Bonjour... Domenech, au secours !... C'est par ce cri de Jacques Camus que s'ouvre cette revue de presse... Pourquoi l'éditorialiste de "La République du Centre" appelle-t-il à l'aide le sélectionneur de l'équipe de France de football ?... Parce qu'il fait le parallèle avec la politique, et qu'il pense que les acteurs de l'affaire Clearstream jouent sur un terrain bosselé et marquent contre leur camp, c'est-à-dire la République et la France... Jacques Camus n'est pas le seul à faire ce parallèle... Pierre Fréhel l'ose aussi, dans "Le Républicain Lorrain", qui pense que si les 23 garçons choisis par Raymond Domenech pour défendre l'honneur de la France en terre allemande pouvaient redevenir champions du monde comme en 98, ce serait le fantasme de l'Elysée et du gouvernement, qui rêvent d'engranger les bénéfices d'une victoire des Bleus, et, avant cela, de profiter du répit, plus ou moins long, que leur accordera la compétition... Alors oubliés, Clearstream, le CPE, le chômage et la crise des banlieues ?, s'interroge Pierre Fréhel... Pas sûr... A cette équipe de France, qui mélange l'ancien et le neuf, les Français n'ont pas l'air de croire vraiment... Le pays n'est plus d'attaque, constate Fréhel... Même la France black-blanc-beur, célébrée naguère, a failli... Ce n'était qu'une illusion, des mots, un slogan de publicitaires... 4 ans plus tard, le candidat du Front National était en finale de la Présidentielle, et 7 ans après, les cités prenaient feu... Et revoilà Jacques Camus, qui estime, lui aussi, qu'il n'est pas certain que Raymond Domenech ait réussi à créer une durable diversion dans l'affaire Clearstream... Il pense même que l'annonce de la liste des 23 a pratiquement fait "pschitt", tout ça parce que Domenech, un peu coincé, est resté laconique sur des choix globalement sages... En somme, estime Jacques Camus, comme un vulgaire Villepin, il a résisté à la pression des médias et de l'opinion... Et alors là, on entre dans la polémique Barthez-Coupet et autres Pires ou Anelka... Comme le dit l'éditorialiste d'un journal voisin, Hervé Cannet, de "La République du Centre-Ouest" : établir la sélection nationale, c'est au moins aussi compliqué que de former un gouvernement... Le duel Barthez-Coupet fait vibrer le pays bien plus sûrement que le match Villepin-Sarkozy... Et il y a peut-être une expression qui va faire florès : "sortir son Chimbonda"... Elle est sous la plume de Francis Brochet, dans "Le Progrès"... "Sortir son Chimbonda", autrement dit "sa surprise du chef" puisque, vous le savez peut-être, Pascal Chimbonda, arrière tout à fait inconnu du club anglais de Wigan, est l'un des 23 annoncés par Domenech... Francis Brochet s'interroge : "L'autre grand sélectionneur, Jacques Chirac, doit-il garder Villepin, qui relève de blessures ?... Choisir Sarkozy, qui ferait bientôt l'équipe à sa place ?... Rappeler Juppé, qui a purgé sa suspension à l'étranger ?... Ou "sortir son Chimbonda", sa "surprise du chef" ?... Mais, estime l'éditorialiste du "Progrès", Chirac avait déjà fait le coup avec Raffarin... Le mieux, c'est sans doute de se reporter à l'éditorial de "L'Equipe", tout à fait péremptoire... Raymond Domenech a choisi, et franchement, sa fameuse liste prête peut-être à discussion... Sûrement pas à polémique... La preuve en est qu'à peine connue, la liste s'est instantanément transformée en groupe... "Messieurs les sélectionnés, dit "L'Equipe", c'est à vous de jouer"... Manifestement, à la rédaction du quotidien du sport, plus question de s'engager dans une désastreuse polémique, comme cela avait été le cas en 98, avec Aimé Jacquet... Il n'empêche : l'affaire Clearstream, les éditorialistes ont du mal à s'en détacher... Comme Dominique Garraud, dans "La Charente Libre", pas du tout convaincu par l'interview exclusive du général Rondot au "Journal du Dimanche"... A le lire, dit-il, le général Rondot serait un grand incompris, doublé d'un parfait naïf... Incompris par des juges harceleurs et par les médias... Coupable d'une confondante naïveté pour s'être laissé instrumentaliser... C'est l'autoportrait peu complaisant d'un maître-espion qui se serait laissé rouler dans la farine comme un débutant... Un scoop qui sent la mission en service commandé, dans le cadre d'une grande opération de déminage à tous les étages... y compris, dit Dominique Garraud, à ceux de Nicolas Sarkozy et du PS, qui commencent à mesurer les effets dévastateurs de l'installation de ce mauvais feuilleton dans la vie politique