Patrick Cohen : Dans la presse ce matin : le jour des morts... Bruno Duvic : "L'océan et la boue se sont repus pendant quatre jours... La terre et l'eau recrachent maintenant les vies qu'elles ont prises avec le tsunami. Tout au long des quelque 500 kilomètres de la côte nord-orientale du Japon, c'était hier le jour des morts. Des milliers de cadavres gisent sur les plages, au milieu des débris abandonnés par les reflux. C'est Giampaolo Visetti qui raconte... Pour la "Repubblica" et Libération, il est allé dans ce nord-est du Japon, qui est en ce moment le centre du monde. Dans les six préfectures les plus touchées par le tsunami, on est sans nouvelle de quelque 40.000 personnes. Une centaine de localités sont encore totalement isolées. Les sans-abris seraient près d'un demi-million (...) De cette région, écrit le journaliste, il ne reste plus qu'une lagune infinie qui se confond avec la campagne elle-même. Les routes ont disparu. Le nord-est du Japon s'est transformé en un monde horizontal et gris où errent quelques survivants (...) De ce flux bouleversant de défunts, de disparus et de vivants sans plus d'émotion, unis à tout jamais, il reste seulement des listes interminables de feuilles de papier accrochées aux murs des centres d'urgence. Elles recouvrent chaque édifice encore debout et représentent l'épitaphe d'un drame national insurmontable. "Japon : la terre des morts", titre Libération... Terre de la peur aussi... Régis Arnaud poursuit le récit dans Le Figaro : "Nous sommes dans la ville de Tagajo". Rumeur de la radio qu'écoutent les survivants au milieu des gravats. Soudain, un message sème la panique : "Un tsunami arrive. Quittez immédiatement votre voiture et foncez vous réfugier le plus haut possible". Un petit groupe de riverains, accompagné de soldats, tente d'escalader l'autoroute suspendue au-dessus du paysage dévasté. De ce balcon, les riverains scrutent l'horizon. Finalement, un soldat lève les bras en croix... fausse alerte ! Quelques kilomètres plus loin, la ville d'Arahama... Un médecin et sa petite équipe s'acharnent à soigner sans médicament, ni électricité, et dans un hôpital inondé au rez-de-chaussée. A l'étage, sur le sol, des bougies trouent l'obscurité. On entend parfois dans le silence, un râle suivi de paroles de réconfort. Patrick Cohen : "Japon : réactions en chaine", titre La Tribune... Bruno Duvic : Une toute petite partie du monde subit un drame et c'est toute la planète qui est ébranlée. Le quotidien économique explique bien cette manifestation de la mondialisation. Au Japon, depuis vendredi, beaucoup d'usines ont été fermées. Les moyens de transport sont au ralenti. Alors, dans les jours et les semaines à venir, les usines taïwanaises, qui fabriquent l'I-Phone, vont manquer de composants. Les chaines canadiennes, qui fabriquent la Toyota Corolla, vont manquer de pièces. Les grandes marques de luxe françaises vont vendre un peu moins de sac à main à Tokyo. Et les compagnies d'assurance japonaises vont sans doute rapatrier une partie de leurs fonds placés à l'étranger. Ce qui concerne le Japon concerne le monde entier... On pense évidemment au débat relancé sur le nucléaire. C'est la Une de presque tous les journaux ce matin. Les écologistes réclament un débat... Dans la presse, il a déjà commencé. "Le nucléaire, c'est un élément-clé de notre indépendance énergétique", dit le ministre de l'Industrie, Eric Besson, dans Libération. "80% de notre consommation d'électricité, pas de gaz à effets de serre, des emplois qualifiés et une électricité moins chère". "Oui, mais nos centrales sont-elles sûres ?" demande Le Parisien Aujourd'hui-en-France... Sur la cinquantaine répartie sur le territoire, huit au moins, ne seraient pas aux normes antisismiques, selon les opposants à l'atome. D’accord, supprimons le nucléaire... et qu'est-ce qu'on met à la place ? Pour Fabrice Nodé-Langlois dans Le Figaro, est une idée surréaliste. L'éolien et le solaire ne fournissent pas assez d'énergie. Les gaz de schistes posent des problèmes environnementaux majeurs. Et les dispositifs d'enfouissement du carbone ont un coût exorbitant. Réponse de Daniel Cohn-Bendit dans Libération : "Il faut trouver des alternatives. Quand il n'y a pas le choix, on en trouve ! Il y a dix ans, quand l'Allemagne a décidé de sortir du nucléaire, les énergies renouvelables étaient à 1%. On est à 20% aujourd'hui". La gauche est divisée sur le sujet. Dans l'éditorial de L'Humanité, Jean-Paul Piérot plaide pour un débat qui ne serait ni politicien, ni caricatural : "Un examen sérieux des risques et des atouts de l'énergie nucléaire n'oppose pas des antinucléaires qui seraient adeptes du retour à la chandelle à des pro-nucléaires, qui seraient prêts à irradier la planète pour satisfaire leur manne productiviste". Patrick Cohen : Le Japon donc à la Une des journaux... Et pendant ce temps, la guerre continue en Libye... Bruno Duvic : Et Kadhafi prend de vitesse la communauté internationale. Dans Le Monde, Rémy Ourdan raconte la reconquête de l'est par les troupes du colonel. Ras Lanouf et Bréga sont tombées. Prochaine ville visée : Ajdabiya. Sauf que les rebelles censés défendre la ville sont invisibles. Pas de lignes de défense apparentes, pas de positions fortifiées, pas de batteries de missiles, pas de sacs de sable. Il y a un parfum de déroute. A Benghazi, la capitale des rebelles encore plus à l'est, on suit ce qui se passe avec crainte. "Si nous cédons, dit un homme, tous les dictateurs de la région vont suivre l'exemple de Kadhafi". Les troupes du colonel à l'est, mais à l'ouest aussi, pas loin de la frontière tunisienne... Le récit que Jean-Louis Le Touzet fait de la reconquête de Zaouia, ce matin dans Libération, est proprement terrifiant : "18 février : les hommes en bleu de Kadhafi sont arrivés dans des pick-up japonais et ils ont tiré dans la foule. Ils ont tiré sur la mosquée où s'étaient réfugiés les gens. 4 mars : sept chars sont entrés et ils ont pulvérisé les derniers étages des immeubles du centre-ville. 5 mars : huit blindés, mitrailleuses lourdes... Des hommes sans uniforme tirent sur une ambulance. Elle s'arrête, ils ouvrent les battants-arrière et achèvent les blessés à coups d'automatiques. 10 mars : les rebelles ont enterré leurs morts dans le jardin près de la place centrale. En fin de journée, une dizaine de miliciens sont venus armés de pelles pour déterrer 18 corps". Relance Patrick : Allez un peu d'air et quelques sourires pour terminer... Bruno Duvic : Trois magazines et revues complètement atypiques et que l'on aime bien citer dans cette Revue de Presse... Vous trouverez les références précises sur notre page Internet. Voyager à travers le monde, ce n'est pas que témoigner des horreurs qui s'y déroulent. Le magazine "Bouts du monde" publie des carnets de voyageurs lambda. Petits et grands moments de surprise ou de découverte. Dans le dernier numéro, Claude qui revient du Tadjikistan raconte une soirée passée à Khorog, dans un immense restaurant qui sert de la glace à la vanille... rien d'autre ! Dans ce restaurant, une immense télévision diffuse des clips d'Alizé. La revue "Hey !" fête son premier anniversaire. Elle fait toujours la part belle aux graphistes, photographes, tatoueurs, plasticiens. Dans le numéro qui vient de sortir, on trouve une série de vieilles publicités pour des gramophones, et notamment celle-ci : Emile Zola, l'homme du "j'accuse", au pied de la tribune de l'Assemblée nationale où trône un gramophone : "La parole est à l'aérophone, le seul qui rallie toutes les voix. Je n'accuse que des succès, dit la machine qui est en vente partout précise l'affiche". Et puis, "Le Tigre", numéro du mois de mars, et la rubrique d'Eric Chevillard, l'autofictif, série de brèves inspirées de l'actualité ou de l'histoire littéraire. Ce mois-ci, l'écrivain imagine notamment Roméo lassé de poireauter au pied du balcon de Juliette : "Roméo déplia sous le balcon de Juliette la grande échelle d'incendie et monta lestement éteindre sa flamme". A demain ! PS : Pour trouver les trois derniers magazines cités, le plus simple est d'aller sur Internet. www.heyheyhey.fr www.le-tigre.net www.boutsdumonde.com

L'équipe
Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.