(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : ça craque à Damas

(Bruno Duvic) Un colonel de l'armée de Bachar el Assad est au bout du fil : "J'ai 800 hommes prêts à regagner le terrain. Nous avons juste besoin de munitions". L'armée syrienne manque donc de munitions. Terrible aveu. La vidéo a fait florès sur Internet, raconte Hala Kodmani ce matin dans Libération . Et elle y voit un signe parmi d'autres d'une l'atmosphère de fin de règne en Syrie. Défaites militaires dans le Nord et le Sud face à une curieuse coalition faite de modérés et d'affiliés à Al Qaida. Economie exsangue, les salaires des miliciens ne sont plus payés depuis quatre mois. D'autres signes ? Ces proches de Bachar el Assad qui disparaissent mystérieusement. Ces bagages que l'on boucle dans le quartiers riche et pro-régime de Malki à Damas.

Ca craque à Damas, mais la guerre est loin d'être finie en Syrie. Guerre contre le patrimoine, aussi, menée par l'Organisation Etat islamique, aux portes de Palmyre, cité antique, au patrimoine de l'Unesco. « Comment Daech pille les trésors d'Irak et de Syrie », manchette du Figaro . Palmyre menacée après, entre autres, le musée et la bibliothèque de Mossoul en Irak. Djihad culturel. Objectif des hommes de l’Etat islamique : terroriser la population, effacer toute trace du passé qui ne correspond pas à leur vision rigoriste de l'Islam. Dans la revue Books , interview d'un Vénézuélien, membre d'une commission d'enquête sur les destructions culturelles en Irak dans les années 2000.

« Un groupe qui tente d'en soumettre un autre commence par essayer d'effacer sa mémoire pour reconfigurer son identité. Et les symboles de cette mémoire, ce sont les livres et biens culturels. »

Ce djihad, des centaines de milliers de personnes le fuient en Syrie. Une partie cherche à gagner l'Europe.

L'immigration, clandestine ou non, autre sujet très présent dans la presse.

Dans La Croix , quand le malheur des uns croise les fins de mois difficiles des autres. Dans le Pas-de-Calais, des chômeurs servent désormais de passeurs. Entre 1.000 et 3.000 Euros le trajet. Parole d'un commerçant au tribunal. Il avait été arrêté alors qu'il transportait des clandestins dans sa fourgonnette : "Nous avons voulu donner à manger à nos enfants et payer les factures très en retard". Depuis quelques mois, de plus en plus de Français comparaissent ainsi devant la justice, explique La Croix . Peut-être un cas sur dix dans les dossiers de passeurs.

Les images de boat people en méditerranée ou au large de la Thaïlande, comme ce matin, ces hommes et femmes maigres comme des clous à la Une du New York Times , donnent le sentiment d'un mouvement massif. Le sujet toujours très délicat de l'immigration, trois journaux essaient de l’analyser à froid ce matin.

Dans l'hebdomadaire Le 1 , d'abord, interview de la chercheuse Hélène Thiollet. 230 millions de migrants dans Le Monde , d'après l'ONU, c'est 3% de la population mondiale. Et cette proportion est nettement plus faible qu'au XXème siècle lors des mouvements de populations européennes vers le nouveau monde. Et les migrations vers les pays riches ne représentent qu'une minorité. Plus de la moitié des mouvements se font entre pays pauvres.

« Afflux de migrants », l’expression est très courante dans la presse. Si l'on regarde l'immigration légale en France, les chiffres ne valident pas cette idée. Une fois n'est pas coutume, Challenges et L'Humanité sont d'accord : l'immigration en France, c'est 200.000 personnes par an en moyenne, et encore en comptant les étudiants qui en représentent un tiers. Et il faut tenir compte de ceux qui partent, ailleurs ou au ciel. Le solde très froid de ces chiffres chaque année est de 90.000 personnes. Et les proportions sont stables sur le long terme.

Cela ne tient pas compte bien sûr de l'immigration clandestine très difficile à évaluer. Rien en tout cas qu'une Europe unie ne puisse absorber.

On parlait il y a un instant de l'immigration européenne vers le nouveau monde au XIXème siècle. « Les Etats-Unis, nation-monde ». C'est la chronique d'Alain Frachon dans Le Monde . Ou comment les arrivées au fil des générations ont changé la politique américaine, ce que Frachon résume avec cette question : "Qui a le plus de chances chez les Républicains de battre Hillary Clinton ? Celui qui parle le mieux l'espagnol." En 2050, les Blancs ne représenteront plus que 47% des citoyens des Etats-Unis. Le partage démocrate républicain ne se fait plus selon le clivage droite-gauche. Il y a désormais le parti des minorités, les démocrates. Obama élu et réélu grâce aux hispano, aux asiatiques, aux amérindiens aux Noirs. En face, le parti républicain, devenu celui du mâle blanc.

