(Nicolas Demorand : "Et pour commencer, une histoire d'époque : celle de Tiger Woods")... Au bal des faux-culs, certains vont rester seuls avec leur sac à main. Avant d'en venir aux commentaires sur le Grand Emprunt, arrêtons-nous, en effet, sur cette affaire symptomatique de la place prise par la presse trash, l'argent et la morale à bon compte. Sylvain Cypel dans Le Monde et Virginie Robert dans Les Echos consacrent chacun une longue page à la chute de l'icône. Tiger Woods, c'était le Barack Obama du golf : beau gosse, peau noire, talent fou, gendre idéal... C'était un homme rasé de près, ambassadeur de la marque Gillette. Il ne manquait rien dans cette saga américaine... jusqu'à son surnom : "Tiger", hommage à un officier vietnamien qui avait servi à Saïgon avec son père. C'était le Black qui était devenu le meilleur dans un sport de Blancs : le golf. Dans les années 60, les Noirs n'étaient tolérés sur les greens que pour porter les sacs des joueurs. Sauf que l'homme parfait ne l'était pas, et qu'il trompait allègrement sa jolie femme. Vous me direz : "C'est sa vie, pas la nôtre". Mais Le Monde raconte la traque menée par les tabloïds, la chasse effrénée à la dernière starlette du porno ou la énième serveuse de bar glauque qui ajouterait son nom au harem. Depuis Bill et Monica, aucune affaire sexuelle n'avait autant passionné l'Amérique. Alors l'homme aux nerfs d'acier a craqué : il met sa carrière entre parenthèses. (ND : "Et c'est là que le serpent se mord la queue")... Après s'être goinfrées de révélations à 2 dollars, les télévisions s'inquiètent : elles ont déjà payé pour les tournois de 2010. Or, si les audiences à la télévision décuplent quand le Tigre griffe les greens, quand il n'est pas là elles sont en chute libre. Alors il ne faudrait pas que la retraite de leur meilleur argument de vente dure trop longtemps. Les sponsors, eux aussi, sont effondrés, nous disent Les Echos. Alors à chacun son choix. Le cabinet de conseil Accenture met un terme au contrat qui le lie au champion. Gillette veut le mettre de côté. Mais Nike et Electronic Arts soutiennent le joueur. Alors Woods, l'athlète qui valait un milliard de dollars, va-t-il tout laisser tomber ? "Vous n'entendez rien à l'Amérique", nous dit Sylvain Cypel dans Le Monde. "Le sport, ce n'est pas la politique. C'est comme le show-biz : s'il s'y prend bien, demain tout sera oublié". "Notre culture aime les scandales, mais aussi les belles histoires de rédemption", ajoute un spécialiste de marketing sportif dans Les Echos. Alors Tiger reviendra, c'est sûr. Pas pour la morale, non : tout le monde s'en fiche depuis le début. Mais parce qu'il y a trop d'intérêts en jeu. (ND : "Après cette drôle de partie de golf, on en vient aux commentaires sur le Grand Emprunt")... On comprend pourquoi le temps a brusquement changé ces derniers jours : voilà que les journaux parlent de "sagesse" et de "prudence" à propos de Nicolas Sarkozy... Quasi-unanimité sur un point : faire de l'enseignement supérieur et de la recherche des priorités "relève du bon sens", comme l'écrit Paul Quinio dans Libération. Autre constat : "le Grand Emprunt est plutôt Moyen que Grand. Retour sur terre et à une certaine modestie", écrit Chantal Didier dans L'Est Républicain. "Et cela aussi est mis au crédit du Président. Si le chiffre de 35 milliards est affiché, l'Etat n'en empruntera que 22. Le reste lui sera fourni par les banques, qui remboursent les sommes qu'on leur a avancées pendant la crise". "22, vla l'emprunt" donc, comme l'écrit Jacques Guyon dans son éditorial de La Charente Libre. Le Président a suivi les conseils de mesure de Rocard et Juppé, qualifiés de garde-fous. Dans Le Figaro, Paul-Henri du Limbert veut croire lui aussi que "les semis de Sarkozy" donneront de belles gerbes de blé dans les années à venir. (ND : "Tout est donc pur et parfait... Sarkozy, Santo subito ?") Eh bien non. "Ce Grand Emprunt, c'est mieux que rien, mais c'est très insuffisant", complète Olivier Ferrand dans Les Echos... Ferrand qui est juge et partie puisqu'il est à la fois l'une des boîtes à idées du Parti Socialiste et le rapporteur de la Commission sur le Grand Emprunt. "Il faut investir, non pas juste cette année, mais tous les ans. Car la France connaît un sous-investissement chronique. Le Grand Emprunt, c'est une réponse conjoncturelle à un problème structurel". Alors comment dégager plus de moyens ? Réponse d'Olivier Ferrand : "Il faut revenir sur les heures supplémentaires, le bouclier fiscal ou la baisse de la TVA dans la restauration". Mais pour Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées, Nicolas Sarkozy ne veut pas renoncer à ce marqueur idéologique : c'est l'un des derniers qui restent, puisque le pouvoir d'achat et le "travailler plus pour gagner plus" ont été passés