Y a des matins comme ça, où les journaux détiennent la vérité... En Une du Figaro : "La grève s'essoufle, les syndicats cherchent une sortie"... Et dans son éditorial, Nicolas Beytout salue déjà la victoire de Nicolas Sarkozy... une victoire de l'audace et du dialogue... "On savait Nicolas Sarkozy capable de réformer... Mais ce que dit la façon dont évolue la grève, c'est que, désormais, la France est prête à être réformée"... Vérité toujours... mais une autre vérité, en Une de L'Humanité... "Maintenant, négociez vraiment !"... C'est ce que disent, explique le journal, les grévistes au gouvernement... Parce que, pour L'Huma, "la grève fait bouger les lignes... Devant l'ampleur de la mobilisation, le gouvernement est mis au défi d'accepter de donner sa chance à la négociation".. Oui, explique Maurice Ulrich dans son édito, "la CGT a ouvert une porte... Le gouvernement ne peut la refermer, sous peine d'apparaître désormais comme le responsable de la poursuite du mouvement"... Un même sujet de vérité... En même temps, pour les autres titres, la situation est moins nette... Cette grève contre la réforme des régimes spéciaux de retraite pose pas mal de questions... La première... celle de Bernard Revel, dans L'Indépendant du Midi... "Etait-il donc nécessaire de foutre le bordel pendant deux ou trois jours en France pour découvrir enfin les vertus du dialogue ?"... Pour l'éditorialiste, tout cela est cousu de fil blanc... "Tout se passe comme si, des deux côtés, syndical et gouvernemental, on avait besoin de la grève pour montrer qu'on n'avait pas vaincu sans péril"... Oui, "voilà un conflit qui, lorsqu'on aura un peu de recul, écrit Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain, méritera d'être étudié à la loupe par les spécialistes des relations sociales"... "Ce qui est sûr, c'est que la grève a pris d'emblée une tournure surprenante", constate également Didier Pobel dans Le Dauphiné Libéré... "On l'annonçait dure : elle est apparue presque molassonne... On la prévoyait longue : elle pourrait l'être moins que prévu"... "Paradoxalement, confirme Jacques Guyon dans La Charente Libre, la rapidité de l'issue qui est en train de se dessiner est inversement proportionnelle à la virulence que le gouvernement et les syndicats avaient mise pour rouler des mécaniques et jurer que cette bataille pour les régimes spéciaux serait en quelque sorte la mère de toutes les batailles"... Jean-Christophe Giesbert, dans La Dépêche du Midi, tente également, ce matin, d'analyser "cette drôle de grève"... "A l'évidence, quelque chose est en train de changer dans la donne sociale hexagonale... Faut-il, pour autant, entonner un 'embrassons-nous Folleville' à la mode sociale ?... Pas si vite", écrit l'éditorialiste... "Les ministres et les cadres de l'UMP, que la modestie n'étouffe guère, vont emboucher les trompettes de la victoire... Mais ils se trompent... Car maintenant que la CGT a fait le premier pas, c'est au gouvernement et aux directions des entreprises de donner des gages de bonne volonté... Faute de quoi les espérances déçues suffiront à rallumer le brasier"... Eh oui... "N'en déplaise aux durs de durs de l'UMP, le Président de la République n'est pas Margaret Thatcher"... C'est Olivier Picard qui le dit dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace... "Certes, il ira jusqu'au bout pour abolir les régimes spéciaux, mais il paiera le prix qu'il faudra"... Alors donc tout le monde, dans cette affaire, se montre responsable... Mais en d'autres temps, cela n'aurait pas forcément suffi... Alors, quelle est la différence aujourd'hui ?... Dans Libération, Didier Pourquery confirme : "Il y a autre chose... C'était écrit hier sur une banderole, en tête de la manif parisienne... 'Ensemble, salaire, emploi, protection sociale'... Et c'est justement ça que craint l'équipe Sarkozy : que la crise s'allonge, que la grève des régimes spéciaux rejoigne celle des fonctionnaires... Car le pouvoir sarkozyen a perdu en crédibilité sur les sujets économiques... Les Français ne lui font pas confiance pour améliorer leurs conditions de vie"... Alors donc voilà pour cette drôle de grève... Une drôle de grève où certains éditorialistes cherchent toujours "où est le PS ?"... C'est le cas de Gilles Dauxerre dans La Provence, ce matin... "Il fut un temps où le Parti Socialiste était à l'avant-garde des luttes sociales... Aujourd'hui, en plein conflit sur les retraites, le PS est aux abonnés absents... non, pire : il est à contretemps... Soutenant les grévistes quand l'opinion les désavoue, ou accusant le gouvernement d'agir avec autoritarisme quand celui-ci négocie avec les syndicats"... Alors justement, les négociations... C'est le ministre du Travail qui les préside... "Bertrand mis en vedette par l'Elysée"... C'est Le Parisien-Aujourd'hui en France qui note le rôle-pivot que joue Xavier Bertrand... "Il va faire des jaloux parmi ses collègues du gouvernement, car il est rare que l'Elysée laisse monter autant un ministre en première ligne", analyse Ludovic Vigogne... Le journaliste d'Aujourd'hui en France qui pose logiquement la question qui en découle... "Et Fillon dans tout cela ?... Comme c'est le cas depuis six mois, il n'est pas simple, pour le Premier ministre, de trouver sa place"... "François Fillon, une énergie bridée"... une page d'enquête à lire dans Les Echos, au moment où le "collaborateur"... collaborateur entre guillemets... le "collaborateur" de Nicolas Sarkozy s'apprête à célébrer ses six mois à Matignon... Alors certes, "il n'est pas un familier des coups d'éclat, explique Jean-François Polo... Mais sa personnalité, d'apparence policée, recèle des aspects moins conventionnels... Et puis, pour en savoir plus sur François Fillon... il y a cette semaine L'Express... Là, c'est un Fillon jeune qui s'affiche en couverture, puisque l'hebdomadaire publie des extraits de sa première biographie... L'Express qui titre : "Secrets de jeunesse : le passé turbulent du Premier ministre"... Portrait d'un adolescent qui se rebelle contre tout : contre l'école et contre ses parents... Il n'accepte pas les remarques, pas non plus les critiques... Et il fait souvent le mur pour aller s'amuser avec ses copains... Alors si vous faites le pied de grue en attendant un train, un bus... sachez que vous n'êtes pas les seuls... C'est pareil en Allemagne... "La plus grande grève de l'histoire des chemins de fer allemands", note ce matin Die Welt... Mais cette grève des cheminots allemands n'a rien à voir avec celle qui se déroule en France... c'est du moins ce qu'explique ce matin Le Courrier... Même si le chaos ferroviaire y est le même, en Allemagne, c'est pour une augmentation de salaire que l'on se bat, rapporte le quotidien helvétique... Et le journal de faire une comparaison entre les conducteurs de trains français et allemands... une comparaison qui est largement à l'avantage des conducteurs français... Et si... pour finir... ces cheminots de tous pays étaient des capucins ?... Pas des moines... non, des singes... C'est à lire dans Le Figaro... "Les singes capucins prêts à la grève contre les inégalités de salaire"... En fait, c'est une expérience du primatologue américain Frans de Waal... En échange d'un jeton, certains singes reçoivent une tranche de concombre, d'autres un grain de raisin... Lorsqu'ils s'en aperçoivent, les premiers cessent toute collaboration et entament une grève sur le tas... Oui, à quoi bon travailler pour des concombres quand on peut avoir du raisin ?... Sans compter que les singes capucins réclament aussi une récompense proportionnelle au travail fourni... Travailler plus pour gagner plus... L'homme descend du singe... Ca serait bien une preuve de plus...

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