Dans une journée où la mort nous happe, Libération raconte l'enfer des derniers jours d'une haut fonctionnaire européenne, en conflit moral et qui s'est suicidée, était-ce la raison? Dans le Monde, la splendeur des Benetton, qui étaient les gestionnaires du pont effondré de Gênes, les pulls pastels sont tâchés de sang.

Et on commence par le double attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande...

Qui s'est produit cette nuit pour nous, en début d'après-midi là-bas, et cette fusillade dans deux mosquées à l'heure de la prière s'installe dans les journaux, pas les éditions de papier mais leur version internet, qui reflètent la vie, immédiate et fragile, et qui reflète pour nous une horreur familière, et en lisant le Guardian, grand journal britannique mais international, en lisant ce site d'information Stuff.co.nz, en lisant ces témoignages de rescapés, nous ne sommes plus au bout du monde mais exactement dans ce que nous avons connu, il y a quatre ans, au Bataclan... Mohan Ibrahim était dans la mosquée quand la fusillade a commencé... "J'ai cru que c'était un court circuit électrique, puis j'ai vu tous ces gens qui se sauvaient, j'ai encore des amis à l'intérieur, je les appelle et je n'arrive pas à les joindre",  des fidèles continuaient à prier quand les premiers coup de feux ont retenti, un autre homme raconte qu'il a vu le tireur casqué marcher dans la mosquée et tirer sur chaque personne, "50 balles, je ne sais pas, peut être des centaines, ça allait tellement vite", un autre dit avoir vu sa femme morte, un autre a été submergé par des corps…

Et d'un attentat islamiste contre une salle de concert, où d'un attentat d'extrême droite contre des mosquées, c'est la même fragilité, la même arrogance des assassins, l'un d'eux s'est filmé pendant son crime, c'est  aussi la même envie de réparation que nous avons connue, l'envie de dire que nos société sont unies, et sur internet s'imposent les larmes d'un hercule, Sonny Bill Williams, il est un héros du rugby néo-zélandais, champion du monde avec les all blacks, et un musulman par conversion, et il s'est filmé dans sa voiture.

Une prière musulmane et cet anglais populaire du bout du monde, qui ne trouve pas ses mots. On relit le discours de la première ministre qui parle des fidèles migrants ou réfugiés et qui dit, « ils sont nous », on lit l'émotion planétaire aussi et en Californie, des mosquées sont protégées par la police. Nous sommes un seul monde et une seule blessure et il est des journées que la mort imprègne, comment y échapper.

Et on parle d'une femme morte à Bruxelles...

Que Libération n'ose pas mettre à sa une, mais dont parle pourtant un des ses piliers, le journaliste Jean Quatremer, un des plus engagés observateurs de l'Europe, et c'est au coeur de la commission européenne, que s'est joué le destin de Laura Pignataro, responsable des ressources humaines du service juridique de la Commission, et qui s'est tuée le 17 décembre dernier en se jetant dans le vide. Et Quatremer raconte les derniers mois de cette juriste passionnément dévouée à l'institution comme un enfer moral, car elle fut forcée de défendre la nomination contestée comme secrétaire général de la commission de l'allemand Peter Selmayer, un proche de jean-Claude Juncker.  «Je suis finie. Tu ne peux pas imaginer ce que j'ai été obligée de faire ces dernières semaines» disait-elle avant de mourir, est-cela, un idéal déçu, qui a tué cette femme ou bien tant d'aléas d'une vie: Libération n'affirme rien mais la construction de l'article fait de la commission une sorte de firme opaque et brutale et clanique; l'Europe serait donc, au sommet, cela, la douce europe dont la Croix, de bonne volonté, nous raconte les arcanes du parlement et ses péchés véniels, sont ils trop payés, ou en proie aux lobbys?. 

Dans la Croix encore, qui pendant le carême  s'interroge sur nos péchés capitaux, un cahier spécial est consacré à l'avarice, dont il faut se délester pour aller aux hommes et à Dieu, car l'avarice est un manque de confiance dans la vie, s'il n'y avait que cela.  

Et on parle de richesse dans les journaux...

La richesse qui si longtemps était chez les Benetton un charme et une grace et puis la mort les a rejoint, vous lirez tout à l’heure, dans le magazine du Monde, un article sur la splendeur des Benetton fabricants de pulls doux et de publicités branchées et défenseurs des valeurs progressistes. Le 14 aout dernier, quand la famille s'apprêtait à feter le 15 aout en son palais de Cortina d'Ampezzo, le Pont Morandi s'effondrait à Gênes et l'Italie a découvert, dans le deuil de 43 personne que la maison Benetton était un empire financier, qui détenait aussi la société gestionnaire de ce pont si mal entretenu, et depuis la haine entoure Luciano et les siens... 

La richesse devrait éviter le monde, et singulièrement quand on ne s'y attend pas. Le Parisien raconte les vainqueurs du loto et autres millionnaires qui s’entraident; Etienne, qui a gagna 7 millions il y a onze ans et qui depuis vit de ses rentes, explique à Bruno qui a gagné 5  millions l'an dernier qu'il faut s'acheter une voiture « pas bling bling » et ne pas trop dire que l'on est devenu riche, lui-même n'a rien dit.  

Ne rien dire, se taire, profiter du monde. la prudence d'Etienne le rentier est un peu choquante, quand on lit dans le Monde les affres financières de nos écrivains...  

Elle vient contredire l'enthousiasme du Magazine des echos, qui défend ce trésor que fut la libre entreprise. Elle rend un peu dérisoire l'accumulation de unes et de commentaires et d'analyse que les journaux nationaux consacrent au Grand débat, dans un pays qui réclame plus de démocratie et de pouvoir d'achat, mais dont les anciens pauvres vainqueurs au loto savourent leur chance.

Dans Ouest france, courrier des lecteurs, Gérard raconte son grand débat dans le Finistère: il a aimé, il a vu des gens intéressants, ce fut une bonne soirée.

En Chine, je le lis dans l'Humanité, Karl Marx est devenu un dandy imberbe dans une série de films animés pour la jeunesse, oeuvre de propagande aux couleurs sucrées...

Ce dimanche à Troyes, les manèges de la foire de mars seront à 2 euros, c'est la une de Libération champagne, et ce n'est pas la moins intéressante des nouvelles quand nous avons besoin d'innocence. 

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