française... La surexposition de ce coup tordu ne peut faire que le lit des extrêmes, et en premier lieu de l'extrême-droite... Jean-Claude Kiefer n'y croit guère, dans "Les Dernières Nouvelles d'Alsace"... L'opposition, dit-il, va s'époumoner d'indignation, lors du débat sur la motion de censure, en oubliant pieusement que l'ère Mitterrand recèle aussi nombre d'affaires non élucidées... La République est trop bonne fille : elle protège ses dirigeants... Elle est pudibonde aussi : elle cache ses turpitudes, persuadée que le bon peuple les oubliera bien vite... Ce n'est pas certain, s'inquiète Jean-Claude Kiefer, car le temps s'emballe... Et sur le plan politique, c'est François Bayrou, ce matin, qui emballe les observateurs... Avec une touchante unanimité, tous reprennent la même comparaison : en annonçant le vote de la censure, le président de l'UDF franchit le Rubicon... J'ai fait appel à mes souvenirs de latiniste... Le Rubicon, c'est un fleuve du Latium, au nord de Rome, que les généraux vainqueurs d'une campagne ne devaient en aucun cas franchir à la tête de leurs troupes, de peur qu'ils ne renversent le Sénat romain... En 49 avant Jésus-Christ, c'est exactement ce que Jules César a fait... Il a bravé l'interdit, et a effectivement pris le pouvoir à Rome... Seulement voilà : Bayrou ne dispose pas des armées de César, remarque l'un de ceux qui filent la comparaison, Patrick Fluckiger, dans "L'Alsace"... Et son geste ne mènera pas à la chute du gouvernement... La gauche et les centristes sont très minoritaires à l'Assemblée... Certains saluent son courage, comme Gérard Coulange, dans "L'Union", constatant que le chef de file de l'UDF s'est jeté à l'eau, prenant à contrepied l'image frileuse d'un centrisme feutré... Michel Noblecourt, dans "Le Midi Libre", salue lui aussi l'acte de courage du président de l'UDF, qui se range clairement dans l'opposition... En votant avec la gauche, dit-il, il ne pourra plus prétendre se tenir à égale distance de l'UMP et du PS... Mais la défection de l'UDF révèle d'abord un vrai désarroi à droite, reprend Patrick Fluckiger... Les troupes centristes ne sont pas les seules à ruer dans les brancards... De plus en plus de députés UMP sont excédés par le feuilleton du corbeau, de l'espion et des juges, et ils le font savoir... Et Patrice Chabanet pense que le parti centriste fait le pari que l'affaire dévastera la droite, et qu'en conséquence, un large boulevard s'ouvre pour lui... Mais ce qu'il appelle, dans "Le Journal de la Haute-Marne", "l'entrée en opposition de l'UDF" n'est pas sans risques, notamment pour les législatives, où les alliances sont nécessaires pour gagner ou sauver des sièges... Et surtout, dit-il, l'électorat centriste penche traditionnellement plutôt à droite qu'à gauche... Les quotidiens nationaux sont plus directs... Pour "Le Parisien-Aujourd'hui en France", "l'affaire Clearstream, c'est le suicide de la droite"... "La droite s'éclate", titre "Libération", au-dessus d'une caricature de François Bayrou façon kamikaze, avec une ceinture d'explosifs autour de la taille, et qui appuie sur le détonateur "UDF" en se bouchant une oreille... "La droite se déchire par le centre", ajoute même "Libération"... Un mot sur Ségolène, au cas où vous l'auriez oubliée... Elle est l'invitée, ce matin, de "La Dépêche du Midi"... Et devant les lecteurs, elle a abordé tous les sujets, et notamment l'affaire Clearstream... "C'est une affaire très grave, mais aussi, dit-elle, cette histoire à la Tintin tient trop de place dans les médias, par rapport aux questions d'emploi, de santé, aux enjeux industriels"... Ségolène Royal est également dans "Libération", mais avec un anti-portrait, fait par des femmes... "Libération" a voulu savoir comment des Françaises, issues de milieux très différents, perçoivent la candidate à la candidature socialiste... Les femmes ne sont pas ses premières supportrices... "La soutenir parce que c'est une femme, c'est de la démagogie", dit l'une d'elles... "Pas de sexisme à l'envers"... "J'attends de connaître son programme, de savoir si elle peut me convaincre"... On va attendre encore un an... J'ajoute que "Le Figaro" revient sur la polémique du film "Da Vinci Code"... C'est le film-vedette du Festival de Cannes, qui débute mercredi... Le Vatican s'interroge sur la meilleure riposte à ce qu'il appelle "une spiritualité non conventionnelle", alors que l'Opus Dei veut lutter contre la désinformation...

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