Yves Decaens :

En tout cas dans ce qu'on appelle les tabloïds, la presse à scandales, elle-même secouée par un scandale. C’est la Une deLibération qui revient en détail sur l'affaire Murdoch et ses conséquences. C’est d'abord le premier groupe de médias de la planète qui se voit menacé, des dizaines de quotidiens, magazines, chaines de télé, sites Internet, maisons de disques et studios de cinéma. Rupert Murdoch, 80 ans, plus de six milliards de dollars, 117ème fortune du monde. A quel prix ? On sait aujourd'hui que les journalistes de News of the World, le plus important et le plus ancien de ses tabloïds, pratiquaient l'écoute téléphonique illégale. 4.000 personnes auraient été espionnées, raconte Sonia Delesalle-Stolper. Des célébrités, mais aussi les parents de jeunes filles assassinées ou les familles des soldats tués en Irak, jusqu'à la famille royale qui avait été écoutée en 2005. Mais seuls un journaliste et son détective privé avaient été arrêtés et condamnés. Cette fois, neuf personnes ont été interpellées à ce jour, dont l'ex-numéro 2 du journal, pas plus tard qu'hier. Et surtout, l'ex-rédacteur en chef de News of the Wolrd, Andy Coulson, devenu entre temps le conseiller en communication du leader de l'opposition, David Cameron, devenu premier ministre et qui se retrouve en mauvaise posture. Deuxième conséquence de cet énorme scandale qui remet en cause, comme le souligne encore la correspondante de Libé à Londres, les relations troubles qu'entretiennent les médias, les politiques et la police britanniques. Ce qu'exprime aussi Jean-Gabriel Frédet dans Le Nouvel Observateur, en évoquant ces médias dévoyés, ces hommes d'affaires sans scrupule, qui se sont ligués pour réduire la presse populaire au plus bas niveau de la presse caniveau, avec la complicité de Scotland Yard et la protection objective des politiques. On lira également dans Le Point, dans L'express, comment les basses œuvres du Citizen Murdoch éclaboussent le premier ministre, et surtout comment elles se retournent aujourd'hui contre le principe du « toujours plus de transparence » qu'exige l'ancrage très libéral de la société britannique. Troisième conséquence, « La presse trash se crashe », résume joliment France- Soir, pour mieux affirmer la distance qui sépare la presse populaire de l'Hexagone des tabloïds anglais. « Et oui, reprend François Sergent dans Libération , la presse de Murdoch justifiait ses calomnies au nom de la morale publique et du droit de savoir en méprisant, au passage, les journaux français et leur respect pour la vie privée. Aujourd'hui, conclut-il, la Grande-Bretagne qui aime à se dire la mère des démocraties gagnera à faire rendre justice à Murdoch ».

Pierre Weil :

Les politiques sont sur la sellette en Grande-Bretagne, où Murdoch avait été aussi le soutien de Tony Blair, rappelons-le. Ils sont remis en cause dans la zone euro pour leur gestion de la crise.

Yves Decaens :

Pour leurs atermoiements dans la gestion de la crise, c'est le dessin de Plantu à la Une du Monde : les dirigeants européens ont remplacé les étoiles du drapeau de l'union, ils sont allongés en train de dormir et l'un d'eux se contente d'affirmer : moi j’vous le dis, l'euro saura résister ». Façon de dire ce que tout le monde pense apparemment de ces Européens qui devaient se voir en urgence ce vendredi à Bruxelles et finalement, se verront peut-être plus tard.

