Et des journaux suspendent le temps pour marquer la tragédie ; c'est la Une du parisien et de la dépêche, pour dire l'horreur, c'est la une de l'indépendant et de Midi Libre mais aussi du télégramme, bien loin de Millas dans les Pyrénées-Orientales où un bus scolaire a été brisée en deux à un passage à niveau...

On voit de la tôle déchirée, dans un éclairage nocturne ou dans la grisaille sale d'une horrible après-midi, on lit les mots de Audrey dont la petite sœur a vu ses amis sous des draps blancs  et des sacs de cours éparpillés un peu partout,  on effleure l’hôpital de Perpignan où une maman vient d'apprendre que son fils est dans un état grave ou très grave...

On est dans ces moments le journalisme doit inscrire le drame dans notre histoire collective, mais au risque du sensationnel et nos journaux sont délicats, mais ils posent des questions aussi.

Il y a eu 111 accidents de passage à niveau l'an dernier, et 31 morts rappelle le Parisien, et l'Indépendant recense les accidents qui ont lieu sur même ligne régionale, depuis la mort d'un ouvrier agricole dont le tracteur avait été fauché par un train au passage à niveau numério 36, à Néfiach, c'était en 2004... 

L'éditorial de la dépêche s'appelle "accablement"...

L'enquête va durer des mois, des années et on conclura qu'il faudrait supprimer les passages à niveau et comme d'habitude on fera le constat que cela coute trop cher et demain, il y aura à nouveau des morts...

Et on reste imprégné ce matin par ces enfants

Et vous verrez Léa, en lisant la presse... on est attiré par d'autres articles, sur d'autres enfants... qui vivent et qui bougent... qui ont de la chance... 

Ce petit garçon de 8 ans, c'est dans la Provence, qui s'est échappé de sa cour d'école, et que la police a retrouvé...  des enfants qui se battent pour s'en sortir, dans des collèges populaires de Strasbourg: des élèves de polytechnique viennent les aider à se dépasser, c'est une reportage tonique dans libération... Des enfants d'espoir ou des enfants qui souffrent parce les adultes ne sont pas toujours courageux

Ainsi ce principal de collège à Armentières, raconté dans la Voix du Nord, qui a dit ceci au petit Arthur, 12 ans, persécutés par d'autres élèves depuis la rentrée... "Mais pourquoi tu ne lui a pas mis une droite"?"  Et La voix du Nord raconte un collège où l'on étouffe les problèmes, et Arthur, détruit en quelques semaines, c'est le mot de sa maman, retiré de l'école en état de stress intense. 

Mais au moins Arthur est vivant...

On parle d'un lieu de mémoire dans le magazine du Monde

M, qui sera en kiosque ou sur internet cet après-midi... L’abbaye d’Ardenne en Normandie devenue l'Institut mémoire de l'édition contemporaine, on y conserve les archives des écrivains artistes et penseurs du XXe siècle... et M raconte Marine Baudrillard, la veuve du grand philosophe Jean Baudrillard, qui un hiver, a entreposé dans le coffre de sa voiture les dossiers de son mari...  

"Je suis arrivée de nuit, il y avait du givre et des étoiles dans le ciel, je me suis dit, c'est tellement beau, c'est là que doivent être ses petits carnets." Et les  carnets de Baudrillard ont rejoint les souvenirs d’Eric Satie, de Chéreau, de Robbe-Grillet de Duras... et le manuscrit de « Une suite française », d'Irène Nemirovski, abandonné à la déportation de la romancière...  

Le reportage s'appelle « écrits et chuchotement »... Il apaise ce jour de deuil... Il dit aussi la beauté des continuités... quand une abbaye devient l’écrin de vieux manuscrits... On lit dans la croix de jolis témoignages, d'artisans, qui fabriquent des objets du culte, et témoignent de la grâce de l'art sacré... C’est la même joie.

Les journaux retiennent encore Johnny Hallyday

Et il est curieux, après les tendre demi-teintes d'une abbaye normande, de rencontrer un autre deuil... inondé de soleil... c'est dans Paris Match, les photos de l'enterrement de Johny Hallyday à Saint Barth, et d'une famille de blanc vêtue... et cette lumière s'oppose aux corps vêtus de nor samedi dernier en l'église de la Madeleine... Match consacre 50 pages au départ de Johnny, et l'on peut trouver indécents les gros plans les fillettes du chanteur qui embrassent le cercueil de leur père, ou bien ceci nous appartient... Mais il y a d'autres photos, des amoureux de Johnny devant le cortège funèbre, cette grand-mère rockeuse aux lunettes rouges et au biceps tatoué d'une croix et d'une guitare...  et ces images valent mieux que tant de mots... 

C'était il y a moins d'une semaine, c'est dur de laisser les gens partir...

Des passionnés de généalogie ont découvert à Johnny et Jean d'Ormesson des ancêtres communs, à Namur au 15e siècle, Jean de la Malaize, seigneur de Dongelberg  et son épouse Marie Smaele de Broesberghe.... 

Pendant ce temps, la vie, hebdomadaire catholique,  s'étonne tendrement que ce Johnny, ce pêcheur, célébré en la Madeleine, ait ramené l'église et la foi au coeur de l'émotion nationale... 

Ce sont donc les consolations des croyants. Aux autres et aussi au croyants, il reste des nourritures terrestres... et l'on méditera dans M -encore- sur le gout de la mer, comment le plat de poisson nous est venu à l'âme... 

Et il reste aussi  et c'est notre vie, le journalisme, le gout de la vérité, ce qui nous rend libre.

Vous verrez dans les Jours comment le numéro deux de Canal plus international a été renvoyé, après un reportage sur le Togo,  pays où Vincent Bolloré a réalisé, "Vivendi compris, un gentillet chiffre d’affaires de 5,18 milliards d’euros depuis le début de 2017" disent les jours, qui racontent comment l'intérêt immédiat de l'actionnaire devient une norme contraignante, sur des journalistes prisonniers de leur emploi.

A France Inter, nous sommes heureux. 

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