par pertes et profits. Dernière critique, la plus virulente peut-être : c'est celle de MédiaPart, qui relève que, pour justifier son action, le Président a multiplié les références à l'Allemagne et les mensonges. Deux exemples : - "L'Allemagne a un bouclier fiscal, inscrit dans la Constitution" : c'est faux. - "L'Allemagne a baissé la TVA dans la restauration" : encore raté. Alors le Grand Emprunt d'aujourd'hui sera-t-il le Grand Impôt de demain, comme le dit François Hollande ? Pour MédiaPart, il faudra sans doute attendre 20 ou 30 ans pour juger de la pertinence des choix opérés. (ND : "Selon la CIMADE, un nouveau charter s'apprête à décoller de France pour Kaboul. L'Humanité donne ce matin la parole à deux Afghans menacés d'expulsion")... Menacés d'expulsion, et menacés par les talibans dans leur pays. Ils s'appellent Ajmal et Aziz. Ils viennent de la région de Kunduz. Ajmal a déjà été capturé à deux reprises par les talibans. Ils voulaient notamment qu'il commette un attentat-suicide pour eux : il a refusé. Aziz a carrément été menacé de mort parce qu'il soutient le parti du Président Karzaï. Ajmal raconte les conditions dans lesquelles sa demande d'asile a été examinée. Le traducteur kurde ne parlait pas sa langue. "On ne se comprenait pas. Alors le juge m'a demandé de revenir une autre fois". A l'idée de rentrer dans son pays, il a des mots très violents : "C'est comme si quelqu'un buvait mon sang". (ND : "Tout autre sujet, dans Le Parisien-Aujourd'hui : des cours d'autorité pour les profs")... C'est une initiative de l'académie de Créteil. Deux séminaires, à trois mois d'intervalle, pour les nouveaux titulaires. Le Parisien a assisté à une session. Les enseignants y échangent leurs expériences et leurs trucs. Sébastien, prof de lettres et d'histoire au Blanc-Mesnil : "J'ai été baptisé au stylo à encre". C'est le premier intérêt de ces séminaires : libérer la parole, dans un milieu où l'on tend à cacher ses difficultés. Après avoir reconnu que c'était un peu le bazar dans sa classe, Sébastien a donné ses trucs : "D'abord, soigner le début du cours pour capter l'attention". Il commence toujours avec un document ou une photo-choc. Ensuite, dans la partie "éducation civique" de son programme, il a instauré des cours de politesse. Et pour la discipline, il utilise une "note de sérieux", qui compte pour un ou deux points dans la moyenne. (ND : "Quoi d'autre, dans la presse ?") Que va-t-on faire de PPDA ? C'est encore dans Le Parisien. L'ancien présentateur-vedette de TF1 a refusé d'être candidat UMP aux Régionales. Mais il garde des liens avec Nicolas Sarkozy : on l'a vu à l'Elysée le 3 décembre dernier. Serait-il candidat à la présidence de France Télévisions ? "Il n'est pas du tout en pole-position", dit un proche du dossier. Les traders vont-ils être remplacés par des automates ? Les Echos nous apprennent que des machines algorithmiques sont de plus en plus utilisées dans les salles de marchés. Elles représenteront 70% des volumes d'actions échangées aux Etats-Unis cette année, 25 à 30% en Europe. Programmées par des spécialistes, elles prennent des décisions au millionième de seconde près. Il faut augmenter Raymond Domenech... article provocateur sur le site Slate.fr. Alors que son salaire a fait polémique, il est plutôt dans le bas de l'échelle des entraîneurs qualifiés pour la Coupe du Monde : 18ème sur 32. Et l'an prochain, le continent incontournable de la planète foot sera noir. Coupe d'Afrique des Nations dans quelques semaines, Coupe du Monde en Afrique du Sud l'été prochain. Dans son dernier numéro, le mensuel So Foot publie un supplément consacré à l'Afrique... reportage notamment dans l'académie qui forme les futures stars algériennes. C'est l'histoire, à la fois fascinante et effrayante, de gamins que l'on repère dès l'âge de 12 ans pour en faire des vedettes, dont les meilleurs iront jouer en Europe. Dans cette académie dirigée par Jean-Marc Guillou, les enfants jouent pieds-nus. Explication d'un des responsables : "Les gamins ne pèsent pas bien lourd. Alors si t'ajoutes une chaussure de 300 grammes à chaque pied, c'est un handicap. Et puis, jouer pieds-nus améliore le rapport avec le ballon". On tente de concilier football, école et éducation. Interdit de mentir, de tricher et de voler, dans la foot academy. Et quand les petits deviennent grands, au bout de sept ans de formation, on commence à parler argent et négocier avec les grands clubs européens. Un responsable de l'académie le regrette presque : "Les gamins vivent ici leurs plus belles années. Les petits, tu les motives avec le match. Les grands, tu les motives par l'argent". Fin de l'innocence. Début de la gloire et des ennuis. Parlez-en à Tiger Woods... Bonne journée...

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