C'est un détail, mais il est frappant, ce matin, à la lecture de la presse, après le premier tour des Régionales... Il y a un changement de ton à l'égard du Président de la République... Jusque-là, les éditorialistes, qu'ils l'aiment ou qu'ils ne l'aiment pas, le considéraient comme le candidat incontournable de la droite en 2012. Ce matin, il a perdu son aura. "La route vers la Présidentielle est bordée de platanes", écrit Patrick Venries dans Sud-Ouest. "P..., deux ans !" : c'est le titre de l'éditorial de L'Union. "A mi-mandat, le style bling-bling a fait long feu", écrit Guilhem Beauquier. "Il n'en reste plus grand-chose. L'ambition d'un second quinquennat paraît bien présomptueuse. Nicolas Sarkozy a perdu l'électorat supplétif qui l'avait propulsé à l'Elysée sur la foi de promesses intenables". Est-ce que c'est "Waterloo, Sedan, Azincourt ou la Berezina ? On hésite, mais quelle débandade !", s'exclame Laurent Joffrin dans Libération. Cruel aussi, l'ex-candidat du MoDem aux Européennes Jean-François Kahn, dans Marianne... "Le roi est nu, ou plutôt en T-shirt. Les députés sarkozystes, qui considéraient le chef de l'Etat comme leur principal atout, ont fait une terrible découverte : le panache blanc est un plumeau déplumé, le talisman un trèfle à deux feuilles. Sauve qui peut ! Mon empire pour un bon cheval !". Voilà pour ceux qui avaient besoin de se défouler... Sur le site Rue89, Pierre Haski parle aussi d'échec de Nicolas Sarkozy après les résultats d'hier soir. Et il y voit trois raisons : - le choix de réunir toutes les composantes de la majorité dès le premier tour a capoté : il n'y a plus de réserve de voix ; - la stratégie de faire du FN à la place du FN, avec le débat sur l'identité nationale, a eu un effet boomerang ; - enfin, l'activisme présidentiel tourne dans le vide. Alors, peut-on dire ce matin : "Sarkozy : ensemble tout devient impossible", comme le titre Libération ? Evidemment, à l'Elysée et à l'UMP, on a anticipé ce déluge de sarcasmes. Dans Le Figaro, Charles Jaigu relève les contre-arguments préparés avant même 20 heures hier. L'abstention qui relativise la portée du scrutin, ce n'est pas un vote-sanction. Il faut maintenant courtiser les abstentionnistes, mettre en valeur l'engagement écolo du gouvernement et rappeler aux électeurs du FN que voter FN c'est voter PS. Est-ce que l'Elysée parviendra à convaincre que ces élections régionales n'ont pas de portée nationale ? Sur Médiapart.fr, Marine Turchi rappelle une phrase de Nicolas Sarkozy lui-même : "Il appartient à la majorité de tirer les conséquences d'une élection qui, pour être locale, n'en a pas moins une dimension politique qui n'est pas contestable". C'était Nicolas Sarkozy, en 2004... (Nicolas Demorand : "L'autre version de ce scrutin, c'est la victoire du PS")... "Ouf, la gauche revient", s'exclame Libération à sa Une, avec un dessin de Martine Aubry montrant ses biceps. Le Parisien a passé la soirée rue de Solferino... explosion de joie à 20 heures : une à une, les bonnes surprises s'affichent sur les écrans de télé, scandées par les "olé !" des militants. "Le Parti Socialiste jubile", écrit David Revault d'Allonnes dans Libération. Et il recense tous les motifs de jubilation : la pole-position nette et sans bavure, le score atteint est au plus haut historique, la quasi-disparition du MoDem qui, avec 4%, ne saurait demeurer une épine dans le pied de Martine Aubry... Résumé, sous la plume de Laurent Joffrin : "La gauche gagne une bonne dizaine de points par rapport à la précédente élection régionale, alors qu'à l'époque le gouvernement en place était déjà impopulaire. Les trois principales composantes de la gauche ont marqué des points : PS, écolos et Front de Gauche. De ce scrutin régional peut naître un espoir national. Laissez-le grandir". Dans Le Figaro, Etienne Mougeotte voit déjà ce qui pourrait empêcher cet espoir de grandir : les bisbilles entre le PS et les écolos. "Il y a autant de désaccords entre eux aujourd'hui qu'entre communistes et socialistes dans les années 80". Alors conclusion, sous la plume de Pierre Haski sur Rue89.com : "Une fois de plus, la gauche se trouve face à une immense responsabilité, celle de proposer une alternative crédible à une droite qui reçoit en plein visage le message négatif des Français. On ne construit pas une alternative sur un taux d'abstention aussi massif... La gauche a gagné, mais tout reste à faire". (ND : "Voilà pour quelques enseignements nationaux du premier tour... Dans le détail, que dit la presse régionale ?" Bien souvent, le national et le régional se rejoignent... "La gauche rafle la mise", titre La Dépêche du Midi. Dans la région de Toulouse, Martin Malvy réalise le meilleur score pour un candidat socialiste, avec plus de 40%. "C'est une déferlante de gauche", titre La Charente Libre... déferlante de Ségolène Royal notamment, qui cartonne en Poitou-Charentes : 39%. "La voilà en position de force", titre Sud-Ouest. Autre tête de file régionale avec laquelle Martine Aubry devra compter : Georges Frêche, bien sûr... +35 %... "Il fait le vide autour de lui", titre L'Indépendant Catalan. L'Alsace est quasiment la seule région où il y a un peu de suspense. "Second tour serré", selon la première page des Dernières Nouvelles d'Alsace ce matin. Sur la carte publiée par Le Parisien, sur "la France qui se profile" à l'issue du premier tour, tout l'Hexagone, à l'exception de l'Alsace donc, est en rose. Et puis il y a une marque jaune : c'est la Corse, dont le résultat est considéré incertain. (ND : "Et puis évidemment beaucoup de commentaires sur l'abstention")... 53,5% : record... Dans La Dépêche du Midi, Jean-Claude Souléry y voit "la seule ombre portée sur la victoire de la gauche. Cette abstention, c'est le signe d'une fracture inquiétante. Comme si, pour certains, la démocratie ne valait plus le coup d'être honorée, comme si le discours politique ne concernait plus une partie du corps social". Olivier Picard est d'accord, dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace : "La société politique devra trouver un autre type de discours, une autre façon de débattre, d'autres voies pour polémiquer intelligemment, une autre relation avec le réel". Encore un mot : les autres enseignements de ce premier tour... Ils sont résumés en quelques formules sur Rue89.com, qui donne la parole à des spécialistes en sciences politiques. A gauche de la gauche, Jean-Luc Mélenchon et le Front de Gauche ont gagné le match face au NPA d'Olivier Besancenot : 6%, contre un peu plus de 2. La stratégie de cavalier seul du NPA a échoué. C'est notamment l'effet d'une normalisation de l'image d'Olivier Besancenot. A l'extrême-droite, la famille Le Pen se porte bien, merci pour elle : entre 18 et 20% pour la fille et le père. Plus généralement, le FN retrouve un score à deux chiffres. Il est en mesure de se maintenir dans 12 régions en faisant campagne avec des moyens plus réduits qu'auparavant. On ne peut pas simplement dire que c'est un vote protestataire et que c'est une formation marginale. Enfin, à propos du MoDem (à 4%), Rue89 a cette expression ravageuse : "Il est menacé d'inutilité politique". (ND : "Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?") Une drôle d'histoire, qui en dit long sur le climat de tension en Géorgie. C'est à lire dans Le Figaro... Samedi, un faux journal télévisé a été diffusé dans le pays, parlant d'une invasion des forces russes. Il a semé la panique : réseaux de téléphonie débordés, services d'urgence des hôpitaux appelés de toutes parts pour les malaises cardiaques... Le lendemain, quand les esprits s'étaient un peu refroidis, le Président Saakachvili a insisté sur le côté plausible du scénario. Et, de fait, selon Régis Genté dans Le Figaro, la panique de samedi soir ne se serait pas produite si ces dernières semaines n'avaient pas été marquées par d'inquiétants articles dans la presse russe... Trois ans de retraite... 41 ans au compteur... Mais le vieux Michael Schumacher n'est pas encore à ranger des bagnoles. Il a terminé sixième du Grand Prix de Formule 1 de Bahrein pour son retour sur les circuits. "Lorsqu'il a enlevé le casque, le visage était à peine rougi par l'effort", raconte Frédéric Ferret dans L'Equipe. Pourtant, Schumi se disait lui-même un peu rouillé. Pour L'Equipe, il est encore en réapprentissage. Mais, pour certains journaux, il y a plus important, ce matin, que la politique, l'actualité internationale ou le sport. Au lendemain de très belles élections pour la gauche, ce n'est pas la politique (quoique) qui est à la Une de L'Humanité : c'est un chanteur... Jean Ferrat, bien sûr. On le voit debout, au micro, de profil, souriant sous la moustache... Et ce titre entre guillemets : "Je n'en finirai pas d'écrire ta chanson...". C'est un extrait de "Ma France". Et on comprend que L'Huma y voit comme une mission à remplir chaque jour... Bonne journée...

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