(Patrick Cohen – en direct de Cannes) Dans la presse ce matin : la séquence du spectateur

(Bruno Duvic) Quand l'exemplaire du Herald Tribune est arrivé dans les bureaux de France Inter en ce matin d'ouverture de Cannes, on a pensé à Jean Seberg dans A bout de souffle .

On a regardé la Une et c'est un monstrueux film d'horreur qui s'est déroulé devant nos yeux.

« Les atrocités en Syrie amenuisent les espoirs de paix », c'est le titre du reportage signé Anne Barnard et Anya Mourtada. Une colonne à la Une, 5 en pages intérieures.

La première image c'est celle de 46 corps alignés dans une ville de la province de Tartous, à deux pas du Liban, sur la côte méditerranéenne. Il est question du cadavre carbonisé d'un bébé, d'un fœtus arraché à sa mère, d'un chien resté stoïque auprès du corps de son maître.

Les forces gouvernementales sont accusées. Même un écrivain proche du régime a dénoncé les faits.

Dans cette guerre civile, il devient difficile de distinguer les bons et les méchants. Une autre scène décrite dans ce reportage montre un rebelle donnant dans le cannibalisme. Il s'est filmé lui même.

Cela fait plus de deux ans que cela dure.

Dans la série salles nouvelles de la planète, on relèvera encore cet article du Monde , qui pourrait avoir pour titre « Les Hommes du président ». Voilà l'administration Obama accusée de méthodes de brigand. Elle aurait surveillé les téléphones de journalistes de l'agence Associated press. Une centaine de journalistes sont concernés. 6 d'entre eux avaient révélé qu'un projet d'attentat d'Al Qaida visant les Etats avait été déjoué juste après la mort de Ben Laden. C'était aller contre la version officielle de l'histoire qui voulait que la mort du chef d'Al Qaida n'ait donné lieu à aucune manifestation. Le ministre de la Justice doit s'expliquer aujourd'hui au congrès.

Dans la presse également, quelques dialogues de film

Jérôme Cahuzac, à ce stade, c'est John Rambo, l'ancien soldat d'élite abandonné de tous et qui n'a plus rien à perdre. Dernière déclaration en date, faite à des anciens conseillers selon un confidentiel du Figaro "C'est moins grave de mentir pendant 15 secondes devant 577 députés que de mentir depuis un an sur l'état de la France comme le fait François Hollande"

La politique comme un film. A la Une du Canard enchainé , un an de gouvernement Hollande résumé en un titre : « Gatsbide le magnifique ».

La politique dans un film. Sur les écrans aujourd'hui, Le Pouvoir , de Patrick Rotman, qui a filmé les 8 premiers mois du président à l'Elysée. Les critiques ne sont pas très bonnes. Pour Antoine Perraud sur Mediapart , le film manifeste avant tout l'assèchement politique. « Entouré d'huissiers à gilets rouges, engoncé dans la dictature du paraitre, l'actuel président semble, en tout et pour tout, serrer des mains et peaufiner les discours qu'il prononce à tout bout de champ. »

Ce qui est frappant dans ce film également, à lire Antoine Perraud, c'est que l'important n'est pas montré. « Capacité prodigieuse du personnel politique à se jouer de toute captation audiovisuelle, plus rien de spontané n'est saisi. »

Et à Bercy c'est Vol au dessus d'un nid de coucous : les rumeurs de remaniement repartent de plus belle depuis que Laurent Fabius a déclaré qu'il manquait un patron à Bercy. « Bercy dans le collimateur », titrent les Echos.

Bercy où comme dans Mélodie en sous-sol on cherche à faire remonter les billets du fond de la piscine. C'est la première Une de L'Opinion , nouveau quotidien en kiosque ce matin et sur Internet depuis hier : le ministre du Budget Bernard Cazeneuve veut réactiver la cellule spéciale mise en place sous le quinquennat Sarkozy pour faciliter le retour en France de l'argent de l'évasion fiscale.

Même le populaire Manuel Valls en prend plein la figure ce matin. Les émeutes lors de la cérémonie pour le PSG lundi laisseront-elles des traces politiques ? Le Figaro fait tout pour cela. Pas moins de 7 pages consacrées au sujet et ce titre sur 4 colonnes : « Emeutes en plein Paris : l'onde de choc ».

Mais c'est vrai que les politiques ont le sens du dialogue. Le Canard enchainé décrit la dernière rencontre Sarkozy-Fillon au début de la semaine dernière. C'est l'ancien Premier Ministre qui raconte. « Sarkozy m'a dit : ‘Tu vois, François, le bling-bling, c'est fini pour moi.’ Il a marqué une pause et il a repris en rigolant. ‘Maintenant, je suis super bling bling.’ »

Et comme chaque année, le festival de Cannes est très bien servi dans la presse.

Et comme chaque année, on regarde sa programmation, ses acteurs, ses coulisses comme un miroir du monde. La faculté des Français à se regarder le nombril est toujours aussi impressionnante…

Car le cinéma français triomphe cette année à Cannes. Bérénice Béjot à la Une de Télérama , Lea Seydoux dans Les Inrockuptibles . « Le cinéma français prend Cannes d'assaut », constate Le Monde .

« N'en déplaise aux Cassandre, écrit Auréliano Tonnet, dans Le Monde , jamais le cinéma hexagonal n'a été aussi bien représenté à Cannes. Et dans toute sa diversité. Des maitres vénérables comme Marcel Ophuls, des ténors confirmés comme Desmpelchins, et une chorale de jeune cinéaste qui vont embrasser le cinéma à bouche que veux-tu. »

« La France, ajoute Jacques Mandelbaum, toujours dans Le Mond, contribue à la mondialisation de l'excellence artistique et de la diversité. » C'est grâce à des producteurs français que l'on peut voir les films de James Gray, de l'Israélien Ari Folman ou encore du Tchadien Mahamat Saleh Haroun.

Alors pas si mal le cinéma français ? C'est à voir... Dans Téléréma , le producteur Vincent Maraval tonne toujours contre ce système français de financement du 7ème art, qui souffre d'obésité et de dettes.

Synthèse dans Libération . A la Une : « Cinéma français, les dents de l'amer ».

Mais le cinéma français continue de briller, alors qu’on ne verra pas ou peu de films allemandes, polonais ou russes cette années à Cannes. L’exception culturelle n'est pas un vain mot. Cette exception, L'Humanité la défend avec acharnement. Dossier d'ouverture ce matin sur le projet d'accord de libre échange entre Etats Unis et Europe. Même si la France et treize autres pays européens refusent que l'audiovisuel soit inclus dans cet accord, L'Huma se méfie et retient que la commission européenne l'avait inscrit dans la liste dans un premier temps. Coup de gueule de Bertrand Tavernier : « Nous avons affaire à une rigidité ultra libérale dangereuse pour la culture, l'esprit et la vie. » Et de citer Hannah Arendt : « Ils sont coupables de ne pas penser »

A demain

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