Benoit XVI n'est plus le co-auteur du livre emmené par le cardinal Sarah, le Monde, la Croix, Ouest-France, le Figaro. Un chroniqueur des Echos, post-mortem, veut devenir du compost. Dans un jardin du souvenir de Reims, l'administration a retiré les doudous et ex-votos posés en mémoire d'enfants disparus, l'Union.

On parle de chiffres ce matin...

De chiffres de statistiques d'études d'évaluation de ratio de rendement de recensement; on parle de chiffres qui sont "une dictature" dit le Un qui nous croque cette semaine en prisonniers disséqués soumis, puisque désormais la prière matinale de l'homme moderne n'est plus la lecture du journal, comme la pratiquait le philosophe Hegel (et votre désuet serviteur) mais l'énonciation du chiffre.

"Le nombre de kilomètres de bouchons tu connaitras, aux bulletins météo tu te fieras,,tes codes de cartes de crédit et codes pin tu retiendras, du cac 40 tu seras informé, 10000 pas chaque jour tu feras, 5 fruits et légumes par jour tu mangeras. »

Le chiffre est un pouvoir, il fut pour une arme pour le sociologue américain William Du Bois qui mit en statistiques corps à la réalité des noirs américains avant l'égalité... Mais il est désormais pour chacun d'entre nous une norme qui nous redéfinit jusque dans notre intime, et à lire le Un, on  veut devenir le poète grec Constantin Cavafis, qui bien longtemps avant nos algorithmes, en 1897, écrivait ceci.

"La seule chose à la quelle ne pense toujours avec joie, c'est que dans la grande addition, leur addition que je déteste, dans le total je n'ai pas été compté".

Je pense au Un en feuilletant mes journaux qui pour mon bien m'informent, et sans les chiffres que seraient-ils, ce jour de grandes statistiques démographiques.

L'Eveil de la Haute-Loire est contente parce que la population locale a gagné 1.597 habitants entre 2012 et 2017 pour atteindre il y a trois ans  227.283 âmes. Le même Eveil me dit l'exaspération d'une famille de Chadrac dont le mur de la propriété vient d'être percuté par un chauffard pour la 6e fois en 15 ans. Est -Eclair m'émeut de deux chiffres en Une, « ils avaient entre 19 et 20 ans », l'âge de  Camille, Enzo et Corentin qui sont morts quand leur voiture est tombée dans un canal, le conducteur a survécu, il conduisait avec un gramme d'alcool dans le sang, ce chiffre le suivra comme un poison. Le Monde me dit  une étude portant sur 755.459 personnes suivies pendant dix ans: si je pratique une activité physique hebdomadaire modérée de 2 heures et demie à 5 heures je diminuerai de 8% mon risque de cancer du colon, et de 18% le risque de cancer du foie... Mais en cas de maladie, le sport, ajoute le Monde est bon pour le moral, je comprends mieux.

Le moral est immatériel si le sport est compliqué..

L'Equipe et le Parisien racontent les joueurs de tennis qui étouffent aux qualifications de l'open d'Australie,  où jouer dans les vapeurs du grand incendie semble une crise d’asthme, quand les animaux domestiques, à Melbourne, restent à l'abri dans les maisons.

Qu'en aurait-elle écrit, la splendide Judith Elian au français roucoulant qui lui venait de Roumanie et de Hongrie, elle couvrait le tennis quand les femmes n'étaient pas nombreuses dans le journalisme sportif, Judith Elian est morte avant ses 90 ans, m'apprend l'Equipe, elle respirait mal, décidément, je l'ai connue.

Et on parle de coup de vieux...

Et on sourit pour Libération qui nous interroge, sur ce coup de vieux qui nous prend, tous et chacun. Pour Claudine ce fut quand un gamin lui a dit qu'il ne connaissait pas la marque Motobécane. Pour Patrice, quand le conducteur d'une fourgonnette qui coupait la route a son vélo lui a dit, « t'as de la chance que t'es vieux sinon je t'aurais cassé la gueule ».

On nous parle ce matin d'un vieux monsieur l'ancien Pape Benoit XVI dont on apprenait lundi qu'il s'élevait contre le mariage des prêtres et contre le Pape François dans un livre écrit avec le conservateur cardinal Sarah... Livre qui résonnait comme une charge contre le Pape actuel François. Mais en une journée de polémique, quelque chose a changé. Benoit XVI par son secrétaire a demandé à ne plus figurer comme coauteur du livre, dont les passages les plus durs n'ont été écrit que par le Cardinal Sarah, véritable auteur d'un ouvrage dont benoit XVI n'est désormais qu'un collaborateur... Ténébreuse histoire que la Croix et Ouest- France racontent un peu choqués, que le Monde décrit avec une minutie teintée d'ironie, tandis que le Figaro s'arcboute sur son scoop.  Mais que pense, le vieil homme qui ne parle plus?

Quelque chose nous prend du temps inexorable.  Dans les Echos, le chroniqueur libéral Gaspard Koenig nous parle avec une poésie rare de son ambition ultime, finir en compost humain, et donc devenir un arbre une feuille; une première installation s'ouvre a Seattle. Il cite Giono, Koenig, et c'est beau.

A Reims, je lis dans l'Union, existe au cimetière de la Neuvilette un jardin du souvenir, où l'on saupoudre les cendres d'enfants disparus et on laisse en leur mémoire des souvenirs, des doudous, des photos. Sans sommation l'administration a ramassé peluches et photos, galets et petits anges, tout a été retiré il n'est pas besoin de chiffres pour être inhumains.

Et on parle de libertés pour finir...

Toutes sont précieuses. Voyez dans la Croix la liberté grisante d'être un adolescent que les autres regardent, que le charisme ou l'élégance le style transforme en adolescent populaire, mais il faut alors préserver son statut prendre garde aux jalousies, à qui peut-on faire confiance, la liberté est stressée. 

Voyez dans la Voix du Nord la liberté rare de nos jours de savoir que l'on va travailler encore et longtemps et hier, à Onnaing, on a applaudi aux voeux du patron de l'usine Toyota qui va de succès en prospérité... 

Voyez dans Sud Ouest la liberté plus rare encore de disparaitre de la surveillance du web, et on nous dit le parcours de ceux qui veulent effacer de google une part de leur passé... Dans l’Eclaireur du Gatinais, j'apprend que la famille de Yanis nous demande de retirer d'internet les photos de ce jeune champion de douze ans, mort samedi en voiture en allant à un tournoi taekwondo. Ils demandent, eux la liberté de pleurer.

A Taïwan me dit le Figaro, Lam Wing Kee, qui a fuit Hong-Kong, où il était traqué par la police chinoise, va redevenir librement libraire... La Chine est vaste pourtant, et compte aussi une fleur de cinéma qui ravit aussi bien le Figaro que l’Humanité ou le Monde, elle s'appelle Yuan Qing et son premier film raconte une étudiante chinoise qui tombe en panne en vélo en Malaisie, elle y croisera un écrivain français, Pascal Greggory, on est dans Rohmer lis-je. Bonheur.

Dans Sud-Ouest encore, je lis ceci. A Tonneins, Lot-et-Garrone, existe un mur, un monument aux morts de 14-18. Un historien local veut lui ajouter un nom injustement oublié, celui d'Yvon Bolle, mort en 1920 d’une maladie contractée au front. C'est une mort trop tardive pour l’administration, mais pour un nom, on sauve l'humanité; 

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