(Nicolas Demorand : "Les envoyés spéciaux des journaux sont arrivés à Port-au-Prince")... Et cela faisait longtemps que l'on n'avait pas lu des récits aussi violents et insoutenables dans la presse. Alors, pas de commentaire : juste les faits, particulièrement durs, soyez-en prévenus. Parole aux reporters... Christophe Ayad, envoyé spécial de Libération... "Un homme s'éponge le front et ôte le bandeau de chiffon blanc qui lui recouvre la bouche pour aspirer une goulée d'air : il a terminé sa besogne. A ses pieds, un corps emmailloté dans un drap blanc : c'est sa femme. Adrien Saint-Louis a les yeux baissés vers la civière : on ne sait pas comment la ramener... Il n'y a pas de transports, par de morgue, pas de nourriture. Tout est arrêté. Port-au-Prince, écrit Christophe Ayad, est une ville qui marche KO debout, comme un somnambule. La foule ressemble à une armée en déroute. Tout le centre-ville a été ravagé. La cathédrale semble avoir subi un bombardement. Le Palais national a été comme décapité par la main d'un géant. La caserne est en ruines. Même les églises n'ont pas résisté. Il ne reste parfois que le crucifix ou la façade, comme un Golgotha. Un homme a perdu sa cousine, Marmotte, partie pour l'éternité. 'Nous vivons à la merci. Ma maison est à côté du pénitencier'. Les prisonniers se sont échappés : maintenant, la ville est pleine de bandits. Dans la ville, la police passe avec des haut-parleurs et demande aux habitants de ne plus se déplacer". Tanguy Berthemet enchaîne dans Le Figaro... "Partout, des groupes, portant des baluchons sur la tête, errent à la recherche d'un endroit sûr. A la crainte des répliques, s'ajoute maintenant celle de la nuit, dans cette ville plongée dans le noir faute d'électricité. Le grand parc du Champ-de-Mars est transformé en un immense dortoir à ciel ouvert. Des milliers de personnes sous les arbres, à l'ombre des ruines du Palais présidentiel. Les coupoles du vaste bâtiment colonial gisent sur le gazon. Une femme pleure en silence ses deux enfants, morts dans les murs de leur école. Elle n'a rien mangé depuis 24 heures : les rares plats sont réservés aux enfants survivants. A l'hôpital général, dans une cour, les cas les plus graves ont été regroupés. Des médecins, l'air épuisé, passent entre les malades". "Au milieu de la nuit de mercredi à jeudi, écrit Sandrine Briclot dans France-Soir, la rumeur d'un tsunami a parcouru la ville". Dans Le Monde, Jean-Michel Caroit a descendu la route qui mène au quartier du Canapé Vert... "Les cadavres sont alignés sur les bas-côtés. La plupart des stations-service n'ont plus de carburant. Des spéculateurs à la petite semaine proposent déjà le précieux carburant au double du prix affiché". Tous les envoyés spéciaux relèvent cette expression, entendue ou lue sur les murs de Port-au-Prince : "Jésus ! Jésus ! Sauve-nous !". Version créole est à la Une de La Croix : "Ségné vin sové nou !". Dans les ruines de l'hôtel Montana, Philippe Larue, envoyé spécial de La Provence, a assisté à un sauvetage : celui de la petite Sarah, qui tapait sur un tuyau pour se faire entendre. Sa maman résume l'histoire récente d'Haïti, faite de violences. Son mari a été kidnappé et assassiné il y a quelques années. Ses deux garçons ont quitté l'île, de peur de subir le même sort. "La capitale est une ville fantôme qui sent la mort", conclut Philippe Larue. Le regard des enfants dit une chose : il faut aider ce pays. (ND : "Au-delà de ces récits, la presse multiplie les éclairages")... Et on retiendra juste cette précision très utile, dans Le Parisien-Aujourd'hui... Elle est donnée par le président du comité qui contrôle les associations et les fondations. "Si vous voulez donner de l'argent, donnez à des organisations qui ont pignon sur rue, pas à des individus. En quelques clics sur Internet, on peut vérifier si l'association a une présence effective en France et si l'aide à Haïti fait partie de son projet". (ND : "Dans les journaux également, beaucoup d'articles sur la grogne du monde judiciaire")... Ils étaient 400 hier sur les marches du Palais de Justice de Paris : avocats, magistrats et fonctionnaires rassemblés. Dans la foule, on distinguait même les robes rouges des représentants du