En Europe, ces frottements de population, de culture, de religion, ne vont pas sans poser problème. Le Figaro s'intéresse à l'IUT de Saint-Denis. Les autorités universitaires et le gouvernement sont accusés d'immobilisme, un an après les révélations de dérives communautaristes et de menaces de mort contre le directeur de l'IUT.

L'Education, terrain où les questions identitaires sont particulièrement sensibles. Effet de miroir avec deux informations ce matin dans la presse et sur Internet. En France, il y a eu l'affaire de la jupe trop longue. En Algérie, voici celle de la jupe trop courte ! Une étudiante en droit n'a pas pu entrer en salle d'examen la semaine dernière à l'université, raconte Rue89 , reprenant des informations de France 24 .

En France, débat sur la place des langues dans l'enseignement. Au Maroc, raconte La Croix , c'est la place du français qui est remise en cause. Le roi doit recevoir un rapport sur l'éducation. Il propose de remplacer le français par l'anglais comme première langue étrangère au primaire.

La réforme du collège, la presse de droite est plus que jamais vent debout contre elle. Le président et la ministre de l'éducation à la Une du Figaro magazine : « Les naufrageurs de l'école ». La ministre seule en première page de Valeurs actuelles : « La casseuse de l'école ».

A la Rubrique politique, deux articles intéressants dans Le Monde

…ce journal en pleine crise de gouvernance, pas de directeur en ce moment.

D'abord « Le ras le bol des petites mains de l'Assemblée ». Voici des salariés qui n'ont pas de convention collective, pas de statut, pas de délégué du personnel, qui font des heures sup non payées et qui peuvent être licenciés du jour au lendemain en fonction de la carrière de leur patron. Et qui sont leurs employeurs ? Les députés et les sénateurs. Les assistants parlementaires s'apprêtent à saisir le tribunal administratif pour obtenir un statut.

Autre article, l'analyse de Jean-Baptiste de Montvallon sur les changements de Nicolas Sarkozy à propos de la République. Le journaliste a reprend des propos tenus notamment en 2004 dans un livre d'entretiens et les compare avec ceux du moment.

Il y a 11 ans : "Il n'y a rien que je trouve plus irresponsable que la question posée : l'Islam est-il compatible avec les valeurs de la République"

Cette année, le 3 mars après un déjeuner avec les responsables du conseil français du culte musulman : « Nous leur avons dit notre volonté de traiter la question de la compatibilité de la République et de l'Islam"

Les paradoxes du moment. C'est, encore surlemonde.fr , un journal, Charlie Hebdo , devenu le symbole de la liberté d'expression des journalistes accusé de malmener une de ses journalistes. Zineb el Rhazoui, mise à pied pour des raisons qu'on ne comprend pas bien à la lecture de l'article.

Paradoxe encore, dans un autre domaine. Ce papier de slate.fr sur la fuite des capitaux en Grèce. Dans quoi investissent les Grecs qui ne veulent pas laisser leur argent à la banque ? Dans des voitures allemandes.

Paradoxe de Cannes, enfin. Des pages cannoises de la presse ce matin, on retiendra : - dans Le Figaro l'image de ces journalistes qui devisent de la crise de la presse en mangeant du caviar au diner d'ouverture.

  • Uber, pour tout un chacun ce sont des taxis qui font polémiques. Dans les pages cannoises de Libé , on apprend qu'Uber c'est aussi un service d'hélicoptère pour éviter les embouteillages sur la Croisette.

  • le chroniqueur du Parisien Pierre Vavasseur dine à côté d'une fille à moitié nue lors d'une fête mais il a surtout mal aux orteils dans ses souliers neufs achetés pour le festival. - et une star internationale parle de ses tricots de corps : Woody Allen dans Le Figaro . « Pour moi c'est fondamental, c'est la première chose que vous mettez sur la peau le matin. Il doit être impérativement très doux. Je ne prends que les meilleurs. Et je les lave et les relave jusqu'à ce qu'ils soient parfaits. C'est la seule chose qui se dresse entre votre corps et le monde réel, exactement comme un doudou. »

Bon week-end, en tricot de corps.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.