Un historien raconte les hommes au prisme de l'ignorance, Télérama. Olivier Py rêvait de théâtre dans Marianne avant d'annuler Avignon. Tableaux atroces de SDF et drogués à Paris, le Monde. Passion et dignité de la course à pied, Running heros society, l'Equipe. Les cours de gym de Simone, 83 ans, Républicain lorrain.

La Passion de Notre Dame qui brûlait il y a un an mais qui nous apporte ce matin un étrange soulagement, retrouver une peine d’avant la maladie, et à lire la Croix cette peine est l’occasion d’immense bonheur… Car Notre-Dame blessée éventrée laisse voir ses entrailles et ses amoureux peuvent enfin l’approcher. Je communie alors dans la Croix avec Claudine Loisel, responsable du pôle vitrail du Laboratoire de recherche des Monuments historiques, qui va pouvoir examiner à la loupe binoculaire, des joyaux de verrerie du moyen-âge mais aussi du XIXe siècle, car Notre -dame n’est pas seulement la cathédrale des rosaces médiévales mais aussi l’écrin de verrières de la grande époque industrielle, recouvertes d’une suie centenaire mais qui déposées, nettoyées, seront enfin rendues à notre admiration, si rien ne s’émiette ni ne se brise….

Et ainsi frémissent architectes historiens archéologues car l’incendie nourrit la science… De ses vestiges, de pierres brulées, de bois calciné on va chercher l’histoire de la cathédrale mais on prépare aussi l’avenir… Qu’ont subi les pierres rougies du feu il y a un an, de combien d’eau ont elle été pénétrées, ont -elles souffert de cette eau impure pompée dans la Seine par les pompiers, chargée de suie et de matière organique…  Y aura-t-il des auréoles d’humidité dans Notre-Dame reconstruite qui sera propre et plus claire lumineuse, me dit La Croix… 

La Croix  n’est pas seule à me dire la belle cathédrale, mais elle choisit d’être portée par la grâce qui va au-delà des contingences; elles existent pourtant, mais elles font éclore des volontés dignes des compagnons d’avant. Le coronavirus a mis le chantier à l’arrêt, juste au moment, me rappellent les DNA, où des cordistes  se préparaient à scier un à un les 40000 tubes d’acier des échafaudages de rénovation qui furent soudés par le feu, et comme nous la cathédrale est confinée, elle sous un mikado métallique. Je lis dans les Echos que l'entreprise  PierreNoel a posé un « plancher » géant de 12,5 mètres de large, situé trois mètres au-dessus des voûtes, là où était la charpente en chêne qui a brûlé et quand le travail reprendra , des cordistes descendront en rappel« récupérer les débris qui jonchent encore les voûtes sans leur marcher dessus… » 

Ils voleront.

On parle aussi d’ignorance ce matin…

Qui est une autre grâce, une autre évasion, en ces temps d’expertises. Télérama interroge l’historien Alain Corbin, dont le dernier livre s’appelle "Terra Incognita, une histoire de l’ignorance",  il raconter- l’histoire des hommes « en négatif », dit-il, à la lumière de leurs ignorances, comment nous agissions dans un monde que nous ne percevions pas… Napoléon a peut être perdu à Waterloo parce qu’en Indonésie le 5 avril 1815, le volcan Tamnbora émit un nuages de cendres si épais que le monde  vécut dans l’obscurité pendant trois ans… Comment l’Empereur l’aurait-il deviné… Et  Corbin se promène chez nos semblables d’avant nos connaissances. Il me raconte aussi que l’ignorance autrefois favorisait les rêves, on imaginait les pôles de la planète habités de dragons et de licornes et Victor Hugo se tourmentait des murmures du vent… 

Sur le site du même Télérama, je lis la plus triste des interviews interrompues, la patronne du Journal Fabienne Pascaud a appelé hier Olivier Py, patron du festival d’Avignon qu’il annule, Py, d’habitude si disert, lui a juste dit qu’il passait la pire soirée de son existence et la journaliste n’a pas voulu le torturer… 

Et je me me souviens qu’il y a une semaine sur cette antenne Py espérait dans l’inquiétude, et je relis la belle interview que Marianne a mis en ligne il y a deux jours, où il racontait ce festival qu’il voulait dédier à l’amour et à la mort, il parlait d’Othello ,de Hamlet de politique, il disait Py, « j’ai envie d’un Festival où les spectateurs pleurent en sortant des spectacles, avec des larmes d’admiration, d’émotion, de joie ! » Il était dans l’ignorance heureuse qu'Avignon cette année n’existerait pas. 

L’entend-on dans les autres drames?

Je vois dans le Monde une photo de clochards couchés sous le métro aérien à Paris au milieu de détritus et de pigeons qui volètent et picorent, cela se passe dans le Xe arrondissement à deux pas de l’hôpital Lariboisière dont les personnels sont protégés par un vigile féru d’arts martiaux, mais dans la rue végètent SDF drogués au crack ou au skenan, un dérivé de morphine, ils sont une menace lancinante et parfois s’abandonnent et le reportage commence par un quinquagénaire couché sur le bitume crasseux. « Nul ne veut mourir seul sur le boulevard de la Chapelle. » Voilà notre théâtre…

Et on parle de sport pour finir…

Et d’autres corps qui bougent tel celui de Nicolas qui a couru un marathon en tournant autour de son jardin pour, me dit le Courrier picard, soutenir son épouse aide-soignante, et ce matin où l’on sait que le Tour de France vivra à la fin aout, je lis des histoires de course à pied, cette école de l’abnégation, dont Florence Colle fut héroïne, 5e du cent mètres haies aux jeux de Seoul en 1988 et que l'Equipe retrouve médecin hospitalière, qui rééduque en neurologie les rescapés du Coronavirus… 

Un journal fantastique est en kiosque, Running heroes society, qui ne parle de courses et donc de volonté avec un jeune homme franco-suisse exilé au Kenya pour courir un jour mieux que les maitres africains, ou cette plongée dans les années 60, quand l’entrainement physique, la course à pied, faisait partie de la panoplie des utopistes révolutionnaires qui défiaient la police alors essoufflée.

Dans le Républicain Lorrain je découvre Simone Schlitter, 88 ans, superbe en fuseau noir et bandeau dans les cheveux. Elle donne usuellement des cours de gym en Ehpad mais confinée, s‘ennuyant, s’est filmée avec les moyens du bord pour une leçon de gym pour personnes en fauteuil qui est mise en ligne. On la voit sur un site, Santé OK, elle n’avait eu que 200 vues au petit matin. Bougez!

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