Parquet. Objet du courroux : le projet de supprimer le juge d'instruction. Mais la grogne va au-delà, à en croire le "J'accuse" du monde judiciaire, publié dans L'Humanité. Parole à des hommes de loi célèbres... Le juge Van Ruymbeke d'abord, sur ce projet... Il est pour la suppression du juge d'instruction, mais si l'on transfère ses pouvoirs à un Parquet indépendant. Or, cela n'est pas le cas. "La saisie d'un juge d'instruction, rappelle Renaud Van Ruymbeke, concerne 5% des affaires, mais ce sont les plus sensibles. On est confronté, dit-il, à un réel désir de mainmise du pouvoir sur toutes ces enquêtes". "Vous pensez que c'est la volonté profonde du gouvernement ?", lui demande L'Humanité. Réponse : "J'en suis persuadé". Ce projet fait des vagues jusqu'au sommet de la hiérarchie judiciaire. Jean-Louis Nadal, le procureur général près la Cour de Cassation, s'en est ému hier lors de l'audience de rentrée de son institution. C'est à lire dans Libération et dans Le Figaro... Le Figaro qui précise que François Fillon, présent à cette audience, a garanti aux magistrats leur indépendance. De son côté (retour à l'Humanité), Maître Henri Leclerc empoigne le combat des avocats pour une présence permanente lors des gardes à vue. "N'oublions pas que les dossiers dramatiques comme l'affaire Outreau ont commencé par des gardes à vue scandaleuses". Et cette question crée des tensions entre magistrats et policiers. Information du Monde. Les officiers de police judiciaire de Seine-Saint-Denis ont refusé de procéder à plusieurs interpellations ce mois-ci et en décembre : les magistrats demandaient la présence des avocats dès le début de la garde à vue. Je ne sais pas si la justice sera un jour saisie de l'affaire détaillée dans Libération : une fraude à 5 milliards d'euros sur le marché du carbone. En résumé, la mauvaise harmonisation de la TVA en Europe sur le marché des permis à polluer a ouvert la voie à de grosses arnaques. Vous achetez les quotas dans un pays où ils sont vendus hors taxe. Vous les revendez dans un autre où ils sont soumis à TVA, et vous empochez la différence. Dès qu'elle a découvert l'arnaque, la France a décidé de mettre fin à la TVA qu'elle appliquait. (ND : "La polémique politique du jour")... Elle est le fait de Vincent Peillon. Le socialiste a annulé sa participation à l'émission de France 2 "A vous de juger", mais il l'a annoncé alors qu'elle avait déjà commencé hier soir. Explication de Rue89 : cette émission était en réalité un match entre Eric Besson et Marine Le Pen. Il était relégué en deuxième partie de soirée. Il ne voulait pas cautionner ce débat. France 2 dit qu'il était parfaitement au courant, et parle de "méthode de voyou". Vincent Peillon assume sur le site Rue89 : "Je voulais qu'il y ait un incident. Il fallait que ça fasse un peu scandale. Et je ne voulais pas qu'ils se rabattent sur un autre socialiste". Et sur son blog, il demande carrément des têtes : la démission d'Arlette Chabot et des dirigeants de France 2 qui ont autorisé cette opération. Commentaire sur le site de Marianne : "Sa position est aussi maladroite que compréhensible : comment accepter de n'avoir droit qu'à quelques minutes de parole dans une émission dédiée au polissage de l'image d'Eric Besson ? Il n'empêche : Vincent Peillon aurait pu venir s'expliquer sur le plateau sur son refus. En s'effaçant au dernier moment, il offre au regard des Français l'image d'un PS démissionnaire... comme si la nation et l'immigration demeuraient un tabou pour la gauche... comme si elle n'avait rien à défendre sur ce terrain"... Allez... A propos de politique, terminons avec un tout petit détail, relevé dans un article du Point consacré aux époux Balkany. C'est dans la série "Petites mesquineries et monde sans pitié"... La scène se passe lors de la garden-party du 14 juillet 2002. Les Chirac sont au pouvoir. Mme Chirac accueille très froidement Patrick Balkany : "Oh c'est vous...". Réplique d'Isabelle Balkany : elle retourne sa bague et, son tour venu, elle ne serre pas la main de la Première dame mais la broie. Autrefois, on cachait du poison dans les bagues. Il en reste quelque chose... Bon week-end...

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