On se croirait chez les médecins de Molière, remarque Eric Chol dans La Tribune. Ces grands docteurs invités à se rendre à une consultation pour un homme qui est mort hier, comme dit Toinette, le personnage du « Malade imaginaire ». C'est tout à fait normal puisqu'il s'agit de voir ce qu'il aurait fallu faire pour le guérir. Voilà, l'Europe est vraiment malade et ce sont les docteurs, cette fois, qui sont imaginaires. Ce que pense aussi Florence Couret dans La Croix, en filant également la métaphore médicale : « Malgré le tableau clinique plutôt sombre, les soins tardent à venir, les symptômes s'aggravent et la contagion s'organise. Il ya dans ces tergiversations au chevet du malade, écrit-elle, de quoi faire enrager le plus convaincu des europhiles. Et oui, Alain Frachon, le regrette amèrement dans Le Monde : « La crise de l'euro, c'est une crise de l'Europe, de l'envie d'Europe, l'histoire d'une libido qui flanche ! Car cette crise-là, les 17 l'ont fabriquée tous seuls ! En affichant leur désinvolture, semblant ignorer que les marchés détestent le flou et l'indécision. Electoralisme ni plus ni moins, constate Yves Thréard dans Le Figaro, en renvoyant à l'exemple américain, pas beaucoup mieux en l'occurrence. Là-bas, c'est un bras de fer entre Obama et les républicains qui place les Etats-Unis, dont la dette est abyssale, sous la menace des agences de notation. Faut-il augmenter les impôts des plus riches ou diminuer les dépenses publiques ? Divergences politiques qu'on retrouve de ce coté-ci de l'Atlantique, conclut Thréard. Et sans elles, sans l'électoralisme qui les accompagne, il y a bien longtemps que la tragédie grecque serait dissipée car, on peut en penser ce qu'on veut, mais Le Monde dans son éditorial, l'énonce très clairement : l'euro est un atout. L'actualité de la zone euro est tellement sinistre qu'on prendrait volontiers la monnaie unique pour une malédiction mais rien n'est plus faux. L'euro n'est pour rien dans l'état désastreux des finances publiques (la preuve, les situations américaine et britannique qui ne sont pas meilleures). Et sans l'euro, c'est toujours Le Monde qui parle, la France aurait du dévaluer plusieurs fois ces dernières années. La monnaie unique, c'est un vrai bouclier contre les chocs financiers de l'époque mais, voilà le problème, cela nécessite une coordination des politiques budgétaires, ce que refusent les adeptes de la souveraineté nationale. En fait, conclut Le Monde , une majorité des Européens seraient prêts à aller de l'avant (tous les sondages le montrent). C'est du coté des politiques que le souffle manque.

Pierre Weil :

En attendant, c'est les vacances et il n’y a pas que des mauvaises nouvelles.

Yves Decaens :

Il parait que les prix baissent dans l'alimentation. C'est ce que France-Soir a pu constater en relevant les prix d'une vingtaine de produits dans les superettes du littoral, les mêmes que l'année dernière à la même époque. Et surprise : dans sept cas sur dix, le panier revient moins cher que l'été dernier ! D’'autant plus étonnant, remarque Laurence Valdès, que les prix ont augmenté d'un peu plus de 1% dans la grande distribution. Mais les commerces pratiquent aujourd'hui la politique du produit d'appel, notamment sur les fruits et légumes de saison. Concurrence des discounters oblige. Attention, en revanche, aux produits d'à coté, comme l'explique une spécialiste de la distribution, avec le melon à prix cassé, on prend aussi une bouteille de vin et un jambon qui eux restent au « prix normal », savoir ce qu'est un prix normal. Le Parisien Aujourd’hui-en-France qui a passé à la loupe une dizaine de produits régionaux dans le Gard. Résultat, une valse des étiquettes, des prix qui varient du simple au triple d'un étal à l'autre, sur un même marché. Même en vacances, et surtout en vacances, faire ses courses est un parcours du combattant. Mais c'est déjà beaucoup de pouvoir partir en vacances. Pour 45% des Français, ce ne sera pas le cas. Ceux que L’Humanité appelle « les assignés à résidence de l'été ». « Au nom de la valeur travail, explique Dany Stive, c'est le droit au repos qui est remis en cause ». Et pourtant, beaucoup de nos concitoyens ont des rêves simple. Pas besoin d'aller au bout du monde pour se dépayser, explique un anthropologue, Jean-Didier Urbain. Candide et Robinson, voilà les références, un jardin, une cabane. Le système D contre les lois de la consommation, la guérilla des loisirs. En défendant nos vacances, dit-il, on défend notre liberté. Et ça, c'est une cause qui devrait faire l'unanimité.

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