Patrick Cohen : Et précision d'abord : à cause du mouvement social chez Presstalis dont nous avons parlé sur France Inter, il sera à nouveau très difficile de trouver des journaux en kiosque aujourd'hui. A la Une ce matin, dolce vita en Italie... Bruno : « Dolce vita », comme le film de Fellini bien sûr, mais aussi le très beau livre qui vient de sortir aux éditions Stock sur les années de plomb. Fil rouge de toute l'Histoire jusqu'à l'Italie de Berlusconi... une certaine gangrène. Alors, dolce vita hier dans les rues de Rome ? Pas vraiment... … Son ambiance … La vidéo est sur le site du quotidien "La Repubblica" qui raconte l'ambiance dans les rues de Rome hier. Le centre était assiégé, après des défilés pacifiques, les "Black Bloc" ont attaqué la police pour essayer de s'approcher du Parlement. Puis, ils ont dévasté la zone du via del Corso. La capitale était blindée. Bilan : 90 blessés. Le jour où le Parlement a voté la confiance à Berlusconi. Berlusconi, "Toujours lui" comme le titre Libération ce matin. La motion de censure a été rejetée à trois voix près. Trois voix qui auraient du se porter contre lui. A quel prix ? Dans L'Alsace, André Schlecht reprend les propos d'un parlementaire qui accuse Berlusconi d'avoir acheté les voix. Le cinéaste Nanni Moretti a surnommé Berlusconi "le caïman", cet animal à peau dure. C'est un succès personnel incontestable, écrit Gilles Debernardi dans Le Dauphiné-Libéré. "Le vieux funambule se maintient encore, mais dans le vide". Car non seulement sa majorité parlementaire tient à quelques cheveux, plus ou moins teints, mais en plus le produit Berlusconi est périmé, dit un sociologue dans Libération. "L'imaginaire qu'il véhiculait autrefois, celui de la diffusion de la prospérité à tous par un entrepreneur à succès, c'est terminé !" Le séducteur s'est transformé en caricature de vieux beau. Le produit Berlusconi est périmé, mais il n'y a pas de produit de remplacement. Les succès de Berlusconi sont l'échec de l'opposition écrit François Sergent dans l'édito de Libération. Berlusconi est une autobiographie de la nation, écrit encore le journal. Une certaine Italie droguée à la télé paillette, portée à l'illégalité. C'est la culture de la Vespa, celle du p'tit malin qui se faufile et se démerde. Mais alors, où est l'autre Italie ? Il y a dix ans, un chanteur avait cette jolie phrase : "Je ne redoute pas tant Berlusconi en soi que Berlusconi en moi". Patrick Cohen : Des images de violence en Italie, mais en France aussi... Bruno Duvic : Oui, une France en gilets pare-balles et armes de guerre est à la Une de certains journaux. Scène de guerre à Aulnay-sous-Bois à la Une du Parisien, après le casse ultra violent hier. Les flics d'élite en manchette de La Provence. Ils ont libéré un buraliste, otage retenu pendant six jours par des malfrats qui réclamaient un million d'euros. A la Une de Var-Matin, ce sont des lycéens qui défilent après l'agression d'un des leurs au couteau à la Seyne-sur-Mer. Alors, "violence, grande criminalité : on en parle ?" demande le quotidien corse "24 ore". Même sujet à la Une de "Corse-Matin". Détail dans Le Parisien. Aujourd'hui, l'Assemblée territoriale à Ajaccio débat des moyens de combattre la grande criminalité car la Corse, statistiquement, est la région la plus meurtrière d'Europe. En quinze ans, près de 600 homicides y ont été répertoriés pour une population de 220.000 habitants, soit moins que le 15ème arrondissement de Paris. Le sentiment d'insécurité que peuvent créer tous ces titres chocs fera-t-il le jeu de Marine Le Pen ? En tout cas, elle fait encore la Une d'un journal : L'Express, cette semaine. Et à en croire France-Soir ce matin, ses propos sur les musulmans et l'Occupation ont fait mouche. Sondage IFOP : 39% des Français approuveraient ses propos, dont 54% des sympathisants UMP. "La laïcité revient au centre du débat politique" titre aujourd'hui Le Monde. Sujet dont nous parlions hier dans cette Revue de Presse. Patrick Cohen : A la Une des Inrockuptibles, du Figaro et des Echos, tout autre sujet... Bruno Duvic : Apple, Google : ce sont de grands méchants doux. Ces deux géants de la société numérique gardent une image jeune, cool et fraîche. Mais c'est un autre visage que renvoient les journaux ce matin. Fini les gentils Jedi de l'Internet ! "Apple : le côté obscur" titrent les Inrockuptibles avec le masque de Dark Vador dans une pomme noire. Car Apple et son patron Steve Jobs, c'est aussi une obsession pour le contrôle et une culture du secret. Marc Boget décrit un Steve Jobs qui ne supporte pas la contradiction. Guillemette Faure montre une entreprise qui poursuit presque systématiquement ses détracteurs. Les 46.000 employés d'Apple, eux-mêmes, sont confrontés à cette obsession du secret. La plupart découvre les nouveaux produits en même temps que le grand public. La pomme Apple a des reflets noirs... et pendant ce temps, Google est en train de tout croquer. En manchette du Figaro, ce titre : "La France conteste l'hégémonie de Google". L'Autorité de la concurrence détaille une série de pratiques douteuses sur le moteur utilisé pour plus de 90% des recherches effectuées par les Français sur Internet. La France accuse, mais les procédures se multiplient dans le monde rappelle La Tribune. La plus menaçante selon le journal, c'est celle de la Commission européenne qui se demande si les résultats de recherches affichées par Google sont bien honnêtes. Est-ce qu'il n'enverrait pas un peu trop facilement les internautes vers des sites estampillés Google. Et puis, le dernier géant de la société numérique qui fait la Une, c'est Free. Free qui bouscule à nouveau le marché du mobile, nous disent Les Echos. La nouvelle Free-Box permettra des appels illimités depuis le téléphone fixe vers tous les mobiles. Mais le prix de l'offre augmente de 20%. Encore une première page de journal, rien à voir avec ce sujet, mais c'est suffisamment pour être mentionné : le Paris-Saint-Germain retrouve les faveurs de la presse. "Paris gagnés" titre ce matin L'Equipe. Tribune pacifiée, recrutements réussis, style de jeu séduisant, résultats à la hauteur. "Le PSG est la très bonne surprise de la première moitié de la saison de football" écrit L'Equipe. Patrick Cohen : Vous avez commencé avec l'Italie, on termine avec l'Allemagne... Bruno Duvic : "L'Allemagne veut-elle encore de l'Europe ?" se demande La Croix ce matin. A la veille du Sommet européen de Bruxelles, selon le journal, "Angela Merkel désoriente les Allemands sur l'Europe". Vis-à-vis de ses partenaires, elle est considérée comme la "Madame Non" du continent. Et même en Allemagne, sa politique européenne est critiquée des deux côtés. Les orthodoxes lui reprochent de trop céder aux Européens, les europhiles craignent que l'image de leur pays se détériore en Europe. La Croix résume cela en une formule : le chancelier Kohl incarnait une Allemagne européenne, la chancelière Merkel semble incarner une Europe allemande. C'est sans doute excessif, comme le dessin de Cabu cette semaine dans Le Canard Enchaîné, très drôle, sur le thème de la réconciliation allemande : le président et la chancelière dansent collés-serrés. Nicolas Sarkozy a la main sur les fesses d'Angela Merkel qui pense à autre chose en attendant que le mauvais moment passe. Elle pense à un autre couple. Oui à l'amitié franco-allemande, mais de Gaulle, lui, ne pelotait pas Adenauer.

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