous une tente.

Population civile en appui aux pro-russes. Est-elle intoxiquée, embrigadée, qu'est ce qui la motive ? Dans La Croix , sous la plume d'Alain Guillemoles, voici la « République de Donestk » qui défie le pouvoir de Kiev. Maigre rassemblement de 500 militants mais il n'y a face à eux personne pour manifester un soutien au gouvernement de Kiev. C'est un petit Maidan à l'envers. Comme sur la place centrale de Kiev, on occupe les lieux, on dort matelas au sol dans le siège de l'administration locale occupée. Mais on n’en appelle pas à l'Europe.

La République de Donestsk, drapeaux aux couleurs de la Russie, demande un référendum, pour une plus large autonomie de l'Est de l'Ukraine, au moins. Ici, on parle des fascistes de Kiev, on caricature Obama avec la tresse de Ioulia Timochenko. Un chauffeur de taxi est plus prosaïque : "Que le pouvoir fasse bien tourner les usines. Si les gens ont un salaire, ils ne se plaindront plus."

Mais le pouvoir de Kiev est nu.

Le gouvernement, écrit Emmanuel Grynzpan dans Le Figaro , perd rapidement sa crédibilité à force d'annoncer des opérations de retour à l'ordre qui ne se concrétisent pas. Face aux 40.000 russes, massés à la frontière, l'armée ukrainienne, selon Jean-Dominique Merchet dans L'Opinion , c'est en tout 150.000 hommes, ce qui peut sembler beaucoup et une tradition militaire bien établie, plus les troupes du ministère de l'Intérieur et les gardes frontières. Mais cette armée est dans un état lamentable. Presque rien n'a été fait depuis l'indépendance en 1991. Vestige de l'armée soviétique. Un tiers des avions de combat sont opérationnels et la marine possède une seule frégate moderne.

Alors l'Europe menace, mais son pouvoir à elle aussi, pour l'instant, semble limité. Question de François Sergent dans Libération : "L'Ukraine sera-t-elle l'échec historique de l'Union européenne ? Le symbole d'un fiasco. La riche Europe abandonnant à la Russie un peuple qui croyait à ses valeurs."

Cela dit, les sanctions économiques ne sont pas tout à fait rien. L'économie ou le talon de Vladimir. La faiblesse de Poutine. Chronique de Sylvie Kauffmann dans Le Monde . Le vice-ministre de l'économie russe vient de revoir à la baisse les prévisions de croissance pour cette année et pas qu'un peu : de 2.5% à 0.5. Les capitaux fuient le pays : 63 milliards de dollars envolés au premier trimestre, autant que pour toute l'année 2013. Prédiction du ministre allemand des finances : "Le moment impérial de la Russie ne sera que cela : un moment."

Dans Le Figaro : bataille pour les 3%

Bataille perdue par le gouvernement. Ces deux dernières semaines, François Hollande, puis Manuel Valls, laissaient entendre que la France allait négocier un délai avec l'Europe. La promesse des 3% de déficit maximum serait reportée au delà de 2015. Volte-face en fin de semaine. C'est que les Français ont rencontré des responsables européens assez glaciaux.

Tout s'est joué jeudi, selon Le Figaro . Deux conseillers du chef de l'Etat, Philippe Leglise-Costa et Emmanuel Macron se rendent à Bruxelles pour rencontrer les équipes de la commission. Ils ont été mal reçus. Entretien chaotique. Pas question d'accepter un arrangement. Quelques heures plus tard, scène similaire à Washington. C'est la réunion de printemps du FMI. Michel Sapin, ministre des finances y croise le vice président de la commission européenne qui a été très clair. Pas d'arrangement en vue non plus. Echange de coups de fil entre Bercy et l'Elysée. Le soir même, Michel Sapin annonçait que le respect des 3% en 2015 était de l'ordre du faisable.

Pouvoir sous pression. Dans Libération , une tribune, notamment signée par Louis Gallois appelle à ne pas faire de plus pauvres la variable d'ajustement dans les mesures d'économie.

Alors que Jean Christophe Cambadélis devient officiellement ce soir le nouveau Premier secrétaire du parti socialiste, Le Parisien Aujourd’hui raconte comment la cote de popularité de François Hollande a chuté aussi au PS. Confidences du patron de la fédération de la Haute-Vienne, traumatisé par la perte de Limoges aux municipales : « L'homme du Bourget n'est plus le même et ça les militants le voient ». Un autre responsable de fédération, en off : « Il a passé trop de temps sur les sujets de société, type mariage pour tous et pas assez sur les questions du quotidien. » Un membre du conseil national : « Son image est profondément dégradée. »

Quoi d'autre dans la presse ?

Le Washington Post et le Guardian à l'honneur. Ils obtiennent le prix Pulitzer catégorie service public pour le scandale des écoutes aux Etats-Unis.

En Italie, la faim de réforme de Matteo Renzi touche aussi les entreprises publiques ou semi-publiques. 3 femmes à la tête de Finmecanica (armement et aéronautique), l'Enel (gaz et électricité) et la Poste. Et les salaires sont plafonnés : ces grands patrons ne gagneront pas plus que le président de la cour de cassation ou le chef de l'Etat, qui gagne 250.000 Euros par an. C'est à la Une des sites Italiens.

Dans GQ , Sophie Marceau, fâchée par le comportement privé du chef de l'Etat, quelques semaines après l'affaire Gayet-Trierweiler. Un mec qui se comporte comme ça avec les femmes est un goujat. L'actrice semble choquée qu'un président de la République puisse tromper sa femme pendant un an et demi.

Et puis les beaux jours reviennent et pour les amateurs de sports, il y a un signe qui ne trompe pas. C'est le retour des tournois de tennis sur terre-battue. Monte Carlo en ce moment et son ambiance. L'ambiance très particulière au Monte Carlo Country club, c'est le papier bien senti du jour et signé Frédéric Bernès dans L'Equip e. A Monaco, on croise des dames plus liftées qu'un coup droit de Nadal, on peut tomber sur Nowak Djokovic qui promène son toutou, Pierre, en bas de chez lui. On peut compter les Maserati mais aussi les vrais dingues de tennis. Ils parlent fort et avec les mains. L'Italie n'est pas loin. La terrasse du club de Monte Carlo, et son restaurant, en surplomb du court central, vue sur la mer. L'endroit où il faut être vu. Souvenir d'un arbitre qui avait interrompu un match pour demander aux convives de manger moins fort. Souvenir de Yannick Noah qui se plaignait du bruit des glaçons dans les verres. Monte Carlo, l'ocre de la terre battue et le bleue de la méditerranée. Une nouvelle saison commence. Dans cinq semaines, Roland Garros.

A demain !

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