C'était il y a un peu moins de dix ans... Louise avait alors 76 ans... Comme chaque soir, elle a sa fille au téléphone. Elle lui raconte sa journée. Tout à l'heure, elle s'est réveillée de sa sieste et s'est habillée pour aller à la messe. Mais à la messe, il n'y avait personne : Louise avait confondu 9 heures du soir et 9 heures du matin... C'était les premiers signes de la maladie d'Alzheimer. Depuis, la santé de Louise s'est dégradée. Aujourd'hui, sa fille prend presque tous ses repas avec elle. Mais en plus, les cousins passent régulièrement. Une aide ménagère est là deux heures le matin. Une autre personne lui tient compagnie l'après-midi. Et les voisins ont les clés de la maison. Cela fait au moins sept personnes autour de Louise. C'est une personne âgée dépendante, comme il y en a des dizaines de milliers aujourd'hui en France. La dépendance, avec les retraites et les chômeurs en fin de droits (on y reviendra), c'est l'un des dossiers du Sommet social aujourd'hui à l'Elysée. La Croix y consacre son dossier de Une... Le journal raconte aussi l'histoire de Danièle, qui a vendu son magasin, changé d'appartement et vu son couple partir en lambeaux, parce qu'elle s'occupe tous les jours de sa maman. On vit de plus en plus vieux aujourd'hui en France, et de mieux en mieux. Formidable ! Mais cela bouleverse les équilibres économiques et sociaux. Il y aura deux millions de personnes de plus de 85 ans en 2015. Bien sûr, toutes ne seront pas dépendantes. Mais on estime qu'une sur six le sera. Ce bouleversement est une bombe à retardement, qui grandit à l'ombre des retraites pour l'instant. Dans les années à venir, il va falloir trouver 6 milliards d'euros par an supplémentaires pour prendre soin de ces personnes et soulager leurs proches. En Allemagne, une cotisation obligatoire, financée moitié par le salarié moitié par l'employeur, existe depuis quinze ans. En France, les pistes de financement tournent plutôt autour de la CSG, de l'impôt sur le revenu ou d'une nouvelle taxe. (Nicolas Demorand : "Les personnes âgées à la Une : c'est aussi la question des retraites")... Personnes âgées, seniors, troisième âge, anciens... On ne sait pas quel mot employer, tant les situations sont différentes. "On ne peut pas classer toutes ces personnes dans une catégorie", dit la psychologue Marie de Hennezel dans Le Figaro. Et puis aujourd'hui, à 60, 70 et même 80 ans, beaucoup sont en pleine forme. Mais là aussi, bouleversement : celui de l'équilibre de nos régimes de retraite. A lire la presse, ce matin, il y a un sentiment d'urgence et de violence... "Il faut agir vite pour éviter le pire", nous dit France-Soir. "Les retraites, c'est explosif", pour Chantal Didier dans L'Est Républicain. C'est "le venin du serpent", pour Francis Lafon, dans L'Alsace. "Le bras de fer s'engage", titre Le Figaro. Faut-il reculer l'âge légal de la retraite ? Le Parisien rappelle que, partout en Europe, c'est 65 ans, voire plus, alors que la France en est toujours à 60. Martine Aubry elle-même semblait accepter un report de l'âge légal, avant de revenir sur ses déclarations. Alors que veut la gauche, et en particulier le PS, sur ce sujet ? C'est Libération qui pose la question, ce matin. Car le PS traîne ce dossier comme un boulet pour ne pas l'avoir réglé sous le gouvernement Jospin. Quoi qu'ils fassent, les socialistes sont coincés : soit ils jouent le jeu, soit ils acceptent une réforme consensuelle, et ils auront un problème de report des voix à la gauche de la gauche. Soit ils adoptent une posture d'opposants, et l'électorat modéré ne les trouvera pas très responsables. Alors Laurent Joffrin leur donne un coup de main, ce matin, dans l'édito de Libé. Pour lui, l'âge légal de la retraite est une mauvaise base de discussion : - d'abord, parce que l'âge réel a déjà dépassé 60 ans. C'est 61,5 en moyenne ; - et surtout, si on agit sur l'âge légal, les victimes seront tous ceux qui ont commencé à travailler très jeunes, autrement dit les catégories les plus modestes ; - il faut donc moduler l'âge de la retraite selon la durée des carrières et l'espérance de vie, qui n'est pas la même pour un cadre et pour un ouvrier. Aucune décision ne sera prise aujourd'hui sur ce sujet très lourd. Ranson préfère en plaisanter dans Le Parisien : - François Fillon s'adresse à Nicolas Sarkozy : "Nos retraites sont gravement compromises". - Réponse du Président : "Décidément, tout est fait pour m'obliger à me représenter"... (ND : "Troisième dossier de ce Sommet social décidément très chargé : les chômeurs en fin de droits")... Oui, et ce n'est pas le moindre des dossiers. Un million de chômeurs en fin de droits cette année. L'Humanité leur donne la parole... "Est-ce qu'on peut vivre avec 460 € par mois ?", demande Maguy, une ancienne de chez Moulinex. Claude, 56 ans, ancien de chez Wonder, raconte son parcours : galère sur galère depuis presque trente ans. Le moment de basculement, c'est 1983 : le tournant de la rigueur, sous la Présidence de François Mitterrand. Son usine est condamnée. Aujourd'hui, Claude est en colère : "Si tous les gens sortaient ensemble pendant deux jours ou une semaine, croyez-moi, la situation changerait". C'est encore l'histoire de Christophe, qui n'a plus de prénom mais un numéro de matricule à Pôle Emploi. Il était menacé d'expulsion de son logement. C'est son ex-épouse qui l'héberge : elle n'a pas voulu que le père de ses enfants soit à la rue. "Vous mesurez tout ce que cela sous-entend ?", demande Christophe. Contexte économique et social morose, ce matin encore, vous l'aurez compris. Les Echos redoutent que la fin des plans de relance fasse trébucher la timide reprise en Europe. Alors on trouve des raisons de se réjouir où l'on peut. Ce matin, l'édito de Patrice Chabanet, dans Le Journal de la Haute-Marne, a pour titre : "Revigorant". Il revient sur les victoires françaises en sport, ces derniers jours : les Bleus du handball, les Bleus du rugby et les deux médailles d'or françaises à Vancouver. "Continuez à nous émerveiller, dit-il aux champions : c'est bon pour le moral". L'Equipe, de son côté, salue "l'or des braves" avec, à sa Une, les deux médaillés d'or : le spécialiste de biathlon Vincent Jay et celui de combiné nordique Jason Lamy Chappuis. (ND : "Et dans Le Parisien, ce matin, un sas de décompression")... Il est pour les enfants d'Haïti qui vont être adoptés en France. Dans les semaines à venir, près de 180 enfants devraient rejoindre l'Hexagone, et 500 autres procédures sont en cours. La France est la première terre d'accueil des petits Haïtiens. Mais le gouvernement redoute que les adoptions n'aillent trop vite... d'où l'idée d'un sas de décompression : ils passeront entre huit et quinze jours à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, entourés de psychologues, de médecins, de juristes, mais aussi de leur famille d'accueil. Le pédo-psychiatre Marcel Rufo défend cette idée de plage de décompression... "Les orphelins ont déjà vécu un traumatisme avec le séisme. La plupart ne parlent que le créole et n'ont jamais rencontré leurs parents français. Vous imaginez ce que ça peut faire de passer du jour au lendemain du chaos à un petit pavillon rempli de jouets, où l'on ne parle que le français ? Un temps d'adaptation est nécessaire". Allez, je vous emmène dans une autre île, pour terminer... Il vous reste quelques jours pour trouver en kiosque le numéro de Géo consacré à l'Ile Maurice. La première journée sur l'île, vous la passerez à mettre de l'ordre dans votre esprit. Car l'Ile Maurice, derrière la plage, est un pays surprenant, peut-être un laboratoire. Economiquement, ce petit Etat entre Asie et Afrique joue très bien sa carte de passerelle. Et puis l'Ile Maurice, c'est un véritable costume d'Arlequin : toutes les couleurs, toutes les religions du monde et de l'Histoire semblent s'être donné rendez-vous ici. On parle de "sino-mauriciens", de "franco-mauriciens", d'"indo-mauriciens", et bien sûr de "créoles". Avec Géo pour guide, on remonte la rue Royale de Mahébourg. En quelques photos, on passe d'une boutique de vidéo (où l'on trouve Hollywood et Bollywood) à la boulangerie "La Flute enchantée", tenue par le roi de la baguette française (qui est d'origine indienne). Entretemps, vous aurez croisé des manguiers, un marché aux mille saveurs et une rivière où les femmes créoles lavent leur linge et les femmes hindoues purifient leur esprit. Les rapports ne sont pas toujours faciles, loin de là. Mais les Mauriciens misent sur le dialogue, la courtoisie et les jeunes générations. C'est un Etat très jeune : moins de 50 ans. Mark Twain disait avec humour de l'Ile Maurice qu'elle avait servi de modèle pour la création du Paradis. Elle servira peut-être de modèle à l'heure de la mondialisation... Bonne